Election présidentielle sénégalaise du 26 février : Présentation des 14 candidats retenus par le Conseil constitutionnel

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Finalement, le chanteur et opérateur économique Youssou Ndour ne sera pas du départ pour la course au fauteuil présidentiel car le Conseil constitutionnel a décidé de rejeter sa candidature pour insuffisance de signatures accompagnant le dossier. Le même motif a été évoqué pour le magnat de la finance et du développement Kéba Keinde ainsi que Dr Abdourakhmane Sarr, à savoir qu’ils n’ont pas aussi rassemblé les 10 mille signatures d’électeurs comme exigé par la loi. Quatorze candidats restent retenus.

Les quatorze candidats en lice pour le premier tour de l’élection présidentielle prévu le 26 février sont: Abdoulaye Wade, 85 ans, avocat, président sortant. Surnommé “Gorgui” (le vieux”, en wolof). Né le 29 mai 1926 à Saint-Louis (nord-ouest) selon sa biographie officielle, il a étudié au Sénégal et en France, où il a accumulé plusieurs diplômes, en droit et économie notamment, lui valant d’être qualifié par certains partisans d'”Africain le plus diplômé d’Alger au Cap”. Il a été député et ministre. Il a été élu pour la première fois en 2000 pour sept ans contre Abdou Diouf après 26 ans d’opposition, une alternance politique pacifique qualifiée d’exemplaire en Afrique. Réélu en 2007 pour cinq ans après modification de la Constitution, il brigue un nouveau mandat ramené à sept ans suite à une nouvelle modification constitutionnelle. Il est candidat du Parti démocratique sénégalais (PDS, au pouvoir) et de la coalition des Forces alliées 2012 (FAL 2012) et c’est la septième fois qu’il est en lice pour une présidentielle depuis 1978.
Ousmane Tanor Dieng, 65 ans, diplomate. Familièrement appelé par son 2e prénom. Né le 2 janvier 1947 à Nguéniène (ouest), diplômé en droit, il est le Premier secrétaire du Parti socialiste (PS, opposition), formation qui a dirigé le Sénégal de 1960 à 2000. C’est un proche de l’ex-président Abdou Diouf, dont il a été l’homme de confiance, ministre et directeur de campagne lors la présidentielle de 2000, perdue par le PS. Ses détracteurs l’accusent d’être à l’origine du départ du PS de hiérarques socialistes dont Moustapha Niasse, qui a fondé son propre parti et avec lequel il n’a pu s’allier pour la présidentielle de février. Il est candidat de la coalition “Benno ak Tanor” (L’unité avec Tanor) et brigue le fauteuil présidentiel pour la deuxième fois, après sa défaite face à M. Wade en 2007.
Idrissa Seck, 52 ans, auditeur consultant, homme d’affaires, maire de Thiès (ouest). Surnommé “Idy”. Né le 9 août 1959 à Thiès, il a étudié au Sénégal, en France et aux Etats-Unis. Ex-Premier ministre du président Abdoulaye Wade, il a été emprisonné pendant sept mois (entre 2005 et 2005) pour malversations présumées dans le cadre de chantiers publics. Libéré en février 2006, il a bénéficié en mai 2009 d’un non-lieu. Ex-fidèle et dauphin pressenti de M. Wade, il est ensuite passé dans l’opposition, a tenté un retour au parti au pouvoir, qui l’a finalement exclu fin avril 2011 pour “démarche fractionniste”, le poussant à s’ancrer dans l’opposition. Battu en en 2007 par M. Wade, il se présente pour la deuxième fois et est candidat de la coalition “Idy4president”.
Cheikh Tidiane Gadio: celui de qui Wade disait qu’il est « le meilleur ministre des Affaires étrangères d’Afrique» a cheminé dix ans avec l’actuel président de la République avant de prendre ses distances. Ce Docteur en communication, ancien directeur du Cesti où nombre de journalistes africains ont été formés, a-t-il suffisamment eu du temps pour affiner ses stratégies car on le dit intelligent et très méthodique.
Moustapha Niasse : né le 4 novembre 1939 à Keur Madiabel, village de la région de Kaolack (centre), il est issu d’un milieu modeste et a eu un parcours politique exceptionnel. Il a été directeur de cabinet du président Léopold Sédar Senghor, deux fois Premier ministre des présidents Abdou Diouf et Abdoulaye Wade et plusieurs fois ministres des Affaires étrangères, sous le régime du Parti socialiste (PS) mais aussi médiateur pour des crises en Afrique. Il a été un hiérarque du PS, dont il a démissionné en 1999 pour créer son parti, l’Alliance des forces de progrès (AFP). Il fut un allié de M. Wade, avant de rompre avec lui. Battu en 2000 et 2007, il se présente pour la troisième fois à la présidentielle et est candidat de la coalition “Benno Siggil Senegaal” (S’unir pour un Sénégal debout)
