Réunion d’information et d’échange du PARENA sur la situation au centre   Résumé des débats

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Réunion d’information et d’échange du PARENA sur la situation au centre

Le Parti pour la renaissance nationale (PARENA) a organisé le dimanche 19 Février 2017 à la Maison des Ainés de Bamako, une réunion d’information et d’échange sur la situation qui prévaut dans la région de Mopti et dans les cercles de Ké-Macina et de Niono, dans la région de Ségou.

Ont pris part à cette réunion des responsables de :

  • Ginna Dogon
  • Tabital Pulaaku
  • La Coordination des Associations de Ressortissants de la région de Mopti à Bamako,
  • Le Collectif des Associations de Développement du Sahel Occidental (CADSO)
  • Deental Pulaaku
  • Andal Pulaaku,
  • Pinal Pulaaku,
  • Le Collectif des jeunes du Pulaaku
  • L’Association des ressortissants de Koro
  • L’Association des ressortissants de Douentza
  • L’Association des ressortissants de Bankass
  • L’Association des ressortissants de Bandiagara
  • L’Association des ressortissants de Djenné
  • L’Association des ressortissants de Mopti
  • L’Association des ressortissants de Ténenkou
  • L’Association des ressortissants de Youwarou
  • L’Association des ressortissants de Ké-Macina
  • L’Association des ressortissants du Kaareeri

Plusieurs personnalités de Mopti et de Ké-Macina ont pris part à cet évènement, parmi lesquels des députés et anciens Ministres, des universitaires, le Secrétaire Général adjoint des chasseurs du Kaareeri, et plusieurs éleveurs dont le président des éleveurs de Nyamana.

En organisant cette rencontre, le PARENA souhaitait donner la parole aux ressortissants des zones affectées par le conflit, entendre leurs analyses et surtout leurs propositions de solutions.

  1. Cérémonie d’ouverture

En guise d’introduction, le Président du PARENA, Monsieur Tiébilé Dramé,  a prononcé un discours dans lequel il a fait observer une minute de silence, de recueillement et de prières à la mémoire de toutes les victimes de la crise au Mali en général, et particulièrement à la mémoire des victimes de la crise dans le Delta Central, le Seeno, le Hayré, le Kaareeri, le Kiguiri, le Kurumaari et dans le Meema-Farimaké. Il a ensuite exprimé la profonde reconnaissance du PARENA à toutes celles et tous ceux qui ont répondu à son invitation.

Il a souligné que son parti a souhaité cet échange pour évoquer la situation angoissante qui prévaut dans les 8 cercles de la région de Mopti et 2 des cercles de la région de Ségou (Ké-Macina et Niono) du fait de l’instabilité rampante qui les affecte et de l’angoisse que vivent directement 2,9 millions Maliens de cette partie du territoire.

L’année  commence très mal. Sur 24 incidents armés survenus au Mali au cours des 6 premières semaines de 2017, 14 ont été enregistrés au centre du Mali ( soit 58% des actes de violence). Ces 14 incidents majeurs ont provoqué la mort d’au moins 49 personnes.

À la suite des violences meurtrières perpétrées dans le cercle Ké-Macina, plusieurs dizaines de familles, notamment des femmes et des enfants, sont devenues du jour au lendemain des réfugiés dans leur propre pays. Des dizaines de personnes sont en détention pour divers motifs liés à la situation de crise qui prévaut.

Par ailleurs 171 écoles sont fermées dans les académies de Mopti et de Douentza qui couvrent les huit cercles de la région, pénalisant près de 18.500 écoliers.

Tiébilé Dramé a terminé son discours en demandant « Comment en est-on arrivé là ?

Comment peut-on éteindre le feu qui se répand, quelles sont, à votre avis, les pistes de solutions pour restaurer la sécurité, la stabilité, la paix, la cohésion et la concorde? ». Le PARENA, a-t-il dit, voudrait s’informer, et informer la nation, sur les causes de cette nouvelle tragédie nationale qui se déroule sous nos yeux dans cette zone jadis paisible.

