Nigeria: un plan de r√©formes “ambitieux” pour sortir du marasme

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Bureau de change, Lagos, Nigeria, le 20 octobre 2015.(AP Photo/Sunday Alamba) "La réforme-clé est la politique de change..."

Apr√®s des mois de r√©cession et de critiques sur la gestion du pays, le gouvernement nig√©rian s’est engag√© dans une nouvelle politique √©conomique – avec un objectif de croissance de 7% d’ici 2020 – que les √©conomistes jugent tr√®s ambitieuse.

Le vaste plan de r√©formes publi√© lundi soir par le gouvernement √©tait tr√®s attendu par les bailleurs de fonds internationaux pour sortir le g√©ant p√©trolier ouest-africain de la pire crise √©conomique qu’il ait connu depuis 25 ans.

“Un des principaux objectifs du document √©tait sans doute d’inciter la Banque mondiale et la Banque africaine de d√©veloppement (BAD) √† accorder plus de fonds au Nigeria, puisqu’elles avaient toutes deux r√©clam√© un plan d√©taill√© comme condition pr√©alable √† de nouveaux pr√™ts”, estime John Asbourne, analyste Afrique au cabinet de recherche ind√©pendant Capital Economics.

Dans un document de 140 pages, le minist√®re nig√©rian du Budget dresse un constat sombre de la situation actuelle, pointant notamment la chute des recettes publiques, l’affaiblissement du naira par rapport au dollar et l’inflation √† deux chiffres, dans un contexte mondial d’effondrement des prix du brut et d’attaques rebelles sur les installations p√©troli√®res du sud du Nigeria, qui ont affect√© la production nationale.

“L’administration actuelle reconna√ģt que l’√©conomie continuera probablement √† d√©cliner de mani√®re constante et vertigineuse si rien n’est fait pour changer de trajectoire”, est-il √©crit noir sur blanc.

A l’horizon 2020, le plan de relance vise √† diversifier l’√©conomie avec des secteurs-cl√©s comme l’agriculture ou l’√©nergie, tout en stimulant la production d’or noir pour la porter √† nouveau √† 2,5 millions de barils par jour (contre 1,9 actuellement).

Le gouvernement, qui a lanc√© de grands projets d’infrastructures notamment pour d√©velopper le r√©seau de transports √† l’int√©rieur du pays, esp√®re aussi faire des √©conomies en vendant ou en r√©duisant sa participation dans certains actifs comme des compagnies d’Etat p√©troli√®res.

Objectif: faire grimper le PIB de 4,6% en moyenne par an jusqu’en 2020, o√Ļ la croissance atteindrait 7%. Des chiffres bien loin du marasme actuel, l’√©conomie du Nigeria ayant souffert d’une s√©v√®re contraction (-1,5% en 2016).

“La question est de savoir comment il va √™tre mis en oeuvre et avec quelle rapidit√©”, affirme √† l’AFP Razia Khan, √©conomiste √† la Standard Chartered Bank, qui salue un plan globalement “positif” et “encourageant”.

– Taux de change cl√© –

L’ambitieux programme assigne d’ailleurs des objectifs pr√©cis √† chaque ministre et pr√©voit la cr√©ation d’une “unit√© d’ex√©cution” uniquement pour superviser la mise en oeuvre du plan.

Mais les attentes les plus grandes concernent la politique mon√©taire: le gouvernement op√®re un virage √† 180 degr√©s et envisage pour la premi√®re fois de “mettre en place un r√©gime de change d√©termin√© par le march√© pour renforcer la confiance et encourager l’entr√©e de devises” dans le pays.

Depuis des mois, la Banque centrale nig√©riane, soutenue par le pr√©sident Muhammadu Buhari, est en effet accus√©e d’avoir fait fuir les investisseurs en refusant toute d√©valuation et en maintenant la valeur du naira √† un taux artificiel (315 nairas pour un dollar, contre 520 au march√© noir).

Pour donner de l’air aux op√©rateurs √©conomiques asphyxi√©s, elle a consenti en f√©vrier √† puiser dans ses r√©serves de change et √† injecter dans l’√©conomie plusieurs centaines de milliards de dollars. Mais ces mesures ponctuelles n’ont rien r√©solu sur le long terme.

Si les √©conomistes approuvent l’apparent changement de cap des autorit√©s, ils restent dubitatifs quant √† la mise en place d’un taux de change flexible, dont les modalit√©s ne sont pas pr√©cis√©es dans le document.

“La r√©forme-cl√© est la politique de change parce que c’est le goulot d’√©tranglement qui freine beaucoup d’activit√©s” estime Razia Khan. Mais “tant que nous n’avons pas plus de clart√© sur la fa√ßon dont cette question va √™tre trait√©e, il est tr√®s difficile de d√©terminer quelles seront les cons√©quences sur la croissance”.

Pour John Asbourne, de Capital Economics, le programme comporte des contradictions et laisse entrevoir “peu de changement”, dans la mesure o√Ļ le gouvernement continue √† tabler sur un taux de change “peu r√©aliste” de 305 nairas/dollar jusqu’en 2020 (selon les chiffres pr√©visionnels du document).

“Vouloir un taux de change stable n’est pas n√©cessairement une mauvaise chose, explique-t-il √† l’AFP, mais cela ouvre la possibilit√© que la banque intervienne pour le stabiliser, ce qui ne sera donc pas tr√®s diff√©rent du syst√®me actuel

Publié: le 09-03-2017 par voaafrique

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