Abdou Diouf: “L’Afrique est le futur de la Francophonie”

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Abdou Diouf, secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la Francophonie, lors d’une interview dans son bureau Ă  Paris, le 5 octobre 2012
© AFP

PARIS – “L’Afrique est le futur de la Francophonie”, clame son secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral, Abdou Diouf, Ă  la veille du premier sommet de la Francophonie Ă  Kinshasa. Et il rĂ©fute l’idĂ©e que la France soit encore au centre de l’organisation aux 56 pays membres dont 30 sont africains.

“En 2050, d’après nos Ă©tudes, nous serons 715 millions de francophones dans le monde et 85% seront en Afrique”, relève M. Diouf, dans un entretien Ă  l’AFP.

La RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo (RDC) se prĂ©sente comme le pays francophone le plus peuplĂ© au monde, avec sa population de 69 millions d’habitants qui pourrait dĂ©passer les 150 millions dans 40 ans.

“L’Afrique va ĂŞtre le futur de la Francophonie et l’Afrique centrale comptera pour beaucoup (…) en raison de sa dĂ©mographie et parce que nous espĂ©rons que les objectifs de scolarisation universelle seront atteints”, dit M. Diouf.

Une scolarisation en français, bien sĂ»r, mais en sachant “marier” les langues: tel est le credo de l’ancien prĂ©sident sĂ©nĂ©galais qui aime citer la situation dans son pays natal: “Vous reprochez aux SĂ©nĂ©galais de parler ouolof, sĂ©rère, diola, mandingue, peul, soninkĂ©? Non! N’empĂŞche que la langue de l’administration, de tous les jours pour la gouvernance, c’est la langue française”. Et d’insister: “Il ne faut pas opposer le français aux langues nationales, elles sont complĂ©mentaires”.

“C’est important non seulement pour la dignitĂ© et le respect de nos pays mais aussi pour des raisons pĂ©dagogiques: quand on scolarise l’enfant dans sa langue maternelle au cours des deux premières annĂ©es, il s’ouvre plus facilement Ă  la langue seconde, le français (…) et ces Ă©lèves-lĂ  sont plus performants que ceux qui ont commencĂ© dès le dĂ©but en français”.

Pas question pour Abdou Diouf, en revanche, de s’attarder sur la polĂ©mique nĂ©e rĂ©cemment au Gabon quand le prĂ©sident Ali Bongo a annoncĂ© son intention de favoriser l’usage de l’anglais. L’opposition gabonaise y a vu “un chantage” contre la France, en mesure de “rĂ©torsion Ă  ses critiques sur la gouvernance”. “Chaque pays a le droit de dĂ©finir sa politique”, tempère M. Diouf, s’avouant pourtant “gĂŞnĂ©” par “ce tapage Ă  quelques jours du sommet”.

Pas de “cour” autour de François Hollande

A Kinshasa, Abdou Diouf sait que la nouvelle politique africaine du prĂ©sident français François Hollande sera soupesĂ©e par tous, alors que la Francophonie apparaĂ®t Ă  certains commentateurs comme un “club” de pays ayant intĂ©rĂŞt Ă  avoir des relations privilĂ©giĂ©es avec la France.

“A entendre parler les gens, on a l’impression que le prĂ©sident français a une cour autour de lui, quand il y a une rĂ©union de la Francophonie. Ce n’est pas cela du tout!”, proteste-t-il.

“Est-ce un pĂŞchĂ© que de vouloir avoir des relations privilĂ©giĂ©es avec la France, une Nation quand mĂŞme qui compte dans le monde? Ce n’est pas un pĂ©chĂ© mais la Francophonie, ce n’est pas cela!”, dit M. Diouf. PlutĂ´t une “coopĂ©ration privilĂ©giĂ©e” entre “des pays qui partagent la mĂŞme langue et les mĂŞmes valeurs” et se sentent “dans une connivence positive”.

“Les mots de +nĂ©ocolonialisme+, +Françafrique+, je ne connais pas, j’ai toujours traitĂ© d’Ă©gal Ă  Ă©gal”, conclut l’ex-chef d’Etat de 77 ans, formĂ© Ă  l’Ecole nationale de la France d’outre-mer.

“La Francophonie n’a jamais mis la France au centre”, soutient-il. “D’ailleurs, sur la photo de famille, c’est Ă  chaque fois le prĂ©sident en exercice (du sommet) qui est au centre”.

Même si les clichés historiques témoignent que François Mitterrand se trouvait toujours placé au beau milieu du premier rang.

(AFP) – (AFP) – 13:39 – 10/10/12

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