  1. Déroulement de la réunion

Les participants ont été conviés à présenter un état des lieux – ce qui se passe chez eux –, à donner un aperçu des causes et formuler des recommandations pour une résolution durable de la crise.

2.1.      Etat des lieux

Le constat qui ressort des interventions des participants n’est pas reluisant. La libération du nord du Mali du joug des djihadistes n’a pas eu l’effet escompté au centre. Peu de gens imaginaient qu’en 2017 – soit 4 ans après l’opération Serval –  le centre du Mali se trouverait plongé dans un conflit qui s’aggrave de jour en jour. Le constat de l’absence de l’État dans la zone du delta s’est cristallisé avec l’impossibilité de tenir les élections communales de 2016 dans plusieurs localités. Les attaques ciblées contre des représentants de l’État, des citoyens, des  notables, des élus et les forces de sécurité sont devenues courantes.

Une véritable psychose, qui alterne peur et suspicion, semble s’être emparée de la région. La présence de djihadistes et de bandits armés, l’absence de l’Etat malien et de son administration, l’absence des forces armées et de sécurité, le racket systématique pratiqué par certaines autorités et le désengagement de l’école publique sont les thèmes qui sont souvent revenus. Mais pire, le climat de méfiance qui s’est installé entre les différents groupes ethniques, la stigmatisation des peulhs, et surtout les violences intercommunautaires fragilisent la nation toute entière et sèment les graines d’un conflit qui sera difficile à endiguer.

Voici les points soulevés par les participants :

Religion et Djihadisme.

  • La région est une vieille terre d’islam qui a connu au 19 ème siècle deux guerres saintes: la Diina de Seeku Ahmadu et le djihad omarien.
  • La crise du Centre est un prolongement de la crise du Nord : Fuyant l’insécurité au nord, des éleveurs sont descendus vers le sud avec leurs troupeaux. Ces nouveaux transhumants ont exercé des pressions sur les ressources naturelles, entraînant incompréhensions et conflits.
  • Ahmadou Kouffa (le chef présumé des djihadistes de la région) était à Konna le 10 janvier 2013 (veille de l’intervention Serval).
  • Les jeunes qui ont combattu dans les rangs djihadistes en 2013 n’ont été ni désarmés ni pris en charge. Ils se sont cachés dans les villages avant de réapparaître avec leurs armes.
  • Pour certains intervenants, le Front de Libération du Macina n’existe pas, c’est une création des services étrangers “pour rendre le Mali ingouvernable” : “Ahmadou Kouffa n’est pas outillé pour une telle création”. Pour d’autres, la nébuleuse djihadiste est une réalité dans la région.
  • La religion est un des facteurs de la crise du centre du fait de l’existence et des actions d’Ahmadou Kouffa qui prône l’avènement d’un émirat islamique.
  • Plus de 170 écoles publiques sont fermées dans la région : les enseignants ont peur.
  • L’existence de nombreuses écoles coraniques avec maîtres et talibés (éleves) est une réalité palpable dans la région.

La traversée des troupeaux dans le delta s’est effectuée cette année selon les règles édictées par les hommes de Ahmadou Kouffa.

Insécurité

  • Beaucoup d’acteurs violents sont en fait des « opportunistes » qui profitent de l’absence des autorités pour substituer à elles et se livrer au banditisme.
  • ” Même si on installe Barkhane et la MINUSMA dans le Delta central, on n’y fera pas la paix, car on ne saurait faire la paix sans la participation des populations”.
  • Même si l’Etat est prévenu d’attaques imminentes contre des citoyens, il ne prend aucune disposition.

