Pourquoi les Français vont rester au Mali

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Mali_wone_menaceA Bamako, le premier tour de l’Ă©lection prĂ©sidentielle se dĂ©roulera le 28 juillet. Mais le combat engagĂ© au Sahel contre les djihadistes, lui, va durer des annĂ©es. A l’extrĂŞme nord-est du pays, l’aĂ©rodrome de Tessalit, occupĂ© par les Français, en est un point clef.

 

Vu du ciel, c’est une ligne en forme de “L”, recouverte de bitume poussiĂ©reux. Elle est longue de 2 500 mètres, large d’une trentaine. Une autre piste de terre la croise. Tout près, se trouvent des baraquements militaires, plombĂ©s par la fournaise.

 

Dans l’extrĂŞme nord-est du Mali, Ă  quelques kilomètres de la petite ville touareg de Tessalit, l’aĂ©rodrome du mĂŞme nom semble perdu en plein dĂ©sert, comme s’il avait Ă©tĂ© posĂ© lĂ  par erreur. Bien au contraire : grâce Ă  sa position, cette base aĂ©rienne, capable d’accueillir des avions gros porteurs, prĂ©sente un intĂ©rĂŞt gĂ©ostratĂ©gique majeur.

 

“Depuis Tessalit, on peut surveiller ce qui se passe dans toute la rĂ©gion, de la Mauritanie jusqu’au Tchad et Ă  la Libye, du Sud algĂ©rien jusqu’au golfe de GuinĂ©e, explique Soumeylou Boubèye MaĂŻga, ancien ministre malien de la DĂ©fense, puis des Affaires Ă©trangères. Tous les pays voisins et les puissances qui jouent un rĂ´le dans la zone sahĂ©lienne gardent un oeil attentif sur cet endroit.”

 

Construit par les Français entre 1957 et 1959, l’aĂ©rodrome, situĂ© Ă  90 kilomètres de piste de la frontière algĂ©rienne, sert alors surtout Ă  surveiller les allĂ©es et venues des combattants indĂ©pendantistes du Front de libĂ©ration nationale (FLN), car certains agissent Ă  partir du territoire malien. EvacuĂ© en juin 1961, un an après l’indĂ©pendance du pays, le site militaire est d’abord dĂ©saffectĂ©, puis dĂ©clarĂ© “zone interdite”.

 

Au cours des dĂ©-cennies suivantes, les Français tentent de nĂ©gocier auprès de Bamako le droit d’y reprendre pied. Au dĂ©tour des annĂ©es 1980-1990, les AmĂ©ricains espèrent, eux aussi, y Ă©tablir une base permanente, Ă©quipĂ©e de missiles pointĂ©s vers la Libye du colonel Kadhafi.

 

L’intĂ©rĂŞt pour Tessalit s’accroĂ®t, au printemps 2012, quand des groupes djihadistes armĂ©s occupent les deux tiers nord du territoire malien. Envi- ron 300 Français, ainsi que 1 500 militaires tchadiens, y sont stationnĂ©s depuis que les forces spĂ©ciales françaises ont repris le contrĂ´le de l’aĂ©rodrome, le 7 fĂ©vrier dernier, lors de l’opĂ©ration Serval. Sont-ils destinĂ©s Ă  y rester ad vitam aeternam ? “La date de fin de l’opĂ©ration ne peut pas encore ĂŞtre arrĂŞtĂ©e, mais notre dĂ©sengagement a commencĂ©, explique-t-on au mini stère de la DĂ©fense. Il ne restera plus que 1 000 soldats français au Mali Ă  la fin de l’annĂ©e. Le maintien d’une surveillance de l’Adrar des Ifoghas, oĂą les djihadistes s’Ă©taient retranchĂ©s, est Ă  l’Ă©tude.” Or, Tessalit est Ă  vingt minutes d’hĂ©licoptère de ce massif montagneux.

 

 

Jouer les pompiers en cas de résurgence de la menace djihadiste

“La lutte engagĂ©e contre Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi) et ses alliĂ©s va durer des annĂ©es, et le théâtre des opĂ©rations englobe dĂ©sormais tous les pays voisins, souligne le colonel Michel Goya, directeur de l’Institut de recherche stratĂ©gique de l’Ă©cole militaire (Irsem). Cette nouvelle donne peut justifier, sans crĂ©er une nouvelle base, de conserver Ă  Tessalit une prĂ©sence lĂ©gère, capable d’intervenir en urgence.”

