Burkina Faso : Le Cabinet noir de Kosyam sera-t-il dissout ?

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Juste avant la prĂ©sidentielle du 29 novembre dernier au Burkina Faso, beaucoup de vagues avaient agitĂ© le paysage politique sur fonds de rumeurs bruyantes et de rĂ©vĂ©lations explosives. Les Afriques en exclusivitĂ© livre les secrets de ce qui est convenu d’appeler le «Black Cabinet», drivĂ© par des gourous en service commandĂ©.

Maintenant que les joutes prĂ©sidentielle et lĂ©gislative sont derrière nous, l’on s’aperçoit de plus en plus qu’il existait un Cabinet noir, ce clergĂ© de gourous tapis dans l’ombre et dissĂ©minĂ©s au sein des institutions de la Transition burkinabĂ© et qui faisaient la pluie et le beau temps. Qui sont-ils ? A quelles fins utilisaient-ils les stratagèmes les plus insoupçonnĂ©s ?

Après l’affaire des fuites de prĂ©tendus enregistrements attribuĂ©s Ă  Soro Guillaume et BassolĂ© Djibril, une autre affaire qui a gagnĂ© la toile et la sphère mĂ©diatique, rĂ©vĂ©lant des Ă©changes entre ZĂ©phirin DiabrĂ© et le chef des ex-putschistes Burkinabè, le GĂ©nĂ©ral DiendĂ©rĂ© en pleine pĂ©riode Ă©lectorale, des sources bien informĂ©es ont rĂ©vĂ©lĂ© aux Afriques, que ces manĹ“uvres sur fonds de rĂ©vĂ©lations sont pilotĂ©es par un Cabinet noir, bien installĂ© au sein des institutions de la Transition. Entre le palais dorĂ© de Kosyam et la bâtisse du tout nouveau gĂ©nĂ©ral de division, flamboyant Premier ministre, Yacouba Zida, qui nĂ©gocie Ă  fond des maroquins pour ses proches dans le futur gouvernement (nous y reviendrons), ces gourous du Back Cabinet Ă©margent et ont la mission d’accabler des personnalitĂ©s politiques du pays et sans nul doute Ă©galement certaines personnalitĂ©s de l’extĂ©rieur comme le rĂ©vèlent les derniers dĂ©veloppement des Ă©coutes tĂ©lĂ©phoniques qui envahissent la toile depuis un moment.

Un centre parallèle d’écoutes

Notre confrère La Lettre du Continent rĂ©vĂ©lait rĂ©cemment qu’un ex-sĂ©curocrate du rĂ©gime Kafando possĂ©derait un centre parallèle d’écoutes. Notre source nous indique que durant la pĂ©riode post-putsch, oĂą les dirigeants de la Transition ont repris l’effectivitĂ© du pouvoir, le Premier ministre Issac Zida, lequel n’a mĂ©nagĂ© aucun effort pour virer toutes les personnes qu’ils suspecteraient d’avoir eu le moindre rapprochement avec son ex-mentor le GĂ©nĂ©ral DiendĂ©rĂ© Gilbert Ă  l’instar de Omer Bationo, patron des renseignements gĂ©nĂ©raux. De cette opĂ©ration de purgatoire est nĂ©e la rĂ©organisation des services de renseignements qui opèrent dĂ©sormais avec des mĂ©thodes obscures. La montĂ©e en puissance de ce Cabinet noir, constituĂ© d’une dizaine de personnes issues des milieux de la sociĂ©tĂ© civile, du haut establishment politico-militaire, se confirme Ă  travers une pile d’archives passĂ©es au crible et des mĂ©thodes d’espionnage Ă  la «soviĂ©tique», mettant sur Ă©coute des personnalitĂ©s dans le pays et Ă  l’extĂ©rieur du pays. Ce Cabinet noir travaillait sur des contenus sur la base d’un timing et d’un monitoring requis. Deux pays stratĂ©giques, en termes de collecte et d’Ă©coute de renseignements, sont en ligne de mire, Ă  savoir la CĂ´te d’ivoire et le Togo. C’est dans ce contexte de suspicion gĂ©nĂ©ralisĂ©, oĂą tous les coups sont permis, que l’ex-chef de file de l’opposition ZĂ©phirin DiabrĂ© avait Ă©tĂ© citĂ© de collision passive avec les ex-putschistes. Ce qui explique la sortie fracassante du candidat malheureux, DiabrĂ© ZĂ©phirin, qui, quelques jours avant la prĂ©sidentielle Ă  Ouagadougou, rĂ©agissait sur les allĂ©gations faisant Ă©tat de son implication prĂ©sumĂ©e dans le putsch manquĂ© de septembre 2015 en dĂ©nonçant une tentative de dĂ©stabilisation ourdie par ses adversaires.

