Egypte: nouvelles manifestations contre la Constitution

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Des policiers anti-émeutes bloquent une rue le 16 décembre 2012 au Caire
© AFP

L’opposition Ă©gyptienne organise mardi de nouvelles manifestations contre le projet de Constitution, dans l’espoir de relancer la mobilisation avant la seconde phase, samedi, d’un rĂ©fĂ©rendum sur ce texte qui apparaĂ®t en voie d’ĂŞtre adoptĂ© mais qui divise profondĂ©ment le pays.

Ces rassemblements se doublent d’une aggravation de la crise entre les magistrats et le pouvoir du prĂ©sident islamiste Mohamed Morsi: un nouveau groupe de juges a annoncĂ© qu’il se joignait au boycott de la supervision du scrutin, et le procureur gĂ©nĂ©ral a dĂ©missionnĂ© peu après sa nomination par le chef de l’Etat.

Le Front du salut national (FSN), qui rĂ©unit les principaux mouvements de l’opposition de gauche et libĂ©rale, appelle Ă  manifester dans l’après-midi au Caire sur la place Tahrir et devant le palais prĂ©sidentiel, Ă  HĂ©liopolis, en banlieue, “pour dĂ©fendre les libertĂ©s, empĂŞcher la fraude et rejeter le projet de Constitution”

La première partie du vote, qui a concernĂ© la moitiĂ© environ des 51 millions d’Ă©lecteurs inscrits, a donnĂ© près de 57% de “oui” au projet soutenu par M. Morsi et les Frères musulmans dont il est issu, selon des rĂ©sultats officieux.

Le seconde partie doit avoir lieu samedi pour 17 gouvernorats. Les rĂ©sultats officiels des deux tours ne seront publiĂ©s qu’Ă  l’issue de cette deuxième phase.

Les chiffres officieux laissent prĂ©sager que le texte sera adoptĂ©, malgrĂ© son rejet farouche par une opposition qui lui reproche de favoriser une islamisation accrue du pays et d’offrir peu de garanties pour les libertĂ©s.

L’opposition et des ONG accusent Ă©galement le vote d’ĂŞtre entachĂ© de nombreuses irrĂ©gularitĂ©s au profit du “oui”.

Avec une courte avance du “oui”, ce rĂ©fĂ©rendum est Ă  ce stade loin de constituer le plĂ©biscite envers le prĂ©sident Morsi espĂ©rĂ© par le camp islamiste.

Le camp prĂ©sidentiel fait valoir que ce projet de Constitution doit enfin apporter une stabilitĂ© institutionnelle Ă  l’Egypte, et clore la transition mouvementĂ©e qui a suivi la chute du rĂ©gime de Hosni Moubarak dĂ©but 2011.

“Les divisions affectent l’Ă©conomie”

L’influente armĂ©e Ă©gyptienne a une nouvelle fois mis en garde contre les risques d’une crise prolongĂ©e.

“Les divisions affectent l’Ă©conomie et menacent la paix sociale, ce qui demande de serrer les rangs, renoncer aux diffĂ©rends et faire prĂ©valoir l’intĂ©rĂŞt gĂ©nĂ©ral”, a dĂ©clarĂ© le ministre de la DĂ©fense et commandant des forces armĂ©es, le gĂ©nĂ©ral Abdel Fattah al-Sissi, citĂ© par la presse.

Le Fonds monĂ©taire international (FMI) a annoncĂ© la semaine dernière le gel d’une demande du Caire pour un prĂŞt de 4,8 milliards de dollars, et lundi l’Allemagne a indiquĂ© qu’elle suspendait un effacement partiel de la dette Ă©gyptienne en raison de ses inquiĂ©tudes sur l’Ă©volution du pays.

Le boycott de la supervision du rĂ©fĂ©rendum par les magistrats s’est par ailleurs Ă©tendu, sans toutefois que son impact sur l’organisation du vote soit encore clair.

Le Club des juges du Conseil d’Etat s’est en effet joint lundi aux nombreux magistrats qui refusent dĂ©jĂ  de participer Ă  la surveillance des urnes pour dĂ©noncer une ingĂ©rence du pouvoir exĂ©cutif dans les affaires de la justice. La prĂ©sence de juges est obligatoire dans les bureaux de vote.

Les tensions entre le pouvoir et la justice se sont aussi traduites par l’annonce lundi soir de la dĂ©mission du nouveau procureur gĂ©nĂ©ral Talaat Ibrahim Abdallah, dont la nomination il y a moins d’un mois par le prĂ©sident Morsi Ă©tait très contestĂ©e.

“C’est une nouvelle crise pour M. Morsi, qui dĂ©montre que ses dĂ©cisions ne sont pas acceptĂ©es par des secteurs importants dans l’appareil de l’Etat, et que leur maladresse porte atteinte Ă  l’image du prĂ©sident dans l’opinion”, estime Moustafa Kamel el-Sayyed, professeur de sciences politiques Ă  l’universitĂ© du Caire.

M. Abdallah remplaçait le procureur Adbel MĂ©guid Mahmoud, accusĂ© par le pouvoir de complaisance envers des personnalitĂ©s de l’ancien rĂ©gime. Son Ă©viction sur ordre de M. Morsi avait Ă©tĂ© dĂ©noncĂ©e par de nombreux magistrats comme une atteinte Ă  l’indĂ©pendance de la justice.

Des centaines de membres du Parquet général avaient organisé un sit-in lundi devant le bureau du procureur Abdallah pour exiger son départ.

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