Massacre en RDC: un nouveau démenti et de nouvelles vidéos

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Capture d'écran de l'une des vidéos au coeur d'une polémique en RDC.
Capture d'écran de l'une des vidéos au coeur d'une polémique en RDC. © Capture d'écran

En République démocratique du Congo, le gouvernement persiste et signe. La vidéo qui circule sur les réseaux sociaux montrant de présumées exécutions sommaires est un « grossier montage ». Dans un communiqué, le porte-parole du gouvernement répond à la multiplication des appels à enquêter. Il explique que c’est aux accusateurs, en l’occurrence ceux qui ont diffusé ces vidéos, de prouver leurs assertions. Mais depuis ce weekend, il n’y a pas que les appels à enquêter qui se multiplient, mais aussi d’autres vidéos du même genre.

Le communiqué signé Lambert Mendé répondait aux premiers appels lancés, ceux des Etats-Unis et de la France. Mais par la voix de son porte-parole, le gouvernement appelait plus généralement ses partenaires à cesser de « promouvoir des attitudes condescendantes et délibérément malveillantes ».

A ce communiqué est associé le témoignage d’un expert signé M.K. sans plus de précision. Celui-ci dit relever des « curiosités ». La première que ces présumés militaires circulent à découvert, alors que selon les autorités, les « terroristes » Kamuina Nsapu sont armés. Ils répéteraient trop souvent le mot FARDC, il y aurait également un problème de synchronisation de son avec l’image sur une exécution. Conclusion de l’expert du gouvernement : c’est un grossier montage dans le but de discréditer les FARDC.

Mais depuis cette première vidéo, au moins deux autres sont relayées sur les réseaux sociaux. L’une présente une scène équivalente à la première vidéo, avec des corps d’enfants au sol, certains munis des bandeaux emblématiques des Kamuina Nsapu au milieu des présumés militaires et policiers en opération au Kasai Central.

La deuxième montre l’interrogatoire d’une petite fille qui reconnait faire partie d’un groupe Kamuina Nsapu avec son père. Elle est visiblement gravement blessée et agonise et reçoit des coups quand ses réponses déplaisent. Des témoins estiment qu’il s’agit de la petite fille morte le 27 janvier dernier lors de l’attaque contre le gouvernorat de Kananga.

Pour rappel, selon des spécialistes du secteur de l’enfance, plus de 50% des présumés miliciens Kamuina Nsapu sont des mineurs, majoritairement de moins de 14 ans, le plus souvent désarmés.

La communauté internationale met la pression sur la RDC

Lundi 20 février, plusieurs réactions internationales ont suivi la diffusion sur Internet de plusieurs vidéos non identifiées montrant des présumées forces de sécurité en train d’exécuter des civils.

Capture d'écran de la vidéo où l'on voit des hommes en uniformes de l'armée congolaise tirer sur des civils
Capture d’écran de la vidéo où l’on voit des hommes en uniformes de l’armée congolaise tirer sur des civils. © Capture d’écran
Les vidéos de civils désarmés tués par de présumés militaires suscitent la colère au sein de la communauté internationale. Les propos les plus fermes viennent du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. L’organisation s’en prend directement aux FARDC qu’elle accuse d’usage excessif et disproportionné de la force. Le HCDH décrit des militaires tuant des civils pour leur appartenance présumée à Bundu Dia Kongo. Des actes qualifiés de violations massives des droits de l’homme. En moins de deux semaines, le Haut-Commissariat affirme avoir comptabilisé plus de 150 personnes tuées par l’armée.

De leur côté, la France, les Etats-Unis et l’Union européenne se disent profondément préoccupés par la situation. Selon Washington, si les exécutions extra judiciaires sont prouvées, elles constitueraient de graves violations des droits de l’homme et menaceraient de propager la violence et l’instabilité. La France parle d’agissements inacceptables.

Au final, tous demandent à la RDC de mener une enquête indépendante pour identifier et punir les responsables. Ce que Kinshasa refuse pour l’instant.

Nous avons recueilli des allégations multiples et crédibles montrant que des violations massives des droits de l’homme ont été perpétrées. Nous ne parlons pas de rumeurs. Il apparaît que les civils ont été visés par des soldats parce qu’il étaient suspectés d’appartenir à une milice locale. Nous sommes vivement préoccupés par ces informations qui incluent des exécutions sommaires perpétrées par les soldats. Il apparaît que l’armée a fait un usage excessif et disproportionné de la force. Il y a eu beaucoup de victimes. La semaine dernière, plus de 100 personnes auraient été tuées lorsque les militaires ont ouvert le feu. Il y aurait eu plus de 50 victimes le week-end précédent. Donc il y a une vraie tendance montrant que les soldats tirent d’abord et utilisent une force disproportionnée contre des gens en majorité non armés ou simplement équipés de bâtons. Le gouvernement doit respecter ses obligations en matière de droits de l’homme. Il doit s’assurer que l’armée utilise la force en dernier recours. Il faut qu’il y ait une enquête rapide et indépendante pour mettre fin à l’impunité. Donc il ne s’agit pas de travailler contre le pouvoir congolais, mais de parler d’une situation où il semble que les droits de l’homme ont été massivement violés.
Par RFI Publié le 21-02-2017
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