RDC: émotion à Bukavu après l’agression et le départ du Dr Mukwege

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Le Dr Denis Mukwege, 30 janvier 2009 à Stockholm

Les patients et l’encadrement de l’hôpital Panzi à Bukavu (est de la RD Congo) expriment leur émotion devant la tentative d’assassinat et le départ du Dr Denis Mukwege, pionnier du traitement des femmes victimes de violences sexuelles, mais l’établissement affirme que le service gynécologique va pouvoir fonctionner.

Dans la soirée de jeudi, plusieurs hommes armés se sont introduits chez lui et ont tué un domestique avant de s’enfuir. Le Dr Mukwege, nominé plusieurs fois pour le Prix Nobel de la paix et qui a reçu notamment le prix de l’ONU pour les droits de l’homme, a quitté samedi la RDC pour le Burundi. Marqué par l’épreuve, il pourrait aller se reposer en Belgique, a indiqué dimanche l’agence Belga.

Selon Ephrem Bisimwa, chargé de communication de l’hôpital Panzi, situé à l’extérieur de la ville