Millenium Challenge Account : Le dossier du Mali rejeté

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Le 6 mai 2004, le  Mali  et 15 autres pays avaient été sélectionnés au titre des Etats éligibles au Compte du millénaire américain (Millenium Challenge Account – MCA), une initiative du président américain George W. BUSH, prise en mars 2002. Cette initiative vise à accroître de 50% et  sur une période de trois ans, l’aide au développement des Etats-Unis pour réduire la pauvreté dans les pays qui encouragent la croissance économique durable au profit de l’ensemble de la population. Le dossier malien campé sur l’élargissement de l’Aéroport de Bamako Sénou vient d’échouer à l’examen de passage du conseil du Mca, privant ainsi le Mali pour les exercices 2005 et 2006 de 600 milliards de FCFA.

Les Maliens se rappellent certainement de l’audience présidentielle du 9 mai 2004 au cours de laquelle le chef de l’Etat a reçu le chargé d’affaires de l’Ambassade des Etats-Unis d’Amérique au Mali, Steve KRAFT, et Mme Pamela White, directrice de l’USAID. Ces deux personnalités américaines étaient venues annoncer au numéro un malien l’élection du Mali au nouveau mécanisme de coopération des Etats-Unis d’Amérique appelé "Millenium Challenge Account " ou MCA. Le Mali était alors l’un des sept pays sémi ou sous-développés choisis: Bénin, Cap-Vert, Madagascar, Ghana, Lesotho, Sénégal et Mali.

Un mauvais dossier

Compte tenu des contraintes principales auxquelles le Mali est confronté et aussi de ses énormes potentialités naturelles sous-exploitées, un programme structurant a été adopté. Il s’agissait d’augmenter les capacités de production du Mali dans les domaines où il possède des avantages comparatifs certains et d’assurer à ses productions un accès compétitif aux marchés nationaux et internationaux. En effet, le Mali appartient aux trois pays les plus pauvres au monde. Près de 70 Maliens sur 100 vivent sous le joug de la pauvreté de conditions de vie (manque dans les domaines relatifs à l’alimentation, l’éducation, la santé, le logement, etc.) ;  la pauvreté monétaire ou de revenu (insuffisance de ressources engendrant une consommation insuffisante) et la pauvreté de potentialité (manque de capital, inaccès à la terre, aux équipements, au crédit, à l’emploi, etc.). Selon les chiffres officiels, 63,8% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté estimée à 144  022 FCFA par an. Près de 40% des Maliens vivent dans le dénuement total alors que  90% des pauvres travaillent dans le secteur primaire de l’économie.

Il fallait donc pour le Mali axer les projets MCA dans l’axe d’une lutte efficace contre la pauvreté en sollicitant des ressources pour l’agriculture rurale (80% de la population et 40% du Pib) qui concentre les couches les plus précaires et 72% de la population. Le gouvernement a donc élaboré trois dossiers de projets dont une composante Office du Niger, une composante Aéroport de Bamako-Sénou  et une composante Zone industrielle aéroport Bamako-Sénou.

Or, la mouture de la plupart de ces projets a été jugée non conforme aux objectifs sociaux de masse recherchés par le Fonds du MCA. A lui seul, le projet d’élargissement de l’Aéroport de Bamako qui est le chef de file de la proposition malienne, fait crouler la proposition, puisque cette infrastructure, en dehors même qu’elle est utilisée par moins d’1% des Maliens, n’a presque aucune incidence sur l’amélioration des conditions de vie des populations. L’Aéroport de Sénou profite plus aux économies étrangères : compagnies ariennes, tours opérerators, sociétés aéroportuaires, etc.

 Le Mali encore isolé

Au Mali, le gouvernement a mis en place une Coordination au niveau de la Primature dénommée "Projet d’appui à l’Elaboration et à la Mise en œuvre du MCA-Mali " avec l’appui financier du Pnud. Cette Coordination, assistée de consultants nationaux payés à prix d’or, a conduit un tas d’études techniques qui ont été naturellement validées par les acteurs sociaux économiques lors de coûteux ateliers de validation. Cette proposition a été du coup intégrée dans le cadre de l’atteinte des objectifs du CSLP et des OMD. No comment !

Le gouvernement ghanéen,  quant à lui, vient de recevoir une enveloppe de 274 milliards de FCFA pour le financement de divers projets dont bénéficieront plus d’un million de Ghanéens avec pour objectifs d’améliorer leurs conditions de vie. Il vise à augmenter les revenus des fermiers par l’appui au secteur privé agricole et le développement de l’agrobusiness. Idem pour le gouvernement philippin, qui a  reçu l’équivalent de 11 milliards de FCFA pour éradiquer la corruption dans l’administration publique. La plupart des 23 projets du Bénin ont été également admis et portent sur le foncier, le revenu populaire, l’agriculture, et l’investissement. Le Sénégal a misé, quant à lui, sur une  proposition visant à contribuer à lever les obstacles au désengorgement de Dakar et au déplafonnement de la croissance économique pour lutter contre la pauvreté. Le Burkina qui compte décaisser au moins 500 milliards de FCFA au MCA a misé sur les moyens de lever le déficit des infrastructures économiques de base dans tous les secteurs d’activités qui plombent sérieusement la croissance économique : aménagement du territoire, construction d’infrastructures hydro-agricoles, pastorales, routières, portuaires, unités de transformation, environnement, recherche minière, etc.

De nombreux experts du développement se plaignent du paradoxe économique malien. Le gouvernement malien  ne parvient à décaisser que 4% de l’aide internationale, soit 4 FCFA sur chaque 100 FCFA consenti par les pays développés et leurs institutions, faute de projets pertinents. 96% de ces ressources sont donc perdues par exercice et renvoyés aux organismes de financement.  Sur le même chapitre, le Sénégal fait 40% de taux de décaissement, le Burkina, 30% ; le Niger, 17,5% ; le Maroc, 85% ; la Côte d’Ivoire, plus de 78% ;  et Ghana, plus de 90%.

Le MCA repose sur l’expérience accumulée depuis des décennies sur trois grandes idées liées, à savoir que la croissance économique est essentielle au développement, que les pays pauvres eux-mêmes doivent encourager le développement et que l’efficacité de l’aide sera mesurée en fonction des résultats concrets. Il s’agit d’un programme d’environ 550 milliards de francs CFA par pays. Mais son  financement n’est pas automatique contrairement à ce qu’on a fait croire à l’opinion nationale. Les pays élus devront faire des propositions concrètes  sous forme de projets de développement sociaux pour bénéficier de l’aide, en plus des critères ayant prévalu à leur choix. 

Des experts américains ont même séjourné dans notre pays sous la direction des ministres de l’investissement, de l’aménagement, des mines, de l’agriculture et de l’équipement pour appréhender le terrain des propositions maliennes. Paul Applegarth, le Président du Bureau du Millenium Challenge Account (MCA) ou Compte du Millénaire des USA, avait également conduit une délégation du 16 au 18 novembre 2003. Comme le gâchis financier du Fonds japonais et l’examen raté au fonds indien de 800 milliards de fcfa, est-on en train d’organiser des cercles mafieux de bénéficiaires ou de confirmer une nouvelle fois la carence de nos cadres publics incapables de faire décoller le pays et de résoudre ses moindres maux. Pauvres de nous !

Par Ibrahim SANGALA

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