Plusieurs morts dans des affrontements entre partisans et adversaires de Mohamed Morsi

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Des partisans des Frères musulmans et de Mohamed Morsi se tiennent près des chars et blindés près du palais présidentiel, au Caire, jeudi 6 décembre. | REUTERS

L’armĂ©e égyptienne a commencĂ© Ă  se dĂ©ployer, jeudi, devant le palais prĂ©sidentiel au Caire. Au moins trois chars lourds et trois blindĂ©s lĂ©gers ont pris position près de l’entrĂ©e du complexe prĂ©sidentiel et sur une grande avenue qui le longe, dans le quartier d’HĂ©liopolis, oĂą des centaines de partisans du prĂ©sident Ă©taient prĂ©sents en dĂ©but de matinĂ©e.

Dans la nuit de mercredi Ă  jeudi, cinq manifestants ont Ă©tĂ© tuĂ©s dans des affrontements entre opposants et partisans du chef de l’Etat, Mohamed Morsi. Quatre manifestants ont Ă©tĂ© tuĂ©s par balle et l’un après avoir étĂ© atteint près du cĹ“ur par une dĂ©charge de chevrotine, selon l’agence officielle Mena. Le ministère de la santĂ© a indiquĂ© que près de 450 personnes avaient Ă©tĂ© blessĂ©es.

Les Frères musulmans, dont est issu le prĂ©sident, ont Ă©galement fait Ă©tat des dĂ©cès, indiquant avoir perdu cinq de leurs partisans. Cinquante personnes ont, en outre, Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©es, selon le ministère de l’intĂ©rieur.

Des batailles Ă  coups de bâton, de cocktail Molotov et par jets de pierre ont eu lieu toute la nuit, avec de brèves pĂ©riodes d’accalmie, autour du palais prĂ©sidentiel Ă  HĂ©liopolis, et des coups de feu se faisaient rĂ©gulièrement entendre. UlcĂ©rĂ©s par l’incapacitĂ© de la police à ramener le calme, des riverains ont dressĂ© des barricades, comme au plus fort de la “rĂ©volution du Nil” qui mit fin au règne d’Hosni Moubarak.

L’opposition accuse M. Morsi de s’ĂŞtre engagĂ© sur la voie d’un rĂ©gime dictatorial après un dĂ©cret pris le 22 novembre, par lequel il s’est arrogĂ© des pouvoirs exceptionnels et mis ses dĂ©cisions ainsi que la commission chargĂ©e de rĂ©diger la future Constitution Ă  l’abri de tout recours en justice.

Elle proteste aussi contre le projet de loi fondamentale devant ĂŞtre soumis Ă  rĂ©fĂ©rendum le 15 dĂ©cembre, adoptĂ© en toute hâte par cette commission dominĂ©e par les islamistes et qui sape selon elle des libertĂ©s fondamentales tout en ouvrant la voie Ă  une application plus stricte de la loi islamique. M. Morsi affirme que ses pouvoirs Ă©largis sont “temporaires” et destinĂ©s Ă  accĂ©lĂ©rer une transition tumultueuse.

A l’appel des Frères, des milliers de personnes avaient affluĂ© vers le palais dans l’après-midi pour dĂ©fendre le prĂ©sident, dĂ©mantelant les tentes dans lesquelles de petits groupes d’anti-Morsi avaient passĂ© la nuit après une manifestation massive de l’opposition mardi. Des protestations ont aussi eu lieu en province. Des opposants Ă  M. Morsi ont ainsi incendiĂ© des locaux des Frères musulmans Ă  IsmaĂŻliya et Suez.

Un quatrième conseiller du président, Mohammed Esmat Seif Eddawla, a annoncé sa démission en signe de protestation.

Un groupe de responsables de l’opposition s’est rĂ©uni pour dĂ©battre des propositions du vice-prĂ©sident mais son coordinateur, Mohamed Elbaradei, Prix Nobel de la paix 2005, ne s’est dit prĂŞt Ă  les prendre en compte que si le dĂ©cret du 22 novembre est abrogĂ©. “Nous sommes prĂŞts au dialogue si le dĂ©cret constitutionnel est annulĂ© (…) et si le rĂ©fĂ©rendum sur la Constitution est reportĂ©”, a annoncé Mohamed ElBaradei, qui a accusĂ© Mohamed Morsi et son gouvernement d’ĂŞtre “entièrement responsables” des violences.

Le Monde.fr  | 06.12.2012

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