 Pour qui manœuvrait ce Cabinet noir ?

Les enjeux politiques sont Ă  la fois gigantesques et stratĂ©giques. D’ailleurs des sources, bien informĂ©es parvenues aux Afriques, confirment que pendant son arrestation, suite au putsch du gĂ©nĂ©ral Gibert DiendĂ©rĂ©, le premier Issac Zida a reçu le soutien de taille du prĂ©sident Guillaume Soro. Ce dernier, selon une source a demandĂ© au gĂ©nĂ©ral putschiste de le libĂ©rer. Ces tractations de Soro Guillaume pour sortir du trou le Premier ministre Zida restent un grand secret. Zida le sait bien. Une autre forfaiture, l’avion du prĂ©sident du Togo, Faure GnassingbĂ©, qui s’apprĂŞtait Ă  atterrir sur la piste de l’aĂ©roport de Ouagadougou, s’est vu opposĂ© par un niet catĂ©gorique par les autoritĂ©s de la Transition avant de poursuivre sur LomĂ©. Ce dernier devrait assister Ă  la cĂ©rĂ©monie de remise en scelle du prĂ©sident Kafando. Certains hauts dignitaires de la Primature soutenaient que cet avion convoyait Ă  son bord des mercenaires devant prĂŞter mains fortes aux officiers putschistes. Le chef de l’Etat sĂ©nĂ©galais, Macky Sall aussi en a pris pour son grade, en sa qualitĂ© de prĂ©sident en exercice de la Cedeao. Sa gestion du dossier avait Ă©tĂ© mal apprĂ©ciĂ©e par le Cabinet noir toujours au front. Jusqu’aux dernières nouvelles, Ouaga n’a pas toujours prĂ©sentĂ© d’excuses Ă  ces pays amis et voisins pour ces incidents diplomatiques incommodes et restĂ©s au travers des gorges des officines diplomatiques Ă  Dakar et Ă  LomĂ©, tout comme Abidjan qui n’a pas encore dit son dernier mot et attend la mise en place des autoritĂ©s lĂ©gitimes et lĂ©gales issues des dernières Ă©lections.

Mais quelle mouche a piqué Zida ?

La sortie fracassante du Premier ministre Zida sur les ondes d’une radio locale du Burkina, où il déclare avoir authentifié les voix de Soro et Bassolé, vient, qui plus est, contredire la version tenue il ya quelques jours par le ministre de la sécurité qui déclarait, lors d’une conférence de presse ce qui suit à ce sujet: «qu’il a entendu parler de cette bande sonore qui « circule sur les téléphones portables » , mais ne l’a pas écoutée. « Personnellement, je ne l’ai pas entendue », dit-il, ajoutant que « je ne sais pas si c’est authentique ou pas » .

Mais le ministre donnera ensuite une réponse capitale qui confirme ce qui se murmurait sous les manteaux : il y a bel et bien une écoute téléphonique entre Djibril Bassolé et le président de l’Assemblée nationale ivoirienne. « J’ai écouté la bande sonore originale, mais je ne sais pas si ce qui circule est la bonne » , affirmait Alain Jean-Claude Zagré.

Cette bande, qui est sous la main des autorités, est-elle authentique ? Le ministre a répondu que « ce n’est pas net » . Alors si le Premier ministre Zida, qui est en fin de mission, sort de son droit d’obligation de réserve pour tenir de tels propos qui contredisent son ministre à la sécurité le véritable patron officiel des services, c’est qu’il y a réellement une officine parallèle qui travaille loin du sérail et marchande, puis trafique les éléments sensés être classés secret d’Etat.

 

ENQUÊTE RÉALISÉE PAR ISMAEL AIDARA, RÉDACTEUR EN CHEF

Les Afriques

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