Procès Obiang: les accusations fracassantes d’un mercenaire contre Soros et Bourdon

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Procès Obiang: les accusations fracassantes d'un mercenaire contre Soros et Bourdon
Le financier et philanthrope américain George Soros le 27 avril 2017 à Bruxelles / © POOL/AFP/Archives / OLIVIER HOSLET
Le mercenaire anglais Simon Mann, impliquĂ© dans une tentative de coup d’État en 2004 contre le prĂ©sident Ă©quato-guinĂ©en Teodoro Obiang, a accusĂ© lundi le financier amĂ©ricain Georges Soros et l’avocat de Transparency William Bourdon d’avoir voulu renverser le rĂ©gime.

Simon Mann, 65 ans, Ă©tait citĂ© par la dĂ©fense de Teodorin Obiang, fils du prĂ©sident Ă©quato-guinĂ©en, jugĂ© Ă  Paris dans l’affaire des biens mal acquis, devant le tribunal correctionnel de Paris.

CondamnĂ© Ă  34 ans de prison en GuinĂ©e Ă©quatoriale pour la tentative de coup d’État, Simon Mann a Ă©tĂ© graciĂ© par le prĂ©sident Obiang puis libĂ©rĂ© en 2009.

“Je n’ai pas de preuve Ă©crite”, a-t-il averti avant de livrer son rĂ©cit. A la barre, le sexagĂ©naire en costume sombre a affirmĂ© avoir en 2011 “averti” le prĂ©sident Obiang que le financier amĂ©ricain “George Soros et William Bourdon”, ainsi que deux autres protagonistes du coup d’État ratĂ© de 2004, l’opposant en exil Severo Moto et l’homme d’affaires Ely Khalil, “avaient l’intention de renverser le gouvernement”.

“J’ai expliquĂ© au prĂ©sident que ça pouvait ĂŞtre par n’importe quel moyen”, a-t-il poursuivi. Selon lui, le prĂ©sident Obiang lui a alors produit un email de 2007, “du bureau d’Ely Khalil Ă  M. Bourdon, qui mettait en cause le comportement du vice-prĂ©sident”, Teodorin Obiang.

– “ExtrĂŞme gravitĂ©” –

Parlant avec calme mais semblant bouillir de l’intĂ©rieur, William Bourdon, qui dĂ©fend l’ONG Transparency international France, partie civile au procès, a dĂ©noncĂ© un “procĂ©dĂ© qui atteint le paroxysme de la salissure”, un procĂ©dĂ© d’une “extrĂŞme gravitĂ©”. Il a demandĂ© que ces mises en cause soient actĂ©es, annonçant qu’il se rĂ©servait la possibilitĂ© d’engager des poursuites.

Selon Simon Mann, ceux qu’il a dĂ©signĂ©s envisageaient “toutes les options, y compris lĂ©gales”. QuestionnĂ© par la prĂ©sidente, il a affirmĂ© qu’il n’avait pas Ă©tĂ© payĂ© pour sa dĂ©position devant le tribunal, mais dĂ©frayĂ©.

L’avocat de Teodorin Obiang, Me Emmanuel Marsigny, a ensuite versĂ© aux dĂ©bats le fameux email de 2007, expliquant qu’il l’avait obtenu car il se trouvait dans les pièces de la dĂ©fense du CCFD Terre Solidaire, qui avait Ă©tĂ© poursuivi par le prĂ©sident Ă©quato-guinĂ©en en diffamation.

William Bourdon a alors soulignĂ© que son contradicteur procĂ©dait ainsi en sachant qu’il n’avait “pas la libertĂ©” de se dĂ©fendre, sauf Ă  violer le secret qui s’impose Ă  lui dans le cadre d’un incident disciplinaire entre avocats survenu il y a plusieurs annĂ©es.

Avant cet incident, le tribunal a vu dĂ©filer Ă  la barre plusieurs tĂ©moins des parties civiles. Entrepreneurs, journalistes, ils ont Ă©voquĂ© la rĂ©pression, dĂ©crit la GuinĂ©e Ă©quatoriale comme un pays oĂą règnent la “cleptocratie” et la “corruption”.

Des dĂ©veloppements qui ont parfois conduit l’avocat du prĂ©venu, Me Emmanuel Marsigny, Ă  pester: “On perd notre temps”. RĂ©plique de Me Bourdon: “Vous vous prenez pour un juge Ă  Malabo, Marsigny”.

Un journaliste Ă©quato-guinĂ©en, exilĂ© en Espagne, a affirmĂ© qu’il Ă©tait dans son pays “interdit de faire voir au peuple ce qui se dĂ©roule ici” devant la justice française.

Daniel Lebègue, prĂ©sident d’honneur de Transparency, partie civile, a quant Ă  lui estimĂ© que l’argent “appartient aux citoyens de GuinĂ©e Ă©quatoriale qui en ont Ă©tĂ© privĂ©s et volĂ©s”. Selon lui, ce dossier “emblĂ©matique aura et a dĂ©jĂ  un Ă©cho immense non-seulement en Afrique mais partout dans le monde oĂą des gens luttent pour un État de droit et pour faire reculer la corruption”.

Le procès de Teodorin Obiang, accusĂ© de s’ĂŞtre frauduleusement bâti en France un patrimoine considĂ©rable, est prĂ©vu jusqu’au 6 juillet.

(©AFP / 27 juin 2017 08h21)

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