Egypte: heurts au Caire entre partisans et opposants au président Morsi

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Heurts entre partisans du président Morsi et opposants laïques sur la place Tahrir, au Caire, le 12 octobre 2012
© AFP

LE CAIRE (AFP) – (AFP) – Des heurts ont opposĂ© vendredi partisans et adversaires du prĂ©sident Ă©gyptien Mohamed Morsi qui manifestaient sĂ©parĂ©ment sur la place Tahrir au Caire, sur fond de bras de fer entre l’exĂ©cutif et la justice.

Les manifestants des deux camps se sont jetĂ© des pierres, faisant au moins 12 blessĂ©s, selon le ministère de la SantĂ©, dans les premières violences de cette ampleur depuis l’Ă©lection de M. Morsi en juin.

A l’appel des Frères musulmans dont est issu le prĂ©sident Morsi, des centaines de personnes ont manifestĂ© contre l’acquittement mercredi de figures de l’ancien rĂ©gime, accusĂ©es d’avoir envoyĂ© des hommes de main Ă  dos de chameau pour attaquer les manifestants place Tahrir pendant la rĂ©volte qui a provoquĂ© la chute de Hosni Moubarak, dĂ©but 2011.

Une autre manifestation avait Ă©tĂ© convoquĂ©e par des militants laĂŻques pour rĂ©clamer la formation d’une nouvelle commission constituante plus reprĂ©sentative, alors que la Haute cour administrative doit se prononcer mardi sur la lĂ©galitĂ© de la commission actuelle dominĂ©e par les islamistes.

Les heurts ont commencĂ© quand des partisans des Frères musulmans ont dĂ©truit le podium d’un groupe qui scandait des slogans anti-Morsi, selon un journaliste de l’AFP.

Les violences ont eu lieu Ă  plusieurs endroits de l’emblĂ©matique place Tahrir, Ă©picentre de la rĂ©volte de 2011.

“A bas le règne du Guide suprĂŞme”, scandaient des manifestants anti-Morsi, faisant rĂ©fĂ©rence au numĂ©ro 1 de la confrĂ©rie islamiste Mohammed Badie.

Les Frères musulmans ont dĂ©menti sur Twitter toute implication de ses membres dans les heurts: “Nous ne sommes pas impliquĂ©s dans les heurts Ă  Tahrir, et aucun de nos membres n’est sur place”, Ă©crit la confrĂ©rie.

Les violences de vendredi sont les plus graves, depuis l’Ă©lection de M. Morsi, entre partisans et adversaires du prĂ©sident, parmi lesquels des pro-Moubarak et des formations ayant menĂ© la rĂ©volte contre l’ancien rĂ©gime.

Entre-temps, le prĂ©sident Morsi a promis que les anciens responsables de l’ère Moubarak acquittĂ©s mercredi seraient de nouveau jugĂ©s.

“Nous ne pouvons ignorer ceux qui ont commis des crimes contre la nation”, a-t-il dit dans une mosquĂ©e d’Alexandrie (nord), selon l’agence officielle Mena. “Ils auront affaire Ă  la justice et au système judiciaire”, a-t-il ajoutĂ©.

La colère des juges

Le prĂ©sident fait face cependant Ă  la colère des juges après qu’il eut dĂ©mis de ses fonctions jeudi le procureur gĂ©nĂ©ral Abdel Meguid Mahmoud, le nommant ambassadeur d’Egypte au Vatican.

M. Mahmoud Ă©tait accusĂ© par plusieurs militants de la rĂ©volte de 2011 de continuer de soutenir le rĂ©gime Moubarak et d’avoir Ă©tĂ© Ă  l’origine de l’insuffisance des preuves prĂ©sentĂ©es par le parquet dans les procès de responsables accusĂ©s d’implication dans la mort de manifestants.

Mais le procureur gĂ©nĂ©ral a dĂ©clarĂ© jeudi qu’il restait Ă  son poste, affirmant que “selon la loi, un membre du corps judiciaire ne peut pas ĂŞtre dĂ©mis par le pouvoir exĂ©cutif”.

Cette dĂ©cision est un nouvel Ă©pisode dans l’Ă©preuve de force entre les juges nommĂ©s sous Moubarak, et M. Morsi, qui a tentĂ© en vain de rĂ©tablir le Parlement dominĂ© par les islamistes mais dissous Ă  la suite d’une dĂ©cision de justice.

D’influents juges ont apportĂ© leur soutien au procureur gĂ©nĂ©ral, ont rapportĂ© vendredi les mĂ©dias officiels.

L’institution judiciaire s’est rangĂ©e aux cĂ´tĂ©s de M. Mahmoud au nom de “la souverainetĂ© de la Loi et du principe de sĂ©paration des pouvoirs”, a expliquĂ© Ahmed al-Zind, Ă  la tĂŞte du Club des juges, selon le quotidien Al-Ahram.

Le Club des juges s’Ă©tait vivement opposĂ© Ă  l’Ă©lection en juin de M. Morsi, qui avait appelĂ© Ă  rejuger M. Moubarak et les responsables de son rĂ©gime pour la mort de près de 850 personnes lors du soulèvement de janvier-fĂ©vrier 2011.

M. Moubarak et son ministre de l’IntĂ©rieur Habib al-Adly ont Ă©tĂ© condamnĂ©s Ă  la prison Ă  vie en juin, mais six hauts responsables de la sĂ©curitĂ© ainsi que de nombreux policiers ont Ă©tĂ© acquittĂ©s.

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