Le printemps arabe: Une fiction

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On a dit que la jeunesse arabe, sous l’effet d’Internet, a lancé sa révolution en décembre 2009, à partir du suicide de l’Ian Palach arabe, Mohamed Bouazizi, pour revendiquer définitivement sa liberté contre l’oppression millénaire de l’Islam, ainsi comparée à la dictature communiste athée, notamment au « printemps de Prague » en 1968.

 

Les faits

Manifestant sans désemparer, en dépit des morts causés par une répression sanglante, la rue exigeait le départ immédiat du dirigeant. Elle protestait ainsi contre la misère et la tyrannie de dirigeants corrompus, au pouvoir depuis plusieurs décennies. Ben Ali et Moubarak, en Tunisie et en Egypte, seraient ainsi les premiers despotes renversés par la révolte populaire. Pourtant, les présidents yéménite et syrien ne tombent pas, en dépit de la défection d’officiers et de hauts responsables civils, et des morts qui se comptent  par milliers.  Le départ du président Saleh est finalement obtenu par la négociation internationale, un processus similaire est en cours pour le président Bachar Al Assad. Une chance que Kadhafi n’a pu avoir, ayant été tué par les rebelles armés et agitant un drapeau dès le premier jour, une résolution des Nations Unies ayant permis les frappes aériennes de l’OTAN contre l’armé régulière.

Qu’en est-il réellement ?

Le procédé ressemble, à s’y méprendre, à ce qui s’est passé en Afrique en 1990 : des manifestants, appâtés par les promesses d’aide (ils avaient souvent passé de longs mois sans salaire), exigeaient le départ immédiat de leurs dirigeants remplacés par un Conseil national de transition issu d’une « conférence nationale souveraine ». La motivation était la même : la liberté apportée par la démocratie et le multipartisme, puis la belle vie grâce aux milliards de « l’aide internationale » allègrement détournés. La chose marche pour les deux premiers présidents « dégagés » : Ben Ali et Moubarak, effectivement dictateurs et corrompus.

Ben Ali et Moubarak, deux amis de l’Occident

Le premier avait déposé le président Bourguiba, un avocat qui avait connu les geôles du colonisateur pour sa lutte en faveur de l’indépendance, et qui, une fois président, était devenu autocrate, interdisant la polygamie et supprimant d’autres libertés liées à l’exercice de la liberté de conscience. Cela, au nom de la lutte contre l’obscurantisme des cheiks, une vertu sans doute léguée par la République laïque française qui exécrait l’obscurantisme des calotins. Il y avait en tout cas là de quoi plaire à l’ancienne puissance coloniale, qui maintenait ainsi son emprise culturelle, notamment par la francophonie politique, dont Bourguiba est l’un des fondateurs. Le coup d’Etat contre ce dernier était une affaire de maison motivée par le fait que le président, octogénaire, était devenu impotent : il fallait donc le déposer en douceur pour éviter de perdre le pouvoir à l’occasion d’un soulèvement quelconque. C’était ainsi parti pour un nouveau règne du parti présidentiel. La répression n’épargnait aucune opposition, qu’elle fût laïque ou religieuse. Cette dernière fut particulièrement éprouvée, avec l’interdiction pure et simple du parti Ennhada à nouveau si populaire. La France, à vrai dire, eût bien préféré que Ben Ali ne fût pas « dégagé » du premier coup, pour lui trouver un successeur crédible.

Pour Moubarak, le scénario est le même. Là, ce sont les Américains qui sont concernés. Le successeur du président Sadate, assassiné par des soldats hostiles à la paix signée avec Israël, avait traqué les Frères musulmans et bâillonné toute opposition. Une aide américaine substantielle lui parvenait, tandis que la frontière avec Gaza était hermétiquement fermée, ce qui favorisait le blocus d’Israël contre ce territoire palestinien rebelle. Toutes les initiatives de paix entre l’Etat juif et les Palestiniens échouaient, sans que cela semblât gêner le dictateur vieillissant, au pouvoir depuis 40 ans. L’espoir de paix au Proche-Orient sembla venir –chose incroyable- du discours du Président américain, Obama, récemment élu, en visite au Caire. Moubarak était plutôt préoccupé à mettre sur le trône son fils Gamel quand les mouvements de protestation commencèrent, réclamant son départ. L’ambassade d’Israël est assiégée et le traité de paix avec Israël dénoncé. Rien de tout cela n’arrange finalement les Etats-Unis, et la place Tahrir a libéré le peuple arabe d’Egypte de la dictature de leur ami Hosni Moubarak, aucun doute là-dessus. Comme en Tunisie, le parti qui revient à la surface n’est autre que celui des islamistes, en l’occurrence les Frères musulmans. S’il y a printemps, on s’achemine effectivement vers un printemps islamique ou islamiste dans ces deux pays.

Saleh, Bachar Kadhafi : de vieux alliés de la Russie

A l’inverse, les présidents yéménite, syrien et libyen étaient fermement du côté des ennemis jurés de l’Occident, à savoir, respectivement : Al Qaïda, le Hesbollah au Liban, l’IRA (l’armée républicaine irlandaise) et les Palestiniens, et, avant ceux-là, à l’époque de la guerre froide, du côté de l’URSS. Mais ces dernières années, comme de concert, tous les trois ont marqué un virage pro-occidental et affirmé leur résolution de combattre le terrorisme international, surtout Al Qaïda. N’était-ce pas par crainte de subir le même sort que l’Afghanistan et l’Irak ? L’Occident a-t-il douté de leur bonne foi ? Toujours est-il que leurs rebellions ont, dès le départ, pris les armes, une différence notoire avec les manifestations pacifiques en Tunisie et en Egypte. Tout porte à croire que des activistes ont décidé de les ajouter au « printemps arabe », celui qu’eux-mêmes considéraient comme tel. En Libye, l’écrivain Henri Lévy a avoué qu’il a présenté deux généraux rebelles à Sarkozy et les manifestants hissaient le drapeau libyen du temps du roi Idriss, l’ami des Américains, renversé en 1967 par Kadhafi ! Comment un roi peut-il être pris pour symbole de la démocratie ? Nous retrouvons la situation de 1953 en Iran, où le patriote Mossadegh, qui avait nationalisé le pétrole, fut écarté par les Américains qui installèrent le shah à sa place ! Un shah qui sera chassé, rappelons-le, par la révolution islamique en 1979.

Il n’y a donc pas de « printemps arabe » : cette fiction avait peut-être pour but de démontrer que les tous les régimes arabes sont arriérés et corrompus et qu’il vaut mieux accompagner Israël (eh oui !) dans sa tentative d’imposer dans la région un ordre nouveau fondé sur la non-reconnaissance de l’Etat palestinien.

Ibrahima KOÏTA

Source: MADIKAMA

Une Réaction à » Le printemps arabe: Une fiction

  1. AZAWED

    M. IBRAHIMA Koita, votre analyse sur la base des faits que vs présentez ne peut être crédible car les faits que vs rapportez sont erronés à titre indicatif:
    1.le jeune tunisien Bouazizi ne s’est pas suicidé à cause de l’oppression de l’islam comme vs le dites , mais à cause d’un fait banal qui peut arriver n’importe ou (altercation avec une policière qui ne lui a pas permis de stationner sa charette de legumes sur le trottoir.
    2. le coup d’état de kadafi a eu lieu le premier septembre 1969 et non en 1967.