La police disperse une marche anti-immigrés en Afrique du Sud

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Une marche pour la paix contre la xénophobie a lieu à Durban, en Afrique du Sud, 16 avril 2015.Une marche pour la paix contre la xénophobie a lieu à Durban, en Afrique du Sud, 16 avril 2015

Près de 500 personnes qui manifestaient vendredi à Pretoria contre les immigrés ont été dispersées à coup de balles en caoutchouc et de grenades assourdissantes et lacrymogènes près du ministère de l’intérieur,

La police sud-africaine a dispersĂ© vendredi Ă  Pretoria une manifestation anti-immigrĂ©s sous haute tension organisĂ©e dans la foulĂ©e d’une vague d’incidents violents qui ont ravivĂ© le spectre des Ă©meutes xĂ©nophobes meurtrières de 2008 et 2015.

Depuis deux semaines, des dizaines de bâtiments occupĂ©s par des Ă©trangers, notamment des NigĂ©rians, et soupçonnĂ©s d’abriter des maisons de passe ou du trafic de drogue ont Ă©tĂ© brĂ»lĂ©s par des riverains en colère Ă  Johannesburg et dans la capitale.

A l’appel d’un collectif d’habitants d’un township de Pretoria, environ 500 personnes se sont rĂ©unies dans la matinĂ©e et ont marchĂ© sur le ministère de l’IntĂ©rieur.

Dans un contexte de fort chĂ´mage et de pauvretĂ©, elles accusent les Ă©trangers de voler leur travail et d’encourager la criminalitĂ©.

“Les gens en ont ras-le-bol de ceux qui amènent la drogue Ă  la jeunesse et toute la criminalitĂ© qui va avec”, a dĂ©clarĂ© Ă  l’AFP un des manifestants, qui a refusĂ© de donner son identitĂ©.

DĂ©ployĂ©e en masse autour du ministère de l’IntĂ©rieur, la police anti-Ă©meute a dispersĂ© la foule qui s’en approchait Ă  grands renforts de balles en caoutchouc et de grenades assourdissantes et lacrymogènes, a rapportĂ© un journaliste de l’AFP.

Les forces de l’ordre se sont ensuite dĂ©ployĂ©es dans le quartier pour Ă©viter tout incident avec des immigrĂ©s.

“Nous n’avons pas peur de nous battre”, a assurĂ© Ă  l’AFP un immigrĂ© originaire du Zimbabwe, Clement Melfort, 26 ans, venu observer Ă  distance la manifestation.

La police a notamment repoussĂ© une petite foule de Somaliens qui s’en est prise aux manifestants.

“Nous ne voulons que la paix”, a lancĂ© l’un d’entre eux, Mohamed Abdi, 31 ans. “Les gens disent que nous les Ă©trangers, nous vendons de la drogue. Personne ne pourrait vendre de la drogue ici”, a-t-il protestĂ©, “qu’ils viennent fouiller nos magasins”.

Dans une dĂ©claration diffusĂ©e par ses services quelques heures avant la manifestation, le prĂ©sident Jacob Zuma a “appelĂ© les citoyens sud-africains et les Ă©trangers Ă  la mesure” et condamnĂ© “fermement les actes de violence”.

– Profonde prĂ©occupation –

Jeudi, son ministre de l’IntĂ©rieur Malusi Gigaba avait lui aussi appelĂ© “tous les Sud-Africains Ă  prendre leurs distances avec la rhĂ©torique ou les actions xĂ©nophobes”.

Le chef de l’Etat a toutefois reconnu la “profonde prĂ©occupation exprimĂ©e dans de nombreux quartiers par les Sud-Africains Ă  propos de la criminalitĂ© qui dĂ©stabilise les communautĂ©s”.

“Notre peuple ne peut plus continuer Ă  vivre dans la peur comme ça”, a-t-il poursuivi, promettant de renforcer la lutte contre le crime et contre le travail au noir.

La récente vague de violences a suscité une crise diplomatique avec le Nigeria, dont les ressortissants sont souvent la cible.

Abuja a convoquĂ© jeudi l’ambassadeur sud-africain pour lui faire part de sa “profonde prĂ©occupation” et exiger des mesures de protection de “vies et des biens des Ă©trangers”.

Jeudi, des étudiants nigérians ont défilé en représailles dans la capitale nigériane, notamment devant les sièges des entreprises sud-africaines Multichoice (fournisseur de télévision par satellite) et MTN (téléphonie mobile).

“Tous les Sud-Africains du Nigeria doivent partir dans les quarante-huit heures, sinon nous ne serons plus en mesure de garantir leur sĂ©curitĂ©”, a menacĂ© leur responsable, Aruna Kadiri.

De nombreuses ONG d’aide aux Ă©trangers avaient demandĂ© aux autoritĂ©s sud-africaines d’interdire la manifestation de vendredi qui, selon elles, ne pouvait que “renforcer les attitudes xĂ©nophobes et les attaques”.

“Nous avons peur parce que nous connaissons les Sud-Africains”, a confiĂ© jeudi soir Ă  l’AFP un immigrĂ© de Pretoria, Alain Bome, 47 ans, originaire de RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo. “Nous avons dĂ©cidĂ© de ne pas quitter notre domicile”.

Les flambĂ©es de violence anti-immigrĂ©s sont rĂ©currentes en Afrique du Sud, qui accueille des millions d’Ă©trangers venus de tout le continent, souvent illĂ©galement.

En 2015, sept personnes sont mortes lors de pillages visant des commerces tenus par des étrangers à Johannesburg et à Durban. En 2008, des émeutes xénophobes avaient fait 62 morts.

Publié: le 24-02-2017 par rfi

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