Afrik’Actu*: Zuma, comme un condamné avec sursis

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Sans surprise, le Parlement sud-africain a décidé de ne pas voter la motion de destitution à l’encontre de Jacob Zuma. En rejetant ainsi la requête de destitution du Président, déposée par l’Alliance Démocratique (DA), le principal parti d’opposition, (233 voix contre 143), le Parlement sud-africain, dominé par le Congrès National Africain (ANC), a pris la lourde responsabilité de maintenir à son poste un Chef d’Etat qui ne cesse de se retrouver au cœur des scandales.

Pourtant, cette procédure était bien motivée, après que la Cour Constitutionnelle ait estimé dans son arrêt que, le Chef d’Etat n’avait pas respecté la constitution, en rénovant sa résidence privée avec des fonds publics. Encore que celui-ci avait déjà fait  l’objet d’une précédente procédure de destitution à laquelle il avait échappé.  Pour n’avoir pas fait arrêter le Président soudanais, Omar El Béchir, alors en visite en Afrique du Sud et sous le coup d’un mandat d’arrêt international, Zuma avait été accusé par la Cour constitutionnelle de manquement constitutionnel. Ce qui avait même fait réagir des ténors de l’ANC. Parmi lesquels, des voix, non des moindres, s’étaient élevées pour réclamer sa démission. C’est le cas d’Ahmed Karthada, un vétéran de l’ANC, compagnon  pénitencier et camarade politique de Mandela, une quasi-autorité morale en Afrique du Sud. Dans sa lettre ouverte, celui-ci, tout en réclamant sa démission,  estime que les scandales à répétition dont fait désormais l’objet le Chef de l’Etat sud-africain, ne font que contribuer à ternir, non seulement  l’image du parti ANC, mais aussi à lui faire perdre confiance auprès des citoyens. De même, des membres influents du Haut commandement de l’ancienne branche armée de l’ANC, ont de leur côté, dénoncé  ses différents scandales et ses décisions politiques opaques. Mais pourquoi Zuma, malgré tous ces griefs à ses dépens,  n’arrive pas à être éjecté de son poste de Président de la République ? Si beaucoup de raisons peuvent l’expliquer, la première est toute évidente.

En toute logique, les députés de l’ANC – parti majoritaire et au pouvoir depuis les premières élections libres, pluralistes et multiraciales de 1994 ayant mis fin au régime d’Apartheid – ne pouvaient pas prendre le risque de voter la requête de destitution, sous peine de contenter l’opposition dans sa démarche politique. Ce, bien que bon nombre d’entre eux condamnent fermement dans les coulisses, le fait que leur camarade-président soit au centre de scandales à répétition. Leur vote positif aurait provoqué plus de discrédit à leur formation politique et davantage permis à l’opposition  de se conforter dans sa tentative de conquête d’électeurs déçus par les décennies de pouvoir ANC. Mais d’autres analystes admettent aussi que le Vice-président, Ceril Ramaphosa, mieux placé pour prendre la succession, voudrait surtout attendre que le Chef d’Etat aille jusqu’au bout de son mandat qui prend fin en 2019.

Pour autant, même si le Parlement n’a pas voté la destitution de Zuma, la crise politique va demeurer. Car les différents scandales, dans lesquels se trouve plonger le Chef de l’Etat, vont continuer de le fragiliser. A tel point qu’il est dans la situation  d’un homme condamné à une peine avec sursis.

Gaoussou M. Traoré

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