France: contre-attaque médiatique de Nicolas Sarkozy

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Nicolas Sarkozy contre-attaque médiatique
Nicolas Sarkozy.
REUTERS/Stéphane Mahé

Nicolas Sarkozy contre-attaque ce jeudi dans l’affaire de trafic d’influence qui le vise, dans une tribune publiée par Le Figaro sur son site internet. L’ancien chef de l’Etat, qui sort pour la première fois de son silence sur cette affaire, assure avoir «hésité avant de prendre la parole».

« Contrairement à ce qui s’écrit quotidiennement, je n’éprouve nul désir de m’impliquer aujourd’hui dans la vie politique de notre pays », assure l’ancien chef de l’Etat, qui dit n’être animé « par aucune velléité de revanche ». Contre les juges en revanche, Nicolas Sarkozy ne mâche pas ses mots, affirmant à propos des écoutes qui le visent, lui et son avocat Thierry Herzog, que « des principes sacrés de notre République sont foulés aux pieds avec une violence inédite et une absence de scrupule sans précédent ».

 

C’est l’acte d’un homme qui est attaqué de toutes parts depuis des semaines, voire des mois.
Jérôme Lavrilleux, directeur de cabinet de Jean-François Copé21/03/2014

« Suis-je en droit de m’interroger sur ce qui est fait de la retranscription de mes conversations ? » poursuit l’ex-président. « Je sais, la ministre de la Justice n’était pas au courant, malgré tous les rapports qu’elle a demandés et reçus. Le ministre de l’Intérieur n’était pas au courant, malgré les dizaines de policiers affectés à ma seule situation. De qui se moque-t-on ? », ajoute Nicolas Sarkozy. «Aujourd’hui encore, toute personne qui me téléphone doit savoir qu’elle sera écoutée. Vous lisez bien. Ce n’est pas un extrait du merveilleux film La Vie des autres sur l’Allemagne de l’Est et les activités de la Stasi », avance l’ancien président.

Sur le fond, Nicolas Sarkozy évoque les faits de trafic d’influence, dont il est suspecté, en disant que le seul « crime » de son avocat dans cette affaire est « d’avoir été l’ami depuis trente ans d’un avocat général à la Cour de cassation, Gilbert Azibert, un des plus fameux juristes de France, à qui il a demandé des avis sur la meilleure stratégie de défense pour son client », à savoir lui-même.

La gauche dénonce la référence à l’Allemagne de l’Est

 

Comme d’habitude, il est excessif, excessif en tout. Il est excessif dans sa défense et je suis presque persuadé que la prochaine étape, c’est de se comparer à Mandela et Sakharov pour créer une nouvelle émotion.
R̩action de Gwenegan Bui, d̩put̩ PS21/03/2014 Рpar Anissa El Jabri

 

Les réactions ont été nombreuses et presqu’immédiates après la publication de cette tribune sur le site du Figaro. La référence par l’ancien président français à la police politique de l’ex-Allemagne de l’Est a suscité une vague d’indignation au sein du gouvernement et du parti socialiste. Elle constitue une « attaque inouïe contre les institutions de la République », a jugé le premier secrétaire du PS, Harlem Désir. « La mise en oeuvre de la loi prévoyant les interceptions judiciaires par des juges indépendants ne peut pas être comparée aux pratiques à l’oeuvre dans des régimes autoritaires ou totalitaires », a dénoncé la garde des Sceaux, Christiane Taubira affirmant qu’elle « n’entend pas accepter cette injure à l’égard des citoyens français et des juges ainsi que cette attaque envers les institutions de la République ».

« Dans un Etat de droit, les juges sont indépendants, et la police agit dans le cadre des lois. Le gouvernement y veille scrupuleusement. La comparaison entre la République française et l’Allemagne de l’Est est insupportable », a déclaré en écho Jean-Marc Ayrault, le Premier ministre. Quant à Bruno Le Roux, président du groupe PS à l’Assemblée nationale, il juge que Nicolas Sarkozy « essaie de faire en sorte que le radeau ne prenne pas totalement l’eau ».

 

Nicolas Sarkozy est un justiciable comme les autres, qui bénéficie de toutes les garanties de procédurales de l’Etat de droit, rappelle de son côté le Syndicat de la magistrature (SM, classé à gauche), qui estime qu’en pratiquant l’invective pour détourner l’attention du fonds de l’affaire, l’ancien président met en péril les institutions démocratiques. « Que celui qui a été le gardien constitutionnel de l’indépendance de la justice agite le spectre d’une justice partiale et laisse croire aux citoyens que la justice use de méthodes comparables à celle d’une police politique est proprement intolérable », écrit le SM dans un communiqué.
par RFI

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