La défense de Strauss-Kahn veut l’abandon des poursuites

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 NEW YORK (Reuters) – Dominique Strauss-Kahn veut l’abandon des poursuites lancées contre lui et ne plaidera pas coupable même si le procureur de New York, de plus en plus contesté par la femme de chambre qui accuse l’ancien directeur général du FMI de tentative de viol, propose un arrangement.

L’un des avocats de Dominique Strauss-Kahn a déclaré au New York Times que l’hypothèse d’un "plaider coupable" n’avait pas été débattue lors de la rencontre mercredi entre la défense et les services du procureur Cyrus Vance.

"M. Strauss-Kahn ne plaidera pas coupable de quoi que ce soit", a expliqué William Taylor.

L’abandon des poursuites pour tentative de viol ou la possibilité pour l’inculpé de se voir notifier un chef d’inculpation moins grave s’il accepte de plaider coupable sont jugés possibles depuis que la crédibilité de son accusatrice a été affaiblie par ses "mensonges" au procureur.

Les avocats de l’ancien ministre français des Finances ont depuis le début de l’affaire, le 14 mai, toujours dit que la relation entre leur client et la femme de chambre guinéenne était consentie et que Dominique Strauss-Kahn refusait de reconnaître le moindre comportement délictueux.

L’enquête sur les faits reprochés à Dominique Strauss-Kahn se poursuit, a fait savoir le parquet de New York.

"Le processus d’investigation continue et aucune décision n’a été prise", déclare un porte-parole dans un communiqué.

La prochaine audience reste donc fixée au 18 juillet et l’hypothèse d’une remise imminente de son passeport à Dominique Strauss-Kahn, qui pourrait alors rentrer en France, où il fait l’objet d’une autre plainte pour tentative de viol, semble s’éloigner.

PRESSION SUR LE PROCUREUR

Kenneth Thompson, l’avocat de l’accusatrice de Dominique Strauss-Kahn, maintient quant à lui la pression sur le procureur, qu’il accuse de préparer le terrain pour un non-lieu et d’avoir laissé filtrer des informations préjudiciables à sa cliente.

"M. le procureur Vance, nous demandons formellement que votre bureau se dessaisisse volontairement de l’affaire Strauss-Kahn et que vous nommiez un procureur spécial", a-t-il écrit à Cyrus Vance, une demande appuyée par un groupe de pression afro-américain de représentants du système judiciaire.

Les services du procureur de Manhattan ont indiqué mercredi que ces demandes étaient "dénuées de tout fondement".

"Nous sommes en profond désaccord avec la manière dont le bureau et le travail des procureurs ont été présentés. Toute suggestion selon laquelle le bureau devrait être récusé est dénuée de tout fondement", a dit Erin Duggan, porte-parole du bureau du procureur de Manhattan dans un communiqué.

Le dossier de l’accusation avait été mis à mal la semaine passée après la découverte par le bureau du procureur que l’accusatrice, originaire de Guinée, avait menti concernant les circonstances de sa demande d’asile aux Etats-Unis et qu’elle avait modifié sa version des faits après avoir rencontré "DSK" dans sa chambre de l’hôtel Sofitel de New York.

Kenneth Thompson a reconnu que sa cliente avais commis des erreurs par le passé mais il soutient qu’elle a été agressée sexuellement par l’ancien patron du FMI et que des preuves existent pour confirmer cette version des faits.

FUITES DOMMAGEABLES ?

Kenneth Thompson accuse Daniel Alonso, adjoint de Cyrus Vance, d’avoir organisé des "fuites dommageables" à destination de la presse afin de discréditer sa cliente et d’affaiblir les charges pesant contre Dominique Strauss-Kahn.

Il reproche notamment au procureur de ne pas lui avoir remis un enregistrement d’une conversation téléphonique de sa cliente avec son petit ami détenu dans une prison de l’Arizona et d’avoir fait part de cet élément au New York Times.

Dans l’enregistrement, la jeune femme dit: "Ne t’inquiète pas, ce type a beaucoup d’argent. Je sais ce que je fais."

Dans son courrier, Kenneth Thompson reproche aussi au bureau du procureur de ne pas avoir démenti un article du New York Post affirmant que la femme de chambre était une prostituée.

"De telles fuites provenant apparemment de membres de votre bureau constituent, sans le moindre doute, un déni des devoirs et des responsabilités d’un procureur", dit la lettre.

Selon les experts en procédure judiciaire, une telle demande a très peu de chance d’aboutir.

"C’est une requête stupide", dit Daniel Richman, professeur de droit à Columbia, pour qui elle a plus à voir avec une opération de relations publiques qu’avec une requête légitime.

Les dessaisissements constituent des cas rares qui n’interviennent qu’à l’occasion de conflits d’intérêts personnels impliquant des membres du bureau du procureur.

Noeleen Walder, Daniel Trotta et Eric Beech, Benjamin Massot et Yves Clarisse pour le service français, édité par Gilles Trequesser

lepoint.fr – jeudi 7 juillet 2011 13h10

 

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