Retroviseur 2012 (6) : le Mali à tout petits pas… Huit Français sont toujours otages au Sahel.

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Jean-Dominique Merchet

Si l’on avait cru aux déclarations tonitruantes du ministère de la défense à la mi-octobre, l’intervention militaire au Mali serait déjà en cours.
Le 16 octobre, c’était en effet  « une question de semaines« . La sortie suscita la stupeur, plus ou moins amusée, de tous ceux, militaires, diplomates ou experts, qui savent comment les choses se passent.  Evidemment, on nous expliqua ensuite que « l’heure n’est pas à l’intervention » et voici que le 23 décembre, dans un entretien avec La Croix, le ministre assure que  »l’intervention pourra avoir lieu au premier semestre  » 2013. Pour convaincre du sérieux de l’affaire, on glisse à la presse le nom de l’officier français  (pour l’heure uniquement proposé par Paris) qui devrait commander l’EUTM, la mission militaire européenne de formation de l’armée malienne. Il s’agit du général François Lecointre, qui commande la 9ème brigade d’infanterie de marine.

Sur le Mali, et plus généralement le Sahel, 2012 a été une année de beaucoup de déclarations et de gesticulations côté français. Prenant sans doute leurs désirs pour des réalités, des « spécialistes » expliquaient que le Sahel allait remplacer l’Afghanistan comme nouveau terrain de jeu de l’armée française. Les drones Harfang – qui y arriveront sans doute en janvier – y volaient déjà..

En 2012, deux crises différentes – mais qui interagissent – se sont développées dans la région :  la gouvernance du Mali et l’installation durable de maquis djihadistes dans le Sahel.

Le 22 mars, des militaires renversent le président ATT (Amadou Toumani Touré). Depuis lors, l’instabilité politique règne dans le pays. Depuis des années, le régime d’ATT était très complaisant avec les maquis djhadistes d’AQMI, qui se sont solidement implantés dans le nord-est du pays, en tissant des alliances locales. En plus du chaos politique qui règne à Bamako, le Mali souffre, comme la plupart des pays de la région, de ses frontières héritées de la colonisation, qui obligent des populations très hétérogènes à partager un destin commun. Rien ne dit que ce soit impossible, à condition que chacun trouve sa place dans une nouvelle histoire commune. Au Mali, la question la plus sensible est celle des populations de la zone désertique du nord, Touaregs et Maures, tentés par la sécession.

La chute du régime de Kadhafi, en 2011, a été un accélérateur de la crise. Des armes circulent, d’anciennes forces suppléantes du régime se sont retrouvés au chomâge et des canaux de négociations entre les Occidentaux et les djihadistes ont disparu. Les maquis djihadistes, liés à Al Qaida, prospèrent dans le nord-Mali. On parle de plusieurs milliers d’hommes.

La France, sous l’impulsion de la nouvelle adminstration socialiste, est très allante dans le combat contre ces groupes,même si François Hollande a exclu la présence de troupes au sol. Trop, sans doute, au regard des difficultés réelles… Ni l’Algérie (on l’a vu lors de la récente visite de Hollande), ni les Etats-Unis, ni le secrétaire général de l’Onu ne sont de chauds partisans d’une action militaire résolue. Ils misent plutôt sur la négociation, non sans succès d’ailleurs, avec des groupes rebelles non djihadistes. Reste à savoir quel sera le prix à payer.
On fait aujourd’hui semblant de croire à la possibilité d’une action africaine dans le cadre de la Cedeao (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest), sensé planifier une opération. Mais avec qui ? Le Nigeria, dont l’armée est incapable d’assurer la sécurité dans son propre pays (cf. Boko Haram et l’enlèvement d’un ingénieur français par un groupe dissident) ? La Cote d’Ivoire, qui a d’autres soucis ? Le Burkina, dont l’armée est, disons, modeste ? Il n’y a que dans la région que deux pays qui disposent de forces armées capables d’affronter les maquis djihadistes : la Mauritanie et le Tchad. La première refuse d’y aller et le second promet de faire quelque chose… dès lors qu’il y aura une armée malienne !

La priorité est donc à la reconstitution d’une force armée malienne capable, non pas de prendre le pouvoir entre deux conciliabules de popotes, mais d’aller guerroyer contre de vrais combattants. Une mission européenne (EUTM) sera mise en place dans les prochaines semaines pour former cette troupe. On parle de 3000 hommes…  Plusieurs pays européens (Allemagne, Belgique, Pologne, Espagne…) pourraient venir épauler les Français (400 hommes au total), mais quelle sera leur contribution réelle ? Il ya aura sans doute beaucoup de présents sur la photo, nettement moins sur le terrain.

Reste la question des otages (1), dont quatre sont captifs depuis le 16 septembre 2010 et deux autres depuis le 24 novembre 2011. L’année se termine sans qu’aucun progrès n’ait été réalisé. Pire : deux autres Français ont été capturés, l’un au Mali le 20 novembre, l’autre au Nigeria, le 19 décembre. La posture politique française, très agressive, complique évidemment la situation. Il semblerait également que la position de l’Elysée soit moins ouverte en matière de négociations qu’elle ne l’était à l’époque de Nicolas Sarkozy – qui en faisait une priorité absolue et acceptait plus facilement de payer, en dépit des apparences. On comprend l’angoisse et l’impatience des familles alors que 2012 s’achève.

(1) N’oublions pas Denis Allex, militaire de la DGSE, retenu en otage en Somalie depuis le 14 juillet 2009. Il en est à sa quatrième année de détention…

 

Samedi 29 Décembre 2012
Jean-Dominique Merchet / marianne.net/