Une intervention militaire qui n’est pas sans risques

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De jeunes combattants islamistes, dont deux mineurs, dans le nord du Mali, le 27 septembre 2012.

¬†“Cette intervention est n√©cessaire, parce qu’il est impossible de n√©gocier avec les terroristes et les trafiquants de drogue.”¬†Dans un entretien au¬†Figaro, le pr√©sident nig√©rien Mahamadou Issoufou, qui doit rencontrer mardi 13¬†novembre Fran√ßois Hollande, r√©sume bien l’√©tat d’esprit g√©n√©ral.¬†Application de la¬†charia,¬†destruction de mausol√©es, menace terroriste¬†et¬†prises d’otages¬†par divers groupes islamistes arm√©s dans le Nord-Mali exc√®dent une bonne partie de la communaut√© internationale, qui ne jure plus que par¬†une intervention militaire¬†pour que le Mali, d√©barrass√© des¬†jihadistes,¬†retrouve son int√©grit√© territoriale.

Issoufou trouvera certainement une oreille attentive en Fran√ßois Hollande qui, comme¬†son ministre de la D√©fense,¬†semble press√© d’en d√©coudre. Dimanche 11¬†novembre, l’id√©e d’une intervention a encore fait un pas en avant. Les dirigeants de la Communaut√© √©conomique des Etats d’Afrique de l’Ouest (C√©d√©ao) r√©unis √†¬†Abuja (Nigeria)¬†ont d√©cid√©¬†d’envoyer¬†une force africaine de 3 300 hommes. Une d√©cision qui doit encore d’√™tre ent√©rin√©e par l’Union africaine et le Conseil de s√©curit√© des Nations unies, le 26¬†novembre.

Mais derri√®re cette unanimisme, certains s’interrogent, √† l’image de Rony Brauman, ancien pr√©sident de M√©decins sans fronti√®res¬†:¬†“Quand on s’engage dans un conflit, on allume des m√®ches qu’on n’arrive plus √† √©teindre.”¬†Et si le rem√®de √©tait pire que le mal¬†?

Et si le conflit s’enlisait ?

C’est que les risques existent, souligne le politologue Michel Galy. Militaires, d’abord.¬†“Il semble qu’une partie de l’√©tat-major fran√ßais ne soit pas tr√®s enthousiaste”, √† l’approche de l’intervention. Septicisme partag√© par le haut commandant des forces arm√©es am√©ricaines en Afrique (Africom), le g√©n√©ral Carter Ham.¬†En d√©placement √† Alger, il a d√©clar√© √† la presse que¬†“la situation dans le nord du Mali ne p[ouvait] √™tre r√©gl√©e que de mani√®re diplomatique ou politique”.

Cela¬†“traduit une pens√©e g√©n√©rale, il est facile de prendre les trois principales villes, Gao, Kidal et Tombouctou”, mais tenir le d√©sert est une autre affaire, explique Michel Galy. Chercheur √† l’Ecole des hautes √©tudes en sciences sociales (EHESS),¬†Oumar Ke√Įta¬†abonde¬†: les forces qui tiennent le Nord sont¬†“mieux pr√©par√©es que les arm√©es r√©guli√®res de la C√©d√©ao¬†et elles connaissent le terrain”. Quant √† l’arm√©e malienne, elle est mal √©quip√©e, d√©moralis√©e et rong√©e par des luttes intestines. Pour Michel Galy, qui √©value √†¬†“6¬†000¬†hommes arm√©s”¬†les¬†troupes jihadistes et touaregs¬†qui occupent le Nord-Mali,¬†cela explique que l’aide d’autres pays, comme le Tchad et¬†la Mauritanie, plus habitu√©s au d√©sert,¬†ou encore de l’Afrique du Sud, ait √©t√© √©voqu√©e lors du sommet d’Abuja.

Et si les combattants affluaient ?

Relativement circonscrit, le conflit malien pourrait aussi prendre un tour nouveau en cas d’initiative militaire. Dans une tribune dans¬†Lib√©ration¬†en juillet,¬†Oumar Ke√Įta¬†rappelait que les derni√®res interventions ext√©rieures n’avaient pas √©t√© de francs succ√®s¬†:¬†“En Irak, en Afghanistan, au Congo, au Soudan et derni√®rement en Libye, elles ont surtout conduit √† des guerres civiles prolong√©es.”¬†Il souligne aujourd’hui qu’“il y a un risque d’engendrement de solidarit√©s ethniques”. Des touaregs pourraient ainsi gagner le nord du pays depuis l’Alg√©rie, la Mauritanie, le Niger et m√™me le Burkina Faso pour se battre contre un ennemi ext√©rieur.

En cas de conflit, ils ne seraient d’ailleurs pas les seuls √† affluer.¬†Pour l’instant, le Mali n’a pas l’attrait de la Syrie pour les jihadistes, mais¬†l’arrestation d’un franco-malien¬†au Mali t√©moigne de l’int√©r√™t que constituerait le pays √† l’avenir.

Et si la menace s’√©parpillait ?

A l’inverse, si les¬†jihadistes¬†s’√©parpillent dans les pays voisins sous la pression d’une force √©trang√®re,¬†“c’est tout le Sahel qui s’embrase”, redoute Michel Galy. C’est d’ailleurs le souci num√©ro¬†1 de l’Alg√©rie, qui craint de voir Al-Qa√Įda au Maghreb islamique (Aqmi), hier Groupe salafiste pour la pr√©dication et le combat (GSPC), repasser la fronti√®re.¬†Press√© d’intervenir¬†notamment¬†par la France,¬†Alger¬†m√®ne de front des n√©gociations avec¬†Ansar¬†Dine. Le groupe islamiste¬†malien¬†est per√ßu comme interlocuteur acceptable par l’Alg√©rie. Ansar Dine vient de se distinguer¬†d’Aqmi¬†et du¬†Mouvement pour l’unicit√© et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao)¬†en proclamant son rejet du terrorisme.

Finalement, avec le Burkina Faso, l’Alg√©rie est¬†“tr√®s en retrait”¬†sur l’id√©e d’une intervention militaire, souligne l’ancien pr√©sident de MSF Rony Brauman. Or,¬†ce sont“deux Etats¬†extr√™mements importants”¬†dans la sous-r√©gion.¬†“Sans leur participation, la difficult√© sera plus grande”, souligne-t-il, jugeant de toute fa√ßon qu’on est¬†“encore loin du compte”.

Et si les Maliens se déchiraient ?

Au sein du Mali, les difficult√©s sont encore plus inqui√©tantes, explique Oumar Ke√Įta.¬†“Il y a des d√©bats internes. Ceux qui sont du Nord et ont la peau blanche (Touaregs, Maures…) souhaitent la n√©gociation. Ceux qui ont la peau noire veulent une intervention militaire”, affirme Oumar Ke√Įta. Les risques de repr√©sailles ne sont pas √† n√©gliger et l’hypoth√®se d’un nouveau conflit arm√© risquerait d’ent√©riner une opposition entre le nord et le sud du pays, loin d’amener √† la r√©conciliation.

De plus, au Nord-Mali,¬†la pr√©sence des islamistes ne d√©pla√ģt pas √† tous. Dans une r√©gion hier oubli√©e par Bamako, ils ont apport√© un semblant d’ordre. Sans compter que les islamistes, soutenus par le Qatar¬†selon le¬†Canard encha√ģn√©,¬†repr√©sentent une manne pour¬†des jeunes d√©sŇďuvr√©s. Maliens ou venus de la sous-r√©gion,¬†ils toucheraient 3¬†800¬†dollars (3¬†000¬†euros) √† leur arriv√©e, selon¬†Sahel Intelligence.

En somme, avec¬†“une population qui double tous les vingt-deux ans”,¬†dans une r√©gion d√©laiss√©e par l’administration, sans ressources et soumise aux famines, rappelait Serge Michailof,¬†enseignant √† Sciences Po dans une tribune dans le¬†Monde¬†(article abonn√©s), le¬†“terreau social”¬†est¬†“d√©sastreux”.

Et s’il n’y avait personne pour diriger ?

Au Sud, la situation n’est pas brillante non plus. Depuis le coup d’Etat de mars, le pays peine √† s’organiser. Le pouvoir se partage entre le pr√©sident de transition Dioncounda Traor√©, le Premier ministre de transition¬†Cheick Modibo Diarra¬†et le capitaine putschiste Amadou¬†Sanogo.

“Il faut une conf√©rence nationale qui organiserait des √©lections pour 2013”, plaide Michel Galy.¬†Et pour Rony Brauman, “ce n’est pas une intervention militaire qui permettra de r√©gler la question de l’unit√© malienne, surtout quand on voit que le Mali est en faillite √©tatique. Prendre le contr√īle du Nord alors qu’il n’y a pas d’instance de r√©gulation, c’est faire reposer tout √ßa dans le vide”.

Ga√ęl Cogn√© /¬†francetvinfo.fr/¬†Publi√© le¬†13/11/2012 | 06:10

 

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3 COMMENTAIRES

  1. Mon frère RB182 je te donne parfaitement raison.
    Nous avons tout compris votre politique d’aider les touaregs √† prendre le Nord du Mali. Mais sache que le puissant est l√†, et nous n’allons pas baisser les bras jusqu’au dernier jour…

  2. Certains fran√ßais souhaitent s√Ľrement que les maliens fassent ce que P√©tain et ses acolytes on fait avec Hitler.
    Le Mali n’a d√©clar√© la guerre √† personne mais on lui impos√© cette terrible √©preuve.
    Alors de gr√Ęce cesser de nous dire que ce ne sera pas facile! Aucune guerre au monde n’est facile. Si les n√©gociations pouvaient donner qque chose, on n’en serait pas l√†. ‚Ěó ‚Ěó ‚Ěó ‚Ěó

    • …”Certains fran√ßais souhaitent s√Ľrement que les maliens fassent ce que P√©tain et ses acolytes on fait avec Hitler.”…

      Je te signale que la France est en train de se mettre en quatre pour aider, et ce depuis le d√©but de la crise!!! Alors ce genre d’accusations gratuites me para√ģssent tout √† fait d√©plac√©es!

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