Dans l’Est de la Libye, Benghazi se rebelle contre les milices: quatre morts

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Un Libyen brandit son arme en signe de victoire devant la caserne en feu du groupe salafiste d’Ansar al-Charia, Ă  Benghazi, le 21 septembre 2012
© AFP

BENGHAZI (Libye)  – Des centaines d’habitants de Benghazi se sont rebellĂ©s vendredi contre les milices armĂ©es faisant la loi dans la deuxième ville de Libye, chassant plusieurs groupes extrĂ©mistes de leurs bases au terme de combats qui ont fait au moins quatre morts.

Des centaines de manifestants ont rĂ©ussi Ă  dĂ©loger le principal groupe paramilitaire, la milice salafiste d’Ansar al-Charia, de son quartier gĂ©nĂ©ral dans le centre de Benghazi, a constatĂ© un journaliste de l’AFP.

Aux cris de “le sang des martyrs n’a pas Ă©tĂ© versĂ© en vain”, les manifestants sont entrĂ©s dans la caserne qui a Ă©tĂ© saccagĂ©e, pillĂ©e et incendiĂ©e.

Ils se sont ensuite dirigĂ©s vers le quartier gĂ©nĂ©ral de la brigade de Raf Allah al-Sahati, un groupe islamiste qui s’est placĂ© sous l’autoritĂ© du ministère de la DĂ©fense, oĂą des combats Ă  l’arme lĂ©gère et aux roquettes ont opposĂ© les deux camps durant deux heures, avant que la brigade ne dĂ©cide de quitter les lieux.

C’est lors de ces combats qu’au moins quatre personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es et quarante blessĂ©es, selon un dĂ©compte de l’AFP basĂ© sur les bilans de trois hĂ´pitaux de la ville.

Les assaillants ont pillĂ© cette installation militaire situĂ©e dans une ferme dans la rĂ©gion de Hawari, Ă  15 km du centre de Benghazi, emportant armes, munitions et matĂ©riel informatique, a constatĂ© une correspondante de l’AFP.

Les autoritĂ©s libyennes ont alors mis en garde contre le “chaos” et ont appelĂ© les manifestants Ă  faire la diffĂ©rence entre les brigades “illĂ©gitime” et celles qui sont sous l’autoritĂ© de l’Etat.

Le prĂ©sident de l’AssemblĂ©e nationale, Mohamed al-Megaryef, s’est fĂ©licitĂ© de la rĂ©action de la population contre les “brigades en dehors de la lĂ©gitimitĂ©”, tout en appelant les manifestants Ă  se retirer immĂ©diatement des locaux occupĂ©s par des brigades du ministère de la DĂ©fense, citant Raf Allah al-Sahati, la brigade du 17 fĂ©vrier et Le bouclier de la Libye.

Manifestations “infiltrĂ©es”

Le ministre de l’IntĂ©rieur, Fawzi Abdelali, a mis en cause de son cĂ´tĂ© des personnes “infiltrĂ©es parmi les manifestants”. Certains de ces “infiltrĂ©s” font partie des services de sĂ©curitĂ©, selon lui, et veulent le “chaos et la sĂ©dition”.

Dans la journĂ©e, des dizaines de milliers de Libyens avaient manifestĂ© pacifiquement Ă  Benghazi contre les milices armĂ©es, dix jours après l’attaque du consulat amĂ©ricain du 11 septembre 2012 qui avait coĂ»tĂ© la vie Ă  l’ambassadeur des Etats-Unis Chris Stevens et trois autres AmĂ©ricains.

Avant de se diriger vers la caserne d’Ansar al-Charia (les partisans de la loi islamique) les manifestants avaient dĂ©jĂ  dĂ©logĂ© une autre milice qui avait Ă©lu domicile dans un bâtiment de la sĂ©curitĂ© libyenne dans le centre de la ville.

Selon des tĂ©moins, Ansar al-Charia a Ă©galement quittĂ© l’hĂ´pital al-Jala qu’elle contrĂ´lait, sous la pression des manifestants. La police militaire a pu prendre possession par la suite du bâtiment.

Au moins quatre autres installations publiques ont Ă©tĂ© dĂ©sertĂ©es par des milices Ă  l’arrivĂ©e des manifestants.

L’attaque contre le consulat amĂ©ricain, dĂ©clenchĂ©e lors d’une manifestation contre le film anti-islam produit aux Etats-Unis, a illustrĂ© l’incapacitĂ© des autoritĂ©s Ă  assurer la sĂ©curitĂ© dans le pays ainsi que la montĂ©e en puissance de groupes islamistes radicaux en Libye.

“Depuis la mort de l’ambassadeur Chris Stevens, les habitants de Benghazi ont manifestĂ© quotidiennement contre le groupe extrĂ©miste Ansar al-Charia, qui est impliquĂ© dans sa mort”, souligne Jason Pack, spĂ©cialiste de la Libye.

“Cette mobilisation va peut ĂŞtre inciter l’AssemblĂ©e nationale Ă  mettre en place les actions dĂ©cisives contre les milices dont le pouvoir transitoire s’Ă©tait abstenu”, par manque de force militaire et peur des reprĂ©sailles.

Le nouveau pouvoir a Ă©chouĂ© Ă  dĂ©sarmer et dissoudre les groupes d’ex-rebelles ayant combattu le rĂ©gime de Mouammar Kadhafi au cours de la rĂ©volution de 2011, bien que plusieurs d’entre eux aient intĂ©grĂ© les ministères de la DĂ©fense et de l’IntĂ©rieur.

Benghazi, la deuxième ville de Libye, d’oĂą Ă©tait partie en 2011 la contestation qui a renversĂ© le rĂ©gime de Kadhafi, a Ă©tĂ© le théâtre ces derniers mois de plusieurs attaques contre des intĂ©rĂŞts occidentaux et d’assassinats de responsables de la sĂ©curitĂ©.

 

AFP / 09:37 – 22/09/12

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