Etats-Unis: l’abrogation d’Obamacare par les rĂ©publicains en mauvaise posture

0
Etats-Unis: l'abrogation d'Obamacare par les républicains en mauvaise posture
Des manifestants protestent contre le nouveau projet de réforme du sytème de santé américain, à Washington, le 4 mai 2017 / © AFP/Archives / NICHOLAS KAMM
Avant mĂŞme l’ouverture des dĂ©bats, une fronde au sein de la majoritĂ© du SĂ©nat amĂ©ricain menaçait lundi soir de faire Ă©chouer la rĂ©forme du système de santĂ© promise depuis sept ans par les rĂ©publicains et appuyĂ©e par le prĂ©sident Donald Trump.

Des sĂ©nateurs ultra-conservateurs et certains de leurs collègues modĂ©rĂ©s, pour des raisons diffĂ©rentes, ont annoncĂ© qu’ils s’opposaient au texte rĂ©digĂ© par les chefs rĂ©publicains, dont un rapport publiĂ© lundi estime qu’il mettra 49 millions de personnes hors du système de couverture maladie en 2026, soit 18% des moins de 65 ans, contre environ 10% aujourd’hui.

Si la majoritĂ© persistait Ă  soumettre le texte aux voix des sĂ©nateurs cette semaine, elle risquerait de recevoir un camouflet retentissant, a fortiori s’agissant d’une des promesses Ă©lectorales phares de Donald Trump, dont le bilan lĂ©gislatif est jusqu’Ă  prĂ©sent très mince.

Le texte abrogerait des Ă©lĂ©ments centraux de la loi dĂ©mocrate de 2010, pierre angulaire de la prĂ©sidence Obama, notamment l’obligation universelle de s’assurer et une sĂ©rie de rĂ©glementations visant Ă  assurer un niveau minimum de couverture partout dans le pays.

Il réduirait fortement les crédits fédéraux à la santé, en particulier pour la grande couverture médicale pour les plus pauvres et les handicapés, Medicaid, qui assure un Américain sur cinq.

ConsĂ©quence, selon le Bureau du budget du Congrès (CBO), les Etats-Unis compteraient 22 millions d’assurĂ©s de moins Ă  l’horizon 2026, par rapport au statu quo Obamacare, dont les progrès seraient en grande partie effacĂ©s.

Ce retour en arrière est jugĂ© inacceptable par les modĂ©rĂ©s. L’une de leurs porte-voix, Susan Collins, a annoncĂ© lundi qu’elle voterait contre la proposition de loi. Elle votera aussi contre l’ouverture des dĂ©bats, lors d’un scrutin de procĂ©dure qui devrait avoir lieu mardi ou mercredi.

Son Etat du Maine a largement bĂ©nĂ©ficiĂ© de l’extension de Medicaid sous Barack Obama, et elle a justifiĂ© son opposition afin de protĂ©ger “les AmĂ©ricains les plus vulnĂ©rables”, notamment dans les zones rurales oĂą l’accès aux soins est plus difficile.

– Quadrature du cercle –

De l’autre cĂ´tĂ©, l’ultra-conservateur Rand Paul qualifie le plan rĂ©publicain d'”Obamacare light”, loin de l’abrogation totale dont il rĂŞve avec trois autres collègues. Car de nombreuses aides financières, bien que rĂ©duites, seraient reconduites.

“C’est un mauvais texte”, a rĂ©pĂ©tĂ© le sĂ©nateur du Kentucky, concluant: “Mieux vaut ne rien voter que de voter une mauvaise loi”.

Toute la minorité démocrate étant contre, les républicains doivent limiter les défections à deux sénateurs sur 52, le Sénat comptant 100 membres.

Au dernier décompte, au moins cinq républicains avaient pris position contre la législation.

Donald Trump a parlĂ© ce week-end Ă  plusieurs d’entre eux, mais aucun progrès ne semble avoir Ă©tĂ© enregistrĂ©.

Les partisans de la rĂ©forme insistent sur le fait que, en abrogeant certaines rĂ©glementations, les prix de l’assurance baisseraient Ă  terme, pour certaines personnes, par exemple des gens en relativement bonne santĂ©, en villes et plus jeunes, qui auraient dĂ©sormais le choix de souscrire des couvertures allĂ©gĂ©es.

Mais dans un premier temps, les primes d’assurance augmenteraient mĂ©caniquement avec le dĂ©part du marchĂ© des patients en bonne santĂ©, qui ne seraient plus soumis Ă  l’obligation de s’assurer. Une hausse des prix serait “totalement inacceptable”, a jugĂ© le sĂ©nateur Ted Cruz, qui pense aux Ă©lections lĂ©gislatives de novembre 2018.

La Maison Blanche, de son cĂ´tĂ©, a dĂ©noncĂ© la mĂ©thodologie du CBO, citant d’anciennes prĂ©dictions qui ont Ă©tĂ© dĂ©menties plus tard par la rĂ©alitĂ©.

Trouver un compromis relève de la quadrature du cercle. Tout amendement qui satisferait les modérés ferait partir les conservateurs, et inversement.

VĂ©tĂ©ran du SĂ©nat, le rĂ©publicain Lindsey Graham estimait lundi soir que les diffĂ©rends “philosophiques” Ă©taient sans doute irrĂ©conciliables, et n’Ă©tait guère optimiste.

“Pour ceux qui hĂ©sitent, le rapport du CBO ne leur est d’aucune aide”, a-t-il dit. “Cela va ĂŞtre difficile d’atteindre les 50 voix”.

Aux Etats-Unis, la moitiĂ© environ des gens sont assurĂ©s par leur employeur. Des assurances publiques couvrent les plus de 65 ans (Medicare) et les plus vulnĂ©rables (Medicaid). Le reste, une cinquantaine de millions de personnes, doivent s’assurer seuls dans le privĂ© (entrepreneurs, salariĂ©s de PME, temps partiels, artisans…); Obamacare les aidait Ă  le faire.

(©AFP / 27 juin 2017 07h56)

PARTAGER

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here