Face aux critiques de Trump, les dirigeants de l’UE rĂ©agissent

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Bruxelles (AFP) – Les vives critiques du prĂ©sident Ă©lu amĂ©ricain Donald Trump sur l’Union europĂ©enne et l’Otan doivent inciter les EuropĂ©ens Ă  se “ressaisir” pour faire preuve d'”unitĂ©” et d'”assurance”, ont rĂ©agi lundi plusieurs dirigeants de pays de l’UE.

La dĂ©tente Ă  l’Ă©gard de la Russie, “l’erreur catastrophique de Merkel” sur les migrants, l’Otan “obsolète”: Donald Trump a multipliĂ© les dĂ©clarations choc en commentant dimanche l’actualitĂ© europĂ©enne, cinq jours avant sa prise de fonctions vendredi Ă  la Maison Blanche.

Dans un entretien aux quotidiens britannique Times et allemand Bild, il a aussi estimĂ© que le Royaume-Uni a “eu bien raison” de quitter une Union europĂ©enne selon lui dominĂ©e par l’Allemagne. Il a prĂ©dit que le Brexit serait un “succès” et que d’autres pays quitteraient l’UE.

Ces propos ont eu beaucoup de retentissement Ă  Bruxelles, lieu d’une rĂ©union lundi des ministres des Affaires Ă©trangères de l’UE.

Si le Britannique Boris Johnson s’est singularisĂ© en qualifiant de “très bonne nouvelle” la main tendue par Donald Trump pour un accord commercial rapide entre Washington et Londres, plusieurs ministres europĂ©ens ont appelĂ© Ă  afficher un front uni.

“La meilleure rĂ©ponse Ă  l’interview du prĂ©sident amĂ©ricain, c’est l’unitĂ© des EuropĂ©ens”, c’est de “faire bloc”, a ainsi affirmĂ© le Français Jean-Marc Ayrault.

En Allemagne, le vice-chancelier Sigmar Gabriel a soulignĂ© l’importance pour l’Europe de “ne pas tomber dans une profonde dĂ©pression” et de se “ressaisir” en faisant preuve d'”assurance”.

L’Otan a redit pour sa part sa “confiance absolue” dans le maintien d’un “engagement fort” des Etats-Unis, alors que Donald Trump risque d’alimenter les craintes de pays – en particulier ceux du flanc Est de l’Alliance – qui s’inquiètent de son arrivĂ©e et d’une possible dĂ©tente avec Moscou.

– ‘InquiĂ©tude’ Ă  l’Otan –

Aux quotidiens Times et Bild, le prĂ©sident Ă©lu des Etats-Unis a affirmĂ© avoir “dit il y a longtemps que l’Otan avait des problèmes”.

Et d’enchaĂ®ner: “En premier lieu qu’elle Ă©tait obsolète parce qu’elle a Ă©tĂ© conçue il y a des annĂ©es et des annĂ©es” et “parce qu’elle ne s’est pas occupĂ©e du terrorisme. (…) En deuxième lieu, les pays (membres) ne payent pas ce qu’ils devraient”.

Seuls cinq des 28 pays de l’Otan (Etats-Unis, Royaume-Uni, Estonie, Grèce, Pologne) respectent un niveau de dĂ©penses militaires au moins Ă©quivalent Ă  2% de leur Produit intĂ©rieur brut, le seuil souhaitĂ© par l’Alliance, selon des donnĂ©es de fin 2016.

DĂ©jĂ , durant sa campagne prĂ©sidentielle, M. Trump avait semblĂ© mettre en cause l’obligation de solidaritĂ© entre pays membres de l’Otan en cas d’agression s’ils ne contribuaient pas plus aux dĂ©penses. Les Etats-Unis portent environ 70% des dĂ©penses militaires de l’organisation.

En sortant d’un rendez-vous avec le chef de l’Otan Jens Stoltenberg, le ministre allemand des Affaires Ă©trangères Frank-Walter Steinmeier a fait part de l'”inquiĂ©tude” de l’Alliance atlantique.

Parler d’une Otan “obsolète”, a-t-il toutefois relevĂ©, c’est “en contradiction avec ce que le (futur) ministre de la DĂ©fense amĂ©ricain a dit lors de son audition Ă  Washington il y a seulement quelques jours”.

James Mattis, ancien gĂ©nĂ©ral des Marines choisi par Trump pour diriger le Pentagone, a mis en garde contre la volontĂ© du prĂ©sident russe Vladimir Poutine de “casser” l’Otan.

– Une UE ‘en mode attente’ –

Des dĂ©clarations de nature Ă  rassurer les EuropĂ©ens attachĂ©s au maintien d’une position intransigeante avec Moscou, en plein conflit ukrainien.

Un diplomate europĂ©en a dĂ©crit Ă  l’AFP une UE “en mode attente” face Ă  des positions parfois contradictoires dans la future administration des Etats-Unis. “Un prĂ©sident n’est pas seul pour dĂ©cider”, se rassure un autre diplomate.

Donald Trump Ă©voque dans la presse la possibilitĂ© d’un accord de rĂ©duction des armements nuclĂ©aires avec la Russie en Ă©change de la levĂ©e des sanctions qui la frappent.

“Les sanctions font très mal Ă  la Russie mais je pense qu’il peut se produire quelque chose qui sera profitable Ă  beaucoup de gens”, assure-t-il.

Juste avant NoĂ«l, le milliardaire rĂ©publicain avait ravivĂ© le spectre d’une course aux armements en prĂ©venant que les Etats-Unis rĂ©pondraient Ă  tout accroissement de l’arsenal nuclĂ©aire d’une autre puissance, sans citer la Russie ou la Chine.

Concernant l’accord de 2015 sur le nuclĂ©aire iranien, lui aussi fragilisĂ© par la transition Obama/Trump, la chef de la diplomatie de l’UE Federica Mogherini a soulignĂ© que l’Union le jugeait “extrĂŞmement important” et continuerait Ă  oeuvrer Ă  son “respect”.

“Ce serait dommage que l’AmĂ©rique, en tant que plus grande dĂ©mocratie au monde (…) agisse de façon destructrice”, a rĂ©sumĂ© le ministre luxembourgeois des Affaires Ă©trangères Jean Asselborn.

“Nous avons maintenant la possibilitĂ© de montrer Ă  M. Trump que l’Europe n’est pas seulement une communautĂ© solidaire”, mais qu’elle “prend les Affaires Ă©trangères au sĂ©rieux et sait bien que si l’on dĂ©truit la politique Ă©trangère, les consĂ©quences en seront d’une très grande portĂ©e”, a notĂ© M. Asselborn.

Matthieu DEMEESTERE
AFP 16 janvier 2017
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