Guinée-Bissau: nouvelles violences impliquant des militaires, au moins 7 morts

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Des soldats dans une rue de Bissau, le 15 avril 2012
© AFP

BISSAU – Au moins sept personnes ont Ă©tĂ© tuĂ©es dimanche en GuinĂ©e-Bissau, pays instable minĂ© par le trafic de drogue et qui a connu de nombreux coups d’Etat, dans l’attaque ratĂ©e par un commando d’une caserne d’une unitĂ© d’Ă©lite de l’armĂ©e. 

Les assaillants Ă©taient dirigĂ©s par le capitaine Pansau N’Tchama, lui-mĂŞme membre de cette unitĂ© d’Ă©lite.  Pansau N’Tchama Ă©tait le chef du commando qui avait assassinĂ© en 2009 le prĂ©sident de la RĂ©publique Joao Bernardo Vieira.

Le groupe d’hommes armĂ©s a tentĂ© vers 04h00 (GMT et locales) de prendre d’assaut la caserne des “BĂ©rets rouges”, unitĂ© d’Ă©lite de l’armĂ©e de terre, près de l’aĂ©roport de Bissau, la capitale. L’attaque, qui intervient six mois après un coup d’Etat militaire le 12 avril, a Ă©tĂ© repoussĂ©e après environ une heure d’Ă©changes de coups de feu.

Les assaillants, dont le nombre reste encore inconnu, ont ensuite pris la fuite, selon des tĂ©moins. Ils sont activement recherchĂ©s par l’armĂ©e placĂ©e en Ă©tat d’alerte, selon une source militaire.

Le chef d’Ă©tat-major de l’armĂ©e, le gĂ©nĂ©ral Antonio Indjai, auteur du coup d’Etat du 12 avril, s’est rendu Ă  la caserne attaquĂ©e dont les alentours ont Ă©tĂ© bouclĂ©s, de mĂŞme que le QG de l’armĂ©e situĂ© dans le centre de Bissau.

Un journaliste de l’AFP a vu dans la caserne les corps de six des assaillants, criblĂ©s de balles, baignant dans des mares de sang.

Le septième mort est une sentinelle en position devant la caserne, tuĂ©e par le capitaine N’Tchama, qui lui a ensuite pris son arme, a affirmĂ© Ă  l’AFP une autre sentinelle qui a eu la vie sauve et a formellement reconnu le capitaine N’Tchama.

Lui-mĂŞme membre des “BĂ©rets rouges”, le capitaine N’Tchama est rentrĂ© la semaine dernière du Portugal oĂą il Ă©tait en formation militaire depuis juillet 2009, selon des sources sĂ©curitaires. Il Ă©tait dĂ©jĂ  le chef d’un commando qui avait assassinĂ© le prĂ©sident Vieira en mars 2009 quelques heures après l’assassinat du chef d’Ă©tat-major des forces armĂ©es Batista TagmĂ© Na Waie.

Aucune information n’Ă©tait dans un premier temps disponible sur les raisons qui ont poussĂ© le capitaine N’Tchama Ă  mener cet assaut. Ce capitaine est un ancien proche de dirigeants renversĂ©s le 12 avril. Par ailleurs la promotion de certains militaires a rĂ©cemment suscitĂ© la colère de ceux qui n’ont pas Ă©tĂ© promus, selon des observateurs.

Pays “sous surveillance”

Petit pays pauvre Ă  l’instabilitĂ© chronique, dont l’histoire est jalonnĂ©e par la violence politico-militaire depuis son indĂ©pendance du Portugal en 1974 après une guerre de libĂ©ration, la GuinĂ©e-Bissau a de nouveau Ă©tĂ© secouĂ©e par un coup d’Etat militaire le 12 avril, entre les deux tours d’une Ă©lection prĂ©sidentielle.

Son instabilitĂ© a transformĂ© ce pays en plaque tournante du trafic de drogue entre l’AmĂ©rique du Sud et l’Europe ces dernières annĂ©es. Des militaires de haut rang sont soupçonnĂ©s d’ĂŞtre impliquĂ©s dans ce narco-trafic.

Après le dernier coup d’Etat, les putschistes ont rendu le pouvoir Ă  des hommes politiques avec lesquels ils ont signĂ© un accord pour la mise en place d’autoritĂ©s de transition, dirigĂ©es par le prĂ©sident Manuel Serifo Nhamadjo.

La CommunautĂ© Ă©conomique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CĂ©dĂ©ao), Ă  laquelle appartient la GuinĂ©e-Bissau, avait condamnĂ© le coup d’Etat, avant d’entĂ©riner l’accord entre militaires putschistes et politiques.

La CĂ©dĂ©ao a levĂ© ses sanctions imposĂ©es après le coup d’Etat Ă  la GuinĂ©e Bissau, mais le pays, oĂą des Ă©lections gĂ©nĂ©rales doivent ĂŞtre organisĂ©es en 2013, reste “sous surveillance” de ses voisins.

Les dirigeants renversĂ©s du Parti africain pour l’indĂ©pendance de la GuinĂ©e et du Cap-Vert ont refusĂ© de reconnaĂ®tre le nouveau rĂ©gime et nombre d’entre eux, parmi lesquels l’ex-Premier ministre Carlos Gomes Junior, vivent en exil.

Après ce putsch, l’Union europĂ©enne, principal partenaire de Bissau, avait suspendu son aide et imposĂ© des sanctions contre plusieurs personnalitĂ©s militaires, dont le gĂ©nĂ©ral Indjai.

En dépit de cet isolement, le président Nhamadjo a appelé fin septembre la communauté internationale à le soutenir dans la lutte contre le trafic de drogue et pour organiser des élections en 2013.

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