Guinée-Bissau: le régime de Bissau accuse le Portugal et Carlos Gomes de contre-coup d’Etat

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Patrouille de soldats à Bissau, après l’attaque contre la caserne des «Bérets rouges», le 21 octobre 2012.
AFP

Le communiqué du gouvernement met en cause le Portugal, ancienne puissance coloniale, et la Communauté des pays de langue portugaise (CPLP), pour leur action «dans la tentative de promouvoir l’instabilité politique et de compromettre le processus de transition en cours». Le but, selon le document, est de faire revenir au pouvoir l’ancien Premier ministre, Carlos Gomes Junior, renversé en avril dernier et d’exiger la mise en place d’une force internationale.

Le communiqué indique par ailleurs que la situation est sous contrôle et demande à la population de vaquer à ses activités. Le gouvernement promet qu’une enquête sérieuse sera faite pour tirer au clair cette affaire.

Pour l’instant, six personnes ont perdu la vie au cours de l’opération. Le même communiqué indique qu’une autre personne est grièvement blessée et que quatre assaillants ont été capturés.

Le chef du commando, le capitaine Pansau N’Tchamà et quelques uns de ses hommes sont encore en fuite et les recherches se poursuivent dans la périphérie nord-ouest de la capitale, sur une bande de 10 km, entre l’aéroport situé à un jet de pierre de l’unité attaquée et l’endroit où le commando se serait retranché.

Cette attaque a eu lieu alors que les mécontentements liés aux promotions dans les différentes unités militaires se sont multipliés. Certains observateurs n’hésitent pas à faire le lien entre cette situation et l’assaut de dimanche.

Le fil de cette journée de dimanche

Il était 4 heures du matin environ quand le commando a attaqué la caserne des «bérets rouges» située près de l’aéroport de Bissau. Les tirs ont duré une heure environ, puis les assaillants ont pris la fuite. Les autorités de transition n’ont pas tardé à mettre en cause, dans cette attaque, le capitaine Pansau N’Tchama, un officier fraîchement revenu du Portugal, où il était depuis 2009, comme l’explique Fernando Vaz, porte-parole du gouvernement de transition: « Les données préliminaires de l’enquête décrivent une action concertée d’individus recrutés en Casamance, commandés par le capitaine Pansau N’Tchama, ex-garde du corps de Zamora Induta, qui était général d’armée sous le gouvernement de Carlos Gomes Junior.»

En fin de journée sort le communiqué du gouvernement qui accuse le Portugal, la Communauté des pays de langue portugaise et l’ancien premier ministre Carlos Gomes Junior d’être les promoteurs de ce qu’il qualifie de «tentative de déstabilisation». Joint à Lisbonne, Carlos Gomes Junior dément catégoriquement : « Je suis contre les coups d’Etat et contre le terrorisme. Tous ceux qui me connaissent savent que je suis quelqu’un de bien ; ma famille aussi est une bonne famille… Ce que nous voulons, c’est la paix et la stabilité en Guinée-Bissau. Maintenant, financer le terrorisme ou des actes de vandalisme, nous sommes contre.»
Les liens des mutins avec la Casamance

Le porte-parole du gouvernement de transition bissau-guinéen, Fernando Vaz a affirmé à RFI que l’attaque de dimanche était le fait d’individus recrutés en Casamance et commandés par le capitaine Pansau N’Tchama. Pour Vincent Foucher, spécialiste de la Guinée-Bissau au sein d’International Crisis Group, il faut cependant se garder de surinterpréter une telle déclaration, car de nombreuses passerelles entre le maquis casamançais et l’armée bissau-guinéenne ont existé ces dernières années et des combattants ont pu voyager d’un groupe à l’autre.

Vincent Foucher: il y a des liens anciens entre l’armée guinéenne et le MFDC casamançais
Spécialiste de la Guinée-Bissau à l’ICG
.. en 1998, les rebelles de Casamance étaient venus au secours de l’armée mutinée contre le président Vieira… à la suite de cette guerre, il semble bien qu’un certain nombre de combattants casamançais ont quitté le MFDC pour entrer dans l’armée guinéenne… le fait que des gens originaires de Casamance ou ayant appartenu au MFDC soient impliqués dans l’attaque n’est pas une chose impossible mais… il faut être très prudent…

RFI/ 22/10/2012

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