Mauvaise gouvernance

  • La mauvaise gouvernance aux niveaux national, régional et local est à la base de tout ce qui se passe : l’Etat absent, l’État injuste, l’État insuffisant et la corruption de ses représentants là où il existe.
  • La non gouvernance : L’État n’assure pas son rôle de régulation, il est devenu un État racketteur.
  • La justice : mal rendue, a provoqué frustrations, contestations et conflits.
  • L’indifférence de l’État : des associations locales ont adressé aux autorités nationales et régionales, à la Gendarmerie, à la Sécurité d’État des mémorandums et des lettres pour alerter au sujet de dangers. Ces correspondances adressées en 2013, 2014 et 2015 sont malheureusement restées sans suite.
  • L’impunité est une caractéristique de la gouvernance au Centre.

Amalgames et Stigmatisation

  • La stigmatisation des peulhs;
  • Des arrestations arbitraires au nom de la lutte contre le terrorisme et le djihadisme, des détentions illégales, des tortures, des exécutions sommaires et des amalgames qui ont consisté à assimiler une ethnie, en l’occurrence les peulhs, au djihadisme;
  • Tous ceux qui partagent la langue et la culture d’Ahmadou Kouffa sont abusivement assimilés à son action;
  • Certes des peulhs sont djihadistes mais tous les peulhs ne sont pas djihadistes;
  • Pourquoi laisse-t-on certaines populations armées tandis que d’autres n’ont le droit de porter même un bâton;
  • On a l’impression, par moments, que l’Etat soustraite la sécurité des populations;
  • Les commissions de paix mises en place par le gouvernement avec un fort relent de publicité ne fonctionnent pas.
  • Le dépit vis à vis de l’Etat qui a de la peine à devenir un Etat protecteur et régulateur en raison de ses carences et de ses insuffisances.
  • “Ce ne sont pas les Dozos qui tuent les Peulhs, c’est l’État !”

Conflits inter-communautés

  • Le Delta central est historiquement une zone d’instabilité en raison de la compétition pour les ressources naturelles qui se raréfient pour des raisons liées au changement climatique, à l’affectation des terres pour aménagement agricole et à l’augmentation de la population.
  • La loi relative au foncier pastoral et la gestion des domaines communaux sont inadaptées.
  • Le rétrécissement des couloirs pastoraux (suite aux projets d’irrigation) est à l’origine de certains conflits entre sédentaires et éleveurs.
  • Les chefs de village et autres chefs traditionnels ont perdu leur prestige d’antan parce qu’ils militent au sein de partis politiques, ce qui affecte l’objectivité de leurs jugements.
  • Les mécanismes traditionnels de règlement des conflits sont éprouvés. Ils ne sont plus opérationnels en raison du fait que leurs principaux animateurs sont engagés politiquement. On ne saurait être partisan et neutre.

2.2.     Recommandations

Les risques d’une instabilité accrue et durable dans le delta central sont incalculables. Les déplacements forcés de populations dans cette zone avec ses 2,9 millions d’habitants déstabiliseront le reste du Mali et les pays voisins. Plusieurs scenarios sont possibles :

–  déficit de la production agricole et renchérissement des prix des denrées partout au Mali (et dans la sous-région),

–  climat d’insécurité permanent et traumatisme prolongé pour  les populations vulnérables, conflit durable et violence accrue,

– déscolarisation forcée et recrutement d’enfants soldats, déplacement des conflits inter-ethniques au-delà de la région du Delta et déstabilisation généralisée.

L’implication des populations dans la recherche de solutions est le consensus qui s’est dégagé des échanges du forum. Le retour effectif de l’Etat et la réorganisation des forces de sécurité sont les thèmes phares. La justice et la bonne gouvernance sont également citées comme conditions du retour d’une paix durable.

Ci-dessous les propositions émises  par les participants :

Bonne gouvernance

  • Instaurer un État juste;
  • Retour de l’Etat en termes d’administration, de justice et de services essentiels dans les localités abandonnées pour rassurer les populations;
  • Libération des nombreux jeunes incarcérés du fait de la simple stigmatisation pour apaiser la situation;
  • Éviter le déni de réalités.

 Retour de l’État

  • Les Préfets et sous-préfets doivent retourner à leurs postes et organiser en relation avec les populations la sécurité des localités;
  • Faire en sorte que la stigmatisation, l’amalgame et l’arbitraire cessent pour assurer et rassurer toutes les populations;
  • Restauration de la confiance entre l’Etat et les populations, notamment les Forces armées et de sécurité, les juges, les agents des Eaux et Forêts.