Macky Sall, 50 ans, ingénieur, maire de Fatick (centre-ouest). Né le 11 décembre 1961 à Fatick, il a été formé au Sénégal et en France. Ex-homme de confiance du président Wade, il a été son ministre des Mines (2001-2003), puis de l’Intérieur (2003-2004), son Premier ministre (2004-2007) avant d’être élu président de l’Assemblée nationale. Tombé en disgrâce, il a été évincé de la tête de l’Assemblée nationale en novembre 2008. La même année il crée sa formation, l’Alliance pour la République (APR). Il se présente pour la première fois à une présidentielle et est candidat de la coalition «Macky 2012».
Cheikh Bamba Dièye, actuellement Maire de Saint-Louis du Sénégal et député à l’Assemblée nationale, il se présente au nom de son parti, le FSD/BJ. Il s’est rendu célèbre en se faisant enchaîner sur les grilles de l’Assemblée nationale du Sénégal pour protester contre le projet de ticket présidentiel de Wade, conçu à l’époque comme un projet de dévolution monarchique au profit de son fils, Karim Wade.
Professeur Ibrahima Fall, un des meilleurs spécialistes de relations internationales du continent, a fini sa carrière professionnelle comme sous-secrétaire des Nations-Unies. Auparavant, il a été ministre des Affaires étrangères d’Abdou Diouf. Il est l’un des grands outsiders de cette élection pour laquelle il enregistre une sympathie certaine de ses nombreux anciens étudiants qui apprécient son expertise. Il se présente sous la bannière du parti Jëf Jël de Talla Sylla qui est son directeur de campagne. Professeur Ibrahima Fall, en plus d’être un bon juriste de renommée internationale, manie la langue wolof mieux que tout le monde dans le landerneau politique. Ce qui lui donne un avantage certain, surtout en milieu rural où il parvient à faire passer ses idées et projets comme une lame dans du beurre.
Diouma Diakhaté : elle a fait le grand saut du stylisme à la politique. Celle qui a l’habitude d’habiller de grandes personnalités du continent est la grande surprise de la liste des candidatures. Pourra-t-elle transférer sa célébrité et sa notoriété dans le domaine politique ?
Amsa Sow Sidibé: Professeur de droit à l’Université Cheikh Anta Diop, cette militante des droits de l’homme en général et de ceux des femmes en particulier, est un pur produit de la Société civile sénégalaise et africaine. Balaise par son cursus et ses idées, il lui faut tout simplement trouver le bon style pour faire passer son message car elle n’est plus à présenter au peuple sénégalais.
Djibril Ngom : cet économiste qui a été ministre des gouvernements socialistes sous Abdou Diouf à plusieurs reprises, avant d’atterrir au poste combien juteux de directeur général des Industries chimiques du Sénégal (ICS) est un pur produit de la banlieue. Comprenez alors qu’il a une assis populaire qui peut faire de bons résultats s’il parvient à réussir à mobiliser la jeunesse comme c’est attendu dans son entourage.
Me Doudou Ndoye : Avocat et ancien ministre de la Justice, il avait fondu sa formation politique au sein du parti du président Wade, avant de se retrouver à la tête d’une coalition qui a présenté sa candidature. En effet, malgré son appartenance à l’exécutif du PDS, il a osé dire à Wade que sa candidature est anticonstitutionnelle avant de démissionner de ses responsabilités partisanes pour rester un simple militant. Est-ce une stratégie pour démembrer le parti présidentiel ? On le dit rusé et certainement que cela paiera pour la prochaine élection du 26 février 2012.
Mor Dieng, Oumar Khassimou Dia, ces produits des classes populaires ont fait leurs humanités politiques au niveau de la gauche. Redoutables débatteurs et présentés comme des candidats de rupture, ils auront l’occasion de prouver tout le bien qui se dit d’eux, à l’occasion de cette élection présidentielle.
Birama FALL

 

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