Kinshasa: troisième jour d'affrontements entre les milices de Bemba et Kabila

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L’Union européenne envoie des renforts militaires en République démocratique du Congo, où, pour la troisième journée consécutive, de violents affrontements ont éclaté à Kinshasa mardi entre les partisans des deux candidats du second tour de la présidentielle, le sortant Joseph Kabila et Jean-Pierre Bemba.

De violentes explosions ont été entendues mardi alors que de nouveaux combats se déroulaient près du domicile de Jean-Pierre Bemba, dans le quartier de Gombé, dans le nord-est de Kinshasa. Dans la capitale, la plupart des magasins étaient fermés et les rues pratiquement désertes.

Lundi, les forces de l’ONU et l’UE avaient évacué des diplomates étrangers de la résidence de Jean-Pierre Bemba, ancien chef rebelle et actuel vice-président dans le gouvernement d’union nationale. L’ONU a fait savoir mardi que le candidat du Mouvement de libération du Congo (MLC) était parti avec eux et se trouvait sous la protection des Nations unies.

En fin d’après-midi, Joseph Kabila ordonnait à ses partisans armés de regagner leurs casernes, selon un haut responsable militaire ayant requis l’anonymat. Des témoins ont confirmé le retrait apparents des hommes du président du quartier de Gombé.

Les combats avaient éclaté dimanche soir, près du siège de la commission électorale, juste avant l’annonce des résultats du premier tour du 30 juillet. Les combats de dimanche ont fait au moins deux morts, mais on ignorait le bilan de ceux du lendemain.

Le parti de Jean-Pierre Bemba a affirmé que des membres de la garde de Kabila avait attaqué la résidence du candidat et que ses propres gardes avaient répliqué. Les partisans de Kabila affirment de leur côté que deux des leurs avaient été capturés et que l’attaque visait seulement à les libérer. Les combattants sont issus des factions rivales de l’armée qui ont soutenu Bemba ou Kabila durant la guerre de 1996-2002.

Face à ces violences, des renforts ont été envoyés à la mission de l’Union européenne EUFOR. Un contingent de 50 soldats français, portugais et suédois est arrivé dans la nuit avec des hélicoptères de combat et de transport de troupe, tandis que 200 soldats allemands étaient attendus mardi depuis le Gabon où ils étaient basés depuis plusieurs semaines, selon le colonel Thierry Fusalba, porte-parole de l’EUFOR.

Environ un millier de soldats de l’UE sont déjà déployés en République démocratique du Congo au sein de l’EUFOR. La mission européenne destinée à intervenir comme force de réaction rapide en appui à la MONUC, la mission de l’ONU au Congo, à l’occasion des premières élections démocratiques dans l’ancien Zaïre après 45 ans de dictature, coups d’Etat et guerre civile.

Le chef de la MONUC, William Swing, a appelé mardi à l’arrêt immédiat des combats, exhortant les deux candidats au second tour du 29 octobre à se rencontrer en urgence "pour le bien du processus démocratique et avant tout pour la population congolaise qui a déjà trop souffert des conflits armés".

Un porte-parole du parti de Jean-Pierre Bemba a précisé qu’aucune rencontre n’avait été proposée, tandis qu’un conseiller de Joseph Kabila, Kikaya bin Karubi, assurait que "le président Kabila parle tous les jours au vice-président Bemba".

L’Union européenne a de son côté exhorté les deux candidats à s’abstenir de toute provocation ou violences supplémentaires. "J’appelle chacun à faire preuve de modération pour que le processus électoral puisse se poursuivre dans le respect des principes démocratiques", a lancé le commissaire européen au Développement Louis Michel.

La France a exprimé sa "grave préoccupation", appelant toutes les parties "à faire preuve de responsabilité" et mettre un terme à "ces actes de violence qui ne sauraient être acceptés alors que le processus électoral est en cours". La situation n’étant pas encore "totalement stabilisée", mardi matin, Paris a donné des consignes de prudence" aux ressortissants de la communauté française à Kinshasa, selon le ministère des Affaires étrangères.

Mardi, les compagnies Air France et SN Brussels ont annoncé qu’elles suspendaient les vols à destination de Kinshasa. La compagnie belge avait dérouté lundi un vol pour Kinshasa.

AP

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