Dialogues Intercommunautaires

  • Forum régional dans la perspective de mettre en place les voies et moyens pour appuyer les autorités régionales pour endiguer le phénomène;
  • Mettre en place un cadre de dialogue et de concertation au niveau du Delta Central pour trouver ensemble les solutions idoines;
  • Eviter les querelles de leadership;
  • Face à la rébellion, il y a deux postures possibles : la force et le dialogue. Eu égard aux coûts humains et matériels de l’usage de la force, il faut aller au dialogue :

Dialoguer avec les chefs djihadistes locaux;

Dialoguer avec Ahmadou Kouffa;

  • Les programmes de la radio et de la télévision nationales doivent s’adresser à toutes les communautés du pays.

 

Réorganiser la sécurité

  • Les FAMAS doivent s’appuyer sur la population. Elles doivent se réconcilier avec les populations;
  • La diversité nationale doit être reflétée lors des recrutements dans l’armée;
  • Associer les populations à la sécurisation des zones où elles habitent.

Une charte pastorale

  • Nécessité de légiférer pour actualiser la charte pastorale et faire en sorte qu’elle soit appliquée convenablement;
  • Il faut que les partis politiques se saisissent de cette question;
  • Baliser les couloirs de transhumance, aménager les gîtes d’étape en surcreusant les mares et les puits;
  • Sensibiliser les éleveurs sur les risques de conflits liés au retour précoce des troupeaux.

Les participants ont remercié le PARENA pour cette initiative patriotique et lui ont demandé de s’impliquer davantage pour contribuer à un apaisement de la situation, en l’occurrence, l’élargissement des jeunes incarcérés sans preuves.

 

Bamako, le 24 février 2017.

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4 COMMENTAIRES

  1. “Peu de gens imaginaient qu’en 2017 – soit 4 ans après l’opération Serval – le centre du Mali se trouverait plongé dans un conflit qui s’aggrave de jour en jour.”

    Et pourtant, avec l’Etat fantoche du bouffon-voyageur-en-Boeing, c’était non seulement prévisible mais…INELUCTABLE! 🙁 🙁 🙁 🙁

    D’une part nous sommes un pays en grave crise, d’autre part ce même pays est livré aux mains d’un bouffon aussi incompétent qu’inconséquent; Partant de cet amer constat, COMMENT VOULEZ-VOUS QUE LA SITUATION SOIT DIFFERENTE DE CE QU’ELLE EST? 🙁 🙁 🙁 🙁

    Et le pire, c’est que chaque jour qui passe avec Zonkeba “aux commandes”, le chaos s’intensifie un peu plus (comme les faits LE PROUVENT!!) 🙁 🙁 🙁 🙁

  2. Mr Tiebile ce qui se passe ce n’est pas de la politique populiste.
    Et ce n’est pas le nombre d’associations autour de la table qui va régler le problème , ni la présence de l’état.
    Il faut La volonté des populations de vivre en symbiose. Cette histoire dure depuis 4ans je suis étonné que ce soit maintenant que les politiques en fassent leurs articles de commerce.

  3. J’ai été satisfait juste par la lecture.
    Ils ont fait un travail colossal .
    Je remarque que il y a beaucoup de groupes peulhs , on doit s’unir pour faciliter les choses. Mes félicitations aux
    Organisateurs, si vous pouvez en faire
    Bénéficier à l’état les résultats de vos
    Recherches. Merci Parena de Tieble
    Drame.

  4. FELICITATIONS A PARENA POUR AVOIR RECU A FAIRE CE TRAVAIL DE QUALITE. SOUHETONS LES RECOMMANDATIOS SOIENT APPLIQUEES PAR LES PLUS HAUTES AUTORITES DU PAYS.
    COUP DE CHAPEAU A TIEBLEN DRAME.

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