Pourquoi Poutine veut-il faire battre Hillary Clinton ?

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Pourquoi Poutine veut-il faire battre Hillary Clinton ?
En 2012, Vladimir Poutine fraîchement élu à la présidence accueille la secrétaire d'État Hillary Clinton à Vladivostok. Celle-ci avait mis en cause le caractère démocratique de l'élection présidentielle russe. © © POOL New / Reuters

Le prĂ©sident russe profite de la faiblesse d’un pouvoir amĂ©ricain en bout de course pour rĂ©gler ses comptes avec l’ancienne secrĂ©taire d’État.

Juste avant de quitter le DĂ©partement d’État pour passer le relais de la diplomatie amĂ©ricaine Ă  John Kerry en janvier 2013, Hillary Clinton avait adressĂ© une dernière note Ă  Barack Obama. Elle lui disait que l’espoir nourri au dĂ©but de son mandat de repartir Ă  zĂ©ro avec la Russie Ă©tait un Ă©chec. Elle lui conseillait de tenir une ligne plus ferme avec Moscou, aussi bien sur la Syrie que sur l’Ukraine et les pays baltes, et de ne pas paraĂ®tre trop conciliant avec Poutine. Quelques mois plus tard, un Obama bien trop vellĂ©itaire pour cette partie de sauvages qu’est la crise en Syrie avait calĂ© quand Assad, l’alliĂ© de Poutine, avait franchi « la ligne rouge », pourtant fixĂ©e par le prĂ©sident amĂ©ricain lui-mĂŞme, de l’utilisation d’armes chimiques contre son peuple. L’ancienne secrĂ©taire d’État n’avait pas cachĂ©, en privĂ©, tout le mal qu’elle pensait d’un tel reniement de son prĂ©sident. Autant de signaux pris par Moscou comme des actes d’hostilitĂ© de sa part.

Ce n’Ă©tait pas la première fois qu’Hillary Clinton donnait prise Ă  l’animositĂ© des dirigeants russes. DĂ©jĂ  dans la campagne de 2008, qui l’avait opposĂ©e Ă  Obama pour la Maison-Blanche, elle avait, dans plusieurs de ses discours, reprochĂ© au sĂ©nateur de Chicago son inexpĂ©rience en politique Ă©trangère et sa « naĂŻveté » quand il parlait des relations des États-Unis avec la Russie. Puis, quand Poutine s’Ă©tait fait rĂ©Ă©lire en 2012  pour un troisième mandat, la secrĂ©taire d’État avait fait savoir tout le mal qu’elle pensait d’un processus qui n’avait de dĂ©mocratique que les apparences.

Pas surprenant, donc, que ce soit d’abord le processus Ă©lectoral amĂ©ricain que Poutine ait moquĂ© pour rĂ©pondre aux attaques dont il avait Ă©tĂ© l’objet. « Ces grands Ă©lecteurs qui, le 8 novembre, vont choisir le prĂ©sident, vous appelez cela de la dĂ©mocratie ? » a-t-il fait mine de s’interroger en juin.

Puis, dans le courant de l’Ă©tĂ©, les attaques se sont faites plus concrètes et plus ciblĂ©es contre la candidate dĂ©mocrate. « Les services amĂ©ricains enquĂŞtent sur une opĂ©ration russe pour dĂ©sorganiser l’Ă©lection prĂ©sidentielle », titre dĂ©but septembre leWashington Post. En fait, il s’agit de cyberattaques contre le serveur du Parti dĂ©mocrate suivies de la publication de 20 000 courriels qui auraient dĂ» rester confidentiels. Et cela s’accompagne d’une intrusion dans les listes Ă©lectorales d’au moins deux États, l’Illinois et l’Arizona. Ce qui ouvre la possibilitĂ© de les modifier et de fausser le rĂ©sultat. Avec Ă  chaque fois, selon le contre-espionnage amĂ©ricain, « l’empreinte » de deux organisations de piratage russes liĂ©es l’une au FSB (successeur du KGB), « Cozy-Bear », l’autre au renseignement militaire, « Fancy-Bear ».

Jeter un soupçon sur l’Ă©lection

Le problème est que Donald Trump, au lieu d’ĂŞtre du cĂ´tĂ© de son pays et de se solidariser avec sa concurrente, prend carrĂ©ment le parti des Russes en leur suggĂ©rant de poursuivre leur travail de hacker et de rendre publics les courriels personnels d’Hillary. « Leur contenu, affirme-t-il, feront le bonheur des mĂ©dias. » « Une dĂ©claration, dit l’ancien secrĂ©taire Ă  la DĂ©fense LĂ©on Panetta, qui revient Ă  demander Ă  un adversaire de faire de l’espionnage sur une affaire intĂ©rieure amĂ©ricaine pour peser sur l’Ă©lection de novembre. »

Et Trump continue Ă  en faire des tonnes pour aller dans le sens de son ami Poutine, en faisant remarquer lors d’une confĂ©rence de presse en Floride « qu’il faut peut-ĂŞtre rĂ©flĂ©chir Ă  ĂŞtre plus souple sur la condamnation de l’annexion de la CrimĂ©e par la Russie ». Il avait dĂ©jĂ  fait savoir qu’il faudrait revoir la solidaritĂ© automatique prĂ©vue par l’Otan pour les pays baltes, « car il faudrait d’abord vĂ©rifier qu’ils ont rempli leurs obligations financières Ă  notre Ă©gard ». Ce qui lui vaudra cette remarque cinglante d’Obama : « Quand l’AmĂ©rique fait une promesse, elle n’accompagne pas ses engagements d’une Ă©tiquette avec leurs prix. »

Maintenant que les sondages semblent, avant le deuxième dĂ©bat, dimanche, favoriser Hillary Clinton, la crainte revient que les Russes ne passent Ă  une autre Ă©tape de leur opĂ©ration de dĂ©stabilisation : si la candidate dĂ©mocrate l’emporte le 8 novembre, ils pourraient multiplier les opĂ©rations de piratage et les rumeurs autour de rĂ©sultats tronquĂ©s afin de faire planer un doute sur le caractère dĂ©mocratique de l’Ă©lection de la prĂ©sidente. Le système Ă©lectoral amĂ©ricain, qui reste artisanal comme l’avait montrĂ©, en Floride, l’Ă©lection contestĂ©e de George Bush contre Al Gore en 2000, pourrait se montrer terriblement vulnĂ©rable, une fois encore. Surtout si des gangs de hackers tĂ©lĂ©commandĂ©s par la Russie profitaient de ses failles. Donald Trump a par avance donnĂ© le ton et annoncĂ© son angle de contestation des rĂ©sultats  : « Une victoire d’Hillary Clinton, a-t-il dit, serait tout simplement la preuve d’un système truquĂ©. »

 Publié le 07/10/2016 à 06:21 | Le Point.fr
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2 COMMENTAIRES

  1. Le monde n’aura de salut que dans la paix et le respect de la dignitĂ© humaine bafouĂ©e par l’Ă©gotisme suprĂ©matiste des plus forts de la terre.
    A chacun son problème!!!!

  2. DU BLAH BLAH QU’ILS ELISENT LEUR PRESIDENT POUTINE N’A RIEN DEDANS, DE TOUTE FACONS IL FERA FACE A UN USA PREDATEUR ET AFFAME DE SA SUPPREMATIE BLANCHE

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