 

 

Mali: pourquoi les Français vont rester

 

Aux cĂ´tĂ©s des 12 600 Casques bleus de la Mission des Nations unies au Mali (Minusma), dĂ©ployĂ©s progressivement depuis le 1er juillet, la France pourrait protĂ©ger ses ressortissants et ses intĂ©rĂŞts Ă©conomiques, mais aussi jouer les pompiers en cas de rĂ©surgence de la menace djihadiste. “Tous les Etats de la rĂ©gion, Mali en tĂŞte, reconnaissent qu’une lutte antiterroriste efficace ne peut exister sans une coopĂ©ration internationale renforcĂ©e”, analyse le gĂ©opolitologue FrĂ©dĂ©ric Encel. Or, avec l’opĂ©ration Serval, ce sont les Français qui ont acceptĂ© de faire le sale boulot…” A terme, la cohabitation de soldats français et de troupes sous mandat de l’ONU Ă  Tessalit est l’option la plus probable.

 

Plusieurs facteurs pourraient cependant compliquer la donne. Nombre de Maliens soupçonnent la France d’avoir des visĂ©es “nĂ©ocoloniales”. De plus, le futur statut administratif de la rĂ©gion de Kidal, dont dĂ©pend Tessalit, fera l’objet de nĂ©gociations en-tre le prochain gouvernement malien le premier tour de l’Ă©lection prĂ©sidentielle se dĂ©roule le 28 juillet – et les mouvements rebelles touaregs, qui rĂ©clament une plus grande autonomie. Bref, le rĂ©tablissement intĂ©gral et exclusif de la souverainetĂ© de Bamako sur cette portion de territoire prendra du temps.

 

Les rĂ©actions du puissant voisin algĂ©rien sont Ă©galement Ă  soupeser avec prĂ©caution : “L’AlgĂ©rie regarderait avec beaucoup de mĂ©fiance l’installation durable de soldats français si près de sa frontière sud, souligne Fayçal Metaoui, Ă©ditorialiste au quotidien El Watan. Les relations entre les deux pays se sont apaisĂ©es mais, pour Alger, cette prĂ©sence rĂ©sonnerait comme un signal d’alerte.”

 

Dans le domaine Ă©conomique, enfin, la prĂ©sence de gisements d’uranium, autour de Kidal, et d’hydrocarbures, dans le bassin de Taoudenni, Ă  environ 500 kilomètres au nord-ouest, excite bien des convoitises. La piste “en dur” de l’aĂ©rodrome de Tessalit n’en a que plus de valeur.

 

Par Boris Thiolay, publié le 27/07/2013 à 13:32, mis à jour à 13:33

Source: L’Express

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6 COMMENTAIRES

  1. Je pense que ce serait une bonne chose si Bamako acceptait de laisser la France installait durablement une base militaire Ă  Tessalit. Les trafics en tout genre (drogue, otages, …) pourraient en ĂŞtre fortement perturbĂ©s ! Quant aux djiadistes narco-traficants, il est fort Ă  parier qu’ils ne reviendraient pas au Mali.
    Enfin concernant les ressources souterraines, il faudra se rendre Ă  l’Ă©vidence : leur exploitation nĂ©cessite des investissements que le Mali devra soit consentir soit cĂ©der Ă  des multinationales Ă©trangères (françaises, amĂ©ricaines, chinoises, etc…). Car sans moyens pour les extraires, les traiter et les acheminer, il n’y a pas de valorisation possible malheureusement ! Donc au lieu de crier au “nĂ©ocolonialisme”, soyez vigilent quant aux accords d’exploitation qui seront passĂ©s entre l’Ă©tat malien et ses multinationales : il faudra surveiller les dĂ©rives de corruption et la juste redistribution des profits…

  2. Aussi longtemps que les français reste Ă  tissalit mieu il sera , mais voyons nous deverillons mĂŞme payer les français pour qu’ils restent Ă  tissalit ! .

  3. Nous maliens ,nous devons céder aux français la base de tissalit pour une longue durée car nous ne somme pas capable de sécuriser même Bamako ! Alors . Surtout pour le service rendu par les français ,si les français partent maintenant vous allez voir les barbus vont revenir aussitôt .quant à une autonomie ? Tout sauf ça.

  4. la france ne pourra rien faire labas sans l accord du mali,il ny aurra pas d autonomie pour personne au mali,s ils veulent developper leur region sans pouvoir immigrer en algerie ou libye ,il y aurra du job pour tout le monde au mali ..inchala..

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