Centrafrique : les pillages se poursuivent Ă  Bangui

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Le "nouveau maître" de la Centrafrique, Michel Djotodia © Patrick Fort / AFP
Le “nouveau maĂ®tre” de la Centrafrique, Michel Djotodia © Patrick Fort / AFP

Des rebelles centrafricains en armes patrouillent mardi dans la capitale, après la prise de pouvoir par le chef de la rébellion Séléka, Michel Djotodia.

 

Des rebelles centrafricains en armes patrouillaient mardi Ă  Bangui pour faire cesser les pillages, au lendemain de l’annonce par lenouvel homme fort de la Centrafrique, Michel Djotodia, qu’il prenait le pouvoir pour trois ans. Dans la confusion, le bilan des violences restait difficile Ă  Ă©tablir deux jours après le coup de force ayant permis Ă  la rĂ©bellion SĂ©lĂ©ka de renverser dimanche le prĂ©sidentFrançois BozizĂ©, au pouvoir depuis dix ans. “Nous ne pouvons pas donner de chiffres pour le moment, mais il y a un nombre important de blessĂ©s et de morts”, a dĂ©clarĂ© Georgios Georgantas, haut reprĂ©sentant du ComitĂ© international de la Croix-Rouge en Centrafrique. Des patrouilles mixtes composĂ©es de la Force multinationale d’Afrique centrale (Fomac) et du SĂ©lĂ©ka Ă©taient chargĂ©es de “sĂ©curiser” la capitale, oĂą un couvre-feu avait Ă©tĂ© instaurĂ©. “La ville est tellement grande, il y a des pillages partout, c’est très dur de tout contrĂ´ler”, a confiĂ© un soldat de la Fomac.

Mardi matin, des rebelles tiraient parfois en l’air, pour disperser les attroupements, a constatĂ© un journaliste de l’Agence France-Presse. Et quand ils attrapaient un pillard, ils le traitaient sans mĂ©nagement, sous les applaudissements d’habitants. Si la plupart des marchĂ©s de la capitale Ă©taient ouverts, leur activitĂ© restait assez faible et les prix très Ă©levĂ©s, mais on y trouvait viande, pain, fruits et lĂ©gumes. En revanche, dans le centre de la ville, tous les magasins restaient fermĂ©s, protĂ©gĂ©s par des hommes du SĂ©lĂ©ka et des gardes privĂ©s. “J’ai faim”, lançaient, en sango (langue nationale) des habitants au passage des patrouilles. “Nous n’avons rien Ă  manger depuis hier (lundi). Je donne de l’eau avec du sel Ă  mes enfants”, expliquait une habitante du quartier Benz VI, employĂ©e de la sociĂ©té Orange dont des locaux avaient Ă©tĂ© pillĂ©s dimanche.

Transition de trois ans

Ancien fonctionnaire ayant basculĂ© dans la rĂ©bellion en 2005, Djotodia a annoncĂ© lundi Ă  la presse qu’il allait diriger le pays pendant ce qu’il a appelĂ© “une pĂ©riode de transition consensuelle de trois ans”. “J’estime nĂ©cessaire de suspendre la Constitution du 27 novembre 2004, de dissoudre l’AssemblĂ©e nationale ainsi que le gouvernement. Pendant cette pĂ©riode de transition qui nous conduira Ă  des Ă©lections libres, crĂ©dibles et transparentes, je vais lĂ©gifĂ©rer par ordonnances”, a-t-il dit. “En respectant l’esprit des accords de Libreville, je vais reconduire le Premier ministre (Nicolas Tiangaye, issu de l’opposition), chef du gouvernement d’union nationale dans ses fonctions”, a encore assurĂ© Djotodia.

Après une première offensive de la rĂ©bellion en dĂ©cembre, un accord de paix avait Ă©tĂ© signĂ© le 11 janvier Ă  Libreville, mettant en place un gouvernement dit “d’unitĂ© nationale”, composĂ© de membres du clan du prĂ©sident BozizĂ©, de la rĂ©bellion et de l’opposition. Mais les rebelles, reprochant au rĂ©gime de ne pas avoir respectĂ© cet accord, avaient repris les armes en fin de semaine dernière et chassĂ© le prĂ©sident, rĂ©fugiĂ© au Cameroun.

Ă€ la question “est-ce un coup d’État ?” un responsable du SĂ©lĂ©ka et ministre de la Communication du gouvernement d’union, Christophe Gazam Betty, a rĂ©pondu mardi : “Il faut bien appeler ça par un nom ou par un autre. Les faits sont lĂ .” Puis, dans ce pays parmi les plus pauvres du monde malgrĂ© ses richesses potentielles, minières et agricoles, il a lancĂ© : “Est-ce qu’il fallait maintenir un système qui ne correspondait Ă  rien au niveau des libertĂ©s et des modalitĂ©s de fonctionnement et qui coulait le pays ?” “Laissez-nous sĂ©curiser la ville, on verra ensuite.”

Bozizé à Yaoundé, des proches à Kinshasa

Lundi, l’Union africaine avait suspendu la participation de la Centrafrique Ă  l’organisation. Elle avait Ă©galement imposĂ© des sanctions contre sept responsables du SĂ©lĂ©ka dont Djotodia. Les États-Unis et l’Union europĂ©enne avaient condamnĂ© le changement de gouvernement “par la force”. BozizĂ© Ă©tait lui-mĂŞme arrivĂ© au pouvoir par les armes en 2003, Ă  la tĂŞte d’une rĂ©bellion qui avait chassĂ© le prĂ©sident Ange-FĂ©lix PatassĂ©. RĂ©fugiĂ© au Cameroun, c’est dans un hĂ´tel de luxe qu’il a passĂ© la nuit. “BozizĂ© est arrivĂ© hier (lundi) soir Ă  YaoundĂ©. Il a Ă©tĂ© logĂ© Ă  l’hĂ´tel Hilton. Des nĂ©gociations sont en cours pour qu’il parte le plus rapidement possible vers un autre pays”, a affirmĂ© une autoritĂ© administrative. Une partie de sa famille est arrivĂ©e mardi Ă  Kinshasa.

Lundi, deux Indiens avaient Ă©tĂ© tuĂ©s par erreur par des soldats français chargĂ©s de protĂ©ger l’aĂ©roport de Bangui. Le Premier ministre indien Manmohan Singh a fait part mardi de sa “profonde tristesse” alors que le prĂ©sident français François Hollande l’a assurĂ© qu’une enquĂŞte serait menĂ©e sur ce que Paris a qualifiĂ© de “drame”.

 

lepoint.fr

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