Santé au mali: La vente de médicaments de la rue ruine les pharmacies

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La vente et la consommation des médicaments de la rue est une réalité au Mali, en dépit des nombreuses initiatives visant à interdire cette pratique. La pauvreté aidant, la demande de ces produits devient de plus en plus forte, même s’ils s’avèrent dangereux pour la santé.

 

La vente des médicaments de la rue sur le marché se porte bien.  Au Grand Marché de Bamako, tout un espace est réservé à ces « médicaments ». Près de mille personnes exposent ces produits de divers types sur des étagères confectionnées pour la cause. « Ici, nous sommes plus outillés que les pharmacies, dans la mesure où il n’est pas possible de faire le tour de nos étals et manquer de produit. Mais c’est tout le contraire dans les pharmacies locales », se vante Sylla, vendeur de médicaments depuis bientôt vingt ans dans cet espace.

Des produits de marque ou « princeps » (encore protégés par des brevets d’invention par des laboratoires) côtoient sur les comptoirs des médicaments présentés sous la forme générique (en dénomination courante internationale et dont le brevet est tombé). Les prix varient en fonction de ces catégories et de la marque du médicament. Ordonnance, carnet médical ou bout de papier sur lequel le nom du produit a été mentionné à la main. De nombreux clients se bousculent à la recherche du meilleur médicament ou du meilleur prix. Et à juste (ou plutôt injuste) raison : les prix pratiqués sur ce marché spécial ne sont pas homologués et dépendent de chaque vendeur. Et c’est ainsi sur tous les centres similaires de vente des médicaments de la rue qu’on retrouve dans les centres urbains du pays.

Guidés par la pauvreté

« J’achète ici systématiquement les médicaments prescrits à tout membre de ma famille. Non pas parce que les produits vendus sont forcement de bonne qualité, mais faute de mieux », justifie un agent des Domaines rencontré au Grand Marché de Bamako. « C’est ma source de ravitaillement en produits de toutes sortes et surtout, les prix et la qualité des médicaments sont intéressants », ajoute un infirmier militaire, client de ce coin du Grand Marché depuis plus de dix ans.

Les prix pratiqués sur cette place sont parfois trois fois inférieurs au prix du même produit dans une pharmacie. Du coup, des infirmiers, des médecins et même parfois des pharmaciens y achètent des produits pharmaceutiques pour les revendre aux clients et patients en faisant fi des risques sur l’authenticité et l’opérationnalité de ces médicaments. Les vendeurs de ces produits révèlent difficilement leurs sources d’approvisionnement. Suite à des plaintes de l’Ordre des pharmaciens, des descentes musclées des forces de l’ordre suivies de saisies ont quelquefois révélé que les fournisseurs sont bien connus et opèrent aussi sur le circuit formel.

Les pharmacies de rue prolifèrent

La vente et la prolifération des médicaments à la rue sont devenues un phénomène persistant à Bamako et dans d’autres villes du pays. Ces pharmacies de fortune sont de plus en plus fréquentées par les populations pour qui elles sont devenues l’alternative aux pharmacies classiques qui leur proposent des médicaments à des prix inaccessibles aux bourses modestes. La plupart de ces médicaments sont importés du Nigéria, un pays de l’Afrique de l’Ouest où ils seraient fabriqués sur place ou importés de l’Inde et de la Chine notamment. Proposés dans les lieux de grande fréquentation comme le Grand Marché de Bamako  et le Marché de Médine,  ces médicaments sont souvent étalés sur des étagères couvertes par un simple parasol.

L’un de ces vendeurs avoue : « Trois quarts de notre clientèle sont issus des couches défavorisées. Nous vendons également à des salariés, des cadres, des médecins, des propriétaires de centres de santé et aussi des pharmaciens ». Mais la pauvreté reste la grande pourvoyeuse de ces pharmaciens de rue comme l’a souligné un client rencontré devant l’une de ces échoppes : « J’ai fait le tour de quatre pharmacies de la ville à la recherche d’un médicament qui m’a été prescrit par mon médecin au CHU Gabriel Touré, et les prix proposés varient entre 9 000 et 13 000 FCFA. Cependant, chez les pharmaciens de fortune, j’ai pu l’avoir à 5 500 FCFA. » Cependant,  les autorités ne semblent pas s’y résoudre, tout comme l’Ordre des pharmaciens du Mali qui  a initié des stratégies pour éradiquer ce qui est considéré comme une menace pour la santé publique. La répression ne serait alors que temporaire, même avec une très forte médiatisation. La rumeur soutient même que les produits saisis seraient remis dans le circuit des pharmacies, mais aussi dans les pharmacies de rue par des fonctionnaires indélicats.

  Jean Pierre James

 

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Gassama Musso<span class="wpdiscuz-comment-count"><i class="fa fa-commenting"></i> 45</span>
Membre
Gassama Musso 45
4 années 6 mois plus tôt

Seule façon d’éradiquer ce problème : descentes de police systématiques sur les marchés avec à la clé arrestation des vendeurs (et peines de prisons), destruction – sur place – par le feu de tous les faux médicaments saisis ! Tout ceci doit être fait tant que perdurera ces ventes …
Bien entendu surveillance, saisie, destruction des produits par la douane et là encore pas de cadeau aux gens qui apportent ces saloperies sur le territoire malien … ce sont des assassins en puissance ! Sachant qu’il vaut mieux pas de médicament que ces produits frelatés ou périmés qui non seulement ne soignent pas mais risquent surtout d’aggraver la santé des acheteurs.
Il faudrait négocier avec les laboratoires des prix raisonnables pour tous les médicaments génériques …

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