Nigeria: quĂŞte d’or noir sur les terres de Boko Haram

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Nigeria: quĂŞte d'or noir sur les terres de Boko Haram
Vue des installations pétrolières du terminal de Bonny, dans le sud du Nigeria, le 18 mai 2005 / © AFP/Archives / PIUS UTOMI EKPEI
EncouragĂ© par ses victoires militaires contre Boko Haram, le Nigeria relance sa quĂŞte d’or noir dans le nord-est du pays, Ă©veillant les appĂ©tits de groupes chinois et anglo-saxons malgrĂ© une situation sĂ©curitaire encore volatile. 

L’administration du prĂ©sident Muhammadu Buhari explore les bassins intĂ©rieurs allant de l’Etat central de Benue au coeur des bastions de Boko Haram, dans le nord-est du Borno.

L’an dernier, la production nationale s’Ă©tait effondrĂ©e sous le choc des attaques rĂ©pĂ©tĂ©es de groupes rebelles sur les infrastructures pĂ©trolières et gazières du delta du Niger (sud-est), dĂ©montrant la grande vulnĂ©rabilitĂ© Ă©conomique du Nigeria.

Une nouvelle dĂ©couverte dans le Nord-Est permettrait de diversifier l’approvisionnement du pays et de mĂ©tamorphoser cette rĂ©gion pauvre, qui vit essentiellement de l’agriculture et de l’Ă©levage.

“Le prĂ©sident serait très heureux si nous faisions une dĂ©couverte importante en quantitĂ© commerciale lĂ -bas”, a dĂ©clarĂ© Ă  l’AFP le porte-parole de la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC), Ndu Ughamadu.

“C’est une prioritĂ© pour la NNPC et c’est une prioritĂ© pour le pays”.

Mais pour les spécialistes du secteur, pomper du pétrole dans le Nord-Est, où les jihadistes continuent de mener une féroce guerilla, pourrait engendrer les même travers que dans le Sud.

“Ce n’est pas vraiment une conjoncture gagnant-gagnant pour nous, si nous trouvons du pĂ©trole lĂ -bas, cela motivera d’autant plus Boko Haram Ă  attaquer”, estime Dolapo Oni, analyste des questions Ă©nergĂ©tiques chez Ecobank.

“Nous allons commencer Ă  voir les communautĂ©s de la rĂ©gion chercher Ă  exercer plus de contrĂ´le sur les terres, c’est ce que nous observons dans le delta du Niger”.

Il y a dĂ©jĂ  des conflits. En mars, des propriĂ©taires fonciers Ă  Alkaleri (Etat de Bauchi), ont rĂ©clamĂ© des compensations financières pour les dommages causĂ©s par les travaux d’exploration sur les terres agricoles.

Abuja, toutefois, reste optimiste et maintient que le pétrole du Nord-Est pourrait amortir les chocs liés aux troubles dans le delta.

Le Nigeria, premier producteur de pĂ©trole d’Afrique, a Ă©tĂ© l’un des pays les plus touchĂ©s par la chute des cours mondiaux du brut depuis 2014.

L’an dernier, le pays est entrĂ© en rĂ©cession pour la première fois depuis 25 ans, avec une inflation Ă  deux chiffres et un naira en chute libre face au dollar.

Les attaques de groupes armĂ©s qui exigent une meilleure redistribution des revenus pĂ©troliers, n’ont fait qu’aggraver la situation.

Les travaux d’exploration dans le Borno, qui ont dĂ©butĂ© avant la crise Ă©conomique, se concentrent sur un triangle s’Ă©tendant de Gubio Ă  l’ouest Ă  Marte Ă  l’est, jusqu’Ă  Kukawa, dans l’extrĂŞme nord-est, près du lac Tchad.

“Nous avons dĂ» suspendre les opĂ©rations le 24 novembre 2014”, date Ă  laquelle Boko Haram, Ă  l’apogĂ©e de sa puissance, contrĂ´lait de vastes territoires dans le Borno, explique Mazadu Bako, directeur gĂ©nĂ©ral des Services d’exploration frontalière Ă  la NNPC.

Il affirme que la NNPC a reçu le feu vert des autorités pour revenir.

– Expertise chinoise –

Pour mener les recherches, le NNPC travaille avec le Bureau for Geophysical Corporation, une filiale du gĂ©ant pĂ©trolier China National Petroleum Corporation (CNPC) spĂ©cialisĂ©e dans l’exploration de donnĂ©es sismiques.

Le Nigeria mise sur l’expĂ©rience de la CNPC au Tchad et au Niger voisins pour faire des dĂ©couvertes significatives.

Dans le bassin de Doba au Tchad, près de la frontière camerounaise, CNPC, Exxon et Glencore produisent environ 110.000 barils/jour, selon le cabinet de conseil Wood Mackenzie.

Au Niger, la CNPC a dĂ©couvert un milliard de barils sur le bloc d’Agadem (est) et produit actuellement environ 17.000 barils/jour.

Des chiffres modestes par rapport Ă  la capacitĂ© de production du delta – 2,2 millions de barils/jour -, mais qui reprĂ©sentent une source importante de revenus pour cette rĂ©gion sous-dĂ©veloppĂ©e.

D’autres investisseurs Ă©trangers ont manifestĂ© leur intĂ©rĂŞt. En novembre dernier, la NNPC a signĂ© un protocole d’accord avec le britannique Savannah Petroleum, acteur majeur au Niger, afin d’Ă©valuer le potentiel commercial de la rĂ©gion.

En janvier, la NNPC a dĂ©clarĂ© avoir “intensifiĂ© sa collaboration” avec le groupe franco-amĂ©ricain de services pĂ©troliers Schlumberger pour explorer la zone du lac Tchad.

“Il y a un tas de bassins dans cette rĂ©gion du Nord, qui (…) sont clairement sous-explorĂ©s”, affirme Gail Anderson, analyste Nigeria chez Wood Mackenzie.

“Il y a un potentiel certain et avec l’insĂ©curitĂ© dans le delta du Niger, il y a beaucoup de sens Ă  cela. Mais encore une fois, si Boko Haram est prĂ©sent, vous n’avez peut-ĂŞtre pas envie d’aller forer dans le Nord-Est”.

Le gouvernement a jusque-lĂ  concentrĂ© ses efforts d’exploration Ă  Bauchi et Ă  Gombe, Ă  distance des points chauds oĂą Boko Haram opère. Pour l’instant donc, la production de pĂ©trole dans le Nord-Est reste un rĂŞve lointain.

Par le passĂ©, des campagnes similaires n’avaient d’ailleurs pas dĂ©bouchĂ© sur une dĂ©couverte commerciale, selon Aaron Sayne, chercheur Ă  l’Institut de gouvernance des ressources naturelles Ă  New York.

Des hommes politiques du Nord, comme Buhari, avaient voulu croire que l’or noir Ă©tait Ă  portĂ©e de main, comme une promesse d’espoir pour leur Ă©lectorat pauvre, susceptible de rĂ©Ă©quilibrer le rapport de force avec le Sud si prospère.

“Je suis sĂ»r que ça pourrait ĂŞtre rĂ©el, mais ça semble bien loin”, estime M. Sayne.

(©AFP / 19 juillet 2017 09h42)

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