Egypte: la nouvelle Constitution ne va pas remédier à la crise économique

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Des bulletins de vote lors du référendum en Egypte le 22 décembre 2012
© AFP

L’adoption d’une nouvelle Constitution en Egypte, au terme d’un référendum très controversé, a peu de chances de conduire à un redressement de l’économie du pays en proie à de graves difficultés depuis la chute de Hosni Moubarak il y a près de deux ans.

Déficit budgétaire en hausse, réserves en devises en berne, investisseurs étrangers attentistes et touristes frileux s’ajoutent aux difficultés politiques du président islamiste Mohamed Morsi.

« Je suis plus préoccupé par l’avenir de ce pays qu’il y a quelques semaines seulement », affirme Angus Blair, un économiste qui dirige le Signet Institute au Caire.

« Voter +oui+ au référendum ne va pas faire cesser le malaise économique », ajoute-t-il.

Les résultats encore officieux donnent le « oui » gagnant avec 64% des votants, mais l’opposition dénonce des fraudes à l’instigation du camp présidentiel et compte maintenir la pression alors que des législatives se profilent en février.

L’ajournement d’une demande de prêt de 4,8 milliards de dollars auprès du FMI, due à la situation politique, risque de prolonger la crise de confiance entre les investisseurs étrangers et l’Egypte, et de peser sur le redressement de ses comptes publics.

« Les investisseurs sont intéressés par l’Egypte », a estimé récemment devant la presse l’ambassadeur de l’Union européenne au Caire James Moran.

Mais « il est important de créer de la confiance. La situation actuelle est fragile, et le plus tôt le prêt du FMI interviendra, le mieux ce sera », a-t-il ajouté.

Or M. Morsi a, juste avant la première phase du référendum le 15 décembre, gelé en catastrophe une série de hausses de taxes sur des produits de base et de grande consommation (ciment, acier, cigarettes, sodas notamment), indispensables pour redresser les finances du pays, mais qui auraient lourdement pesé sur le climat politique et social.

La remise sine die du prêt FMI et des mesures de rigueur censées l’accompagner traduisent l’extrême difficulté d’engager des réformes économiques dans un climat politique des plus tendus.

L’annonce samedi de la démission du gouverneur de la banque centrale, Farouk al-Oqda, suivie d’un démenti quelques instants plus tard, a contribué à accroître le sentiment de confusion sur les options économiques du gouvernement.

« Je pense que M. al-Oqda a démissionné, mais le président et le gouvernement n’étaient pas prêts à cela. Il en a probablement assez d’être sous pression et souhaite passer les rênes à quelqu’un d’autre », affirme Angus Blair.

Les revenus du tourisme, qui ont chuté de 30% à 8,8 milliards de dollars en 2011, peinent à remonter la pente, ce secteur restant pénalisé par l’image d’instabilité de l’Egypte.

Les réserves de devises ont quant à elle plongé à 15 milliards de dollars contre plus du double il y a deux ans, en raison d’un ruineux soutien à la monnaie nationale, la livre égyptienne, sur le marché des changes, et du poids d’importations vitales (blé, carburants raffinés notamment).

Avec 83 millions d’habitants, l’Egypte est le pays le plus peuplé du monde arabe, mais aussi l’un des plus pauvres, avec 40% de sa population vivant avec deux dollars ou moins par jour.

Ses difficultés actuelles s’ajoutent à celles héritées de l’ère Moubarak: inégalités extrêmes, corruption endémique, lourd système de subventions à des produits de base, déliquescence de services publics comme l’éducation ou la santé.

La croissance attendue cette année risque de se limiter à un maigre 2%, avant un 3% espéré en 2013, soit deux fois moins que dans les années qui ont précédé la chute de M. Moubarak, selon des estimations du FMI.

M. Morsi et les Frères musulmans qui le soutiennent ont fait de l’adoption du projet de Constitution la pierre angulaire d’un retour à la « stabilité », indispensable au redémarrage économique.

Mais l’opposant Mohammed ElBaradei, prix Nobel de la Paix et ancien chef de l’agence nucléaire de l’ONU, a estimé que ce projet controversé ne pouvait qu’aggraver les tensions économiques et sociales qui existent déjà. « Le pays est au bord de la faillite », a-t-il prévenu.

SOURCE:  du   24 déc 2012.