A Dakar, couacs entre l’Elysée et Matignon sur les traites négrières

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Ce fut à peine perceptible. Un bref écarquillement des yeux. Mais ceux qui le suivent au quotidien l’ont remarqué : vendredi 12 octobre, deux heures après avoiratterri à Dakar, François Hollande a été surpris qu’une journaliste l’interroge sur les “réparations” que la France pourrait engager dans le dossier des traites négrières.

Le président François Hollande, lors de sa visite sur l’île de Gorée, au large de Dakar, le 12 octobre.

La question n’avait pas été posée par hasard. Le matin même, le site d’information Mediapart indiquait que Matignon était “très ouvert” à des réparations, ajoutant la tenue prochaine d’une “réunion interministérielle” sur le sujet.

Apparemment, M. Hollande n’était pas sur la même ligne. “La réparation n’est pas que morale, elle est aussi de savoir ce que nous voulons faire ensemble. Est-ce que nous nous tournons vers le passé pour nous en féliciter autant que pour nous en flétrir, ou est-ce nous sommes capables de définir un développement partagé ? C’est ce que nous faisons entre la France et le Sénégal”, a déclaré le chef de l’Etat lors d’une conférence de presse avec son homologue sénégalais, Macky Sall. Lequel a clairement dit que les réparations n’avaient pas lieu d’être : “La reconnaissance morale devrait suffire.”

Tout l’après-midi, les conseillers de l’Elysée se sont relayés auprès des journalistes présents à Dakar pour étouffer l’affaire. L’article en question ? “Une pseudo info fausse.” Une réunion interministérielle ? “Sur la question des réparations, il n’en a jamais été question.” Pour l’Elysée, “on peut évoquer des actions sur le terrain éducatif, par exemple, mais il n’est absolument pas question de réparations financières.”

PAS QUESTION DE “SORTIR LE CARNET DE CHÈQUES”

A Matignon, le discours n’était pas tout à fait le même. Oui, “le cabinet du premier ministre a demandé à un collectif d’associations de faire des propositions sur ce qui peut être fait en termes de réparations”. Oui, “elles seront ensuite débattues avec des conseillers de plusieurs ministres”. Y compris sur le plan financier ? “On ne va rien exclure a priori, mais les réparations ne sont pas forcément financières”, a d’abord répondu Matignon, avant de s’aligner sur la position de l’Elysée et d’indiquer qu’il n’était pas question de “sortir le carnet de chèques”.

Dans cette affaire, un homme est aujourd’hui inquiet : Louis-Georges Tin. Président du Conseil représentatif des associations noires (CRAN), il croyait avoirconvaincu le gouvernement, lors de deux réunions à Matignon le 29 mai et le 8 octobre, d’ouvrir un débat sur les réparations, “financières ou symboliques”. Vendredi soir, il ne cachait pas son désarroi : “M. Hollande rétropédale le jour même où il se rend à Gorée : c’est honteux !”

Avant de s’envoler pour Kinshasa, où se tient ce samedi le sommet de la francophonie, le chef de l’Etat s’est rendu sur l’île de Gorée, au large de Dakar, haut lieu de mémoire de la traite négrière.

“Au nom du peuple français, je rends hommage à la mémoire des innombrables victimes de l’esclavage. Le rappel de cette tragédie lie à jamais l’Europe, l’Afrique, l’Amérique et les Caraïbes. Il nous oblige à lutter sans relâche contre toutes les formes de l’exploitation de l’être humain”, a écrit le chef de l’Etat sur le livre d’or de la Maison des esclaves. Espérant, sans doute, que cette première visite officielle d’un président français à Gorée suffira à satisfaire les militants du devoir de mémoire.

Thomas Wieder (Dakar, envoyé spécial) / LE MONDE | 13.10.2012 à 11h08

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2 COMMENTAIRES

  1. La traite des Noirs et l’esclavage humain a été et reste une abomination, nul ne peut le nier.

    Toutes les civiisations humaines l’ont pratiquée en Europe, en Asie, en Afrique et en Amérique, partout dans le monde.

    Mais concernant les réparations, il faudrait que les pirates barbaresques (nord africains : Algérie, Tunisie, Libye) qui ont écumé pendant des siècles les côtes européennes pour y enléver des esclaves européens, fassent le premier pas et reconnaissent leur tord.
    D’ailleurs, les premières interventions européennes sur le continent africain étaient justifiées par la lutte contre ces razzias.

    En outre, le Sénégal est vraiment très mal placé pour demander des réparations car ce sont les populations des côtes africaines qui allaient chasser les populations noires à l’interieur du continent pour les vendre aux Européens.Il y fort à parier que les populations sénagalaises aient chassé des gens de l’interieur pour les ramener sur leurs côtes et les vendre.

    Historiquement, ce sont surtout les Africains qui se sont mutuellement réduits en esclavage pour les vendre aux Européens. Aujourd’hui encore les Africains pratiquent l’esclavage au détriment des Africains.
    Tout le monde peut voir sur les carrefour des grandes villes, ces enfants “vendus” aux marabouts, réduits en esclavage et obligés de mendier pour manger et surtout pour enrichir le marabout.
    Quelle riche famaille mauritanienne n’a pas sa famille d’esclave attachée à son service.

    Il convient de rappeler que les plus grands esclavagistes sont les Arabes (de la pnéninsule d’Arabie)et les Arabisés (oui car au Magreb les populations originelles ne sont pas arabes mais bérebères) qui pratiquent encore aujourd’hui l’esclavage en toute impunité. Rappelons, à cet égard, que le mot Soudan vient du mot arabe saoud qui veut dire noir. Le Soudan au sens large était la région des Noirs, la réserve d’esclaves. Du coup, cette région du Sahel était prise entre les esclavagistes arabes du Nord et les esclavagistes africains de la côte, au sud.

    Les Européens, avec leurs avances technologiques et organisationnelle, ont simplement “industrialisé” la traite, une pratique qui était largement répandue en Afrique.

    Pour finir, paradoxalement, un grand nombre de jeunes Africains regrettent que leurs ailleux n’aient pas été emmenés en esclavage aux Amériques, quand ils comparent leurs condition de vie en Afrique avec celles des Noirs américains, français et britaniques, ils sont envieux et ne révent que de quitter le continent.

    Qui doit payer des réparations à qui ?
    Le Sénégal pays côtier, chassuers d’esclaves, devrait faire son mea culpa pour son rôle dans l’esclavage et la déportation des Noirs vers les Amériques.

    Nous les Africains, nous devrions d’abord balayer devant notre porte avant de rejetter les responsabilités sur les autres. Mais c’est plus facile d’accuser les autres de tous nos maheurs, cela nous dispense de prendre conscience de nos fautes, de nos lacunes, de l’incurie de nos gouvernements.

    Si l’Aficain est pauvre alors que l’Afrique est riche, c’est à cause de ceux qui pillent nos ressources, ce n’est pas la faute des Africains qui bradent et vendent ces ressources.

    tant que les Afriacains se mentiront à eux même, il n’y aura pas de progrés car il n’y aura pas de solutions africaines.

    • merci pour votre franchise ,ces informations devraient nous donner, et surtout a notre jeunesse , plus d’orgueil et de fierté , afin de nous défaire de toutes formes de colonisation ;religieuse , culturelle , économique , mentale …
      L’Afrique berceau de l’humanité , ou abondent toutes richesses de toutes natures ne doit pas être a la merci des autres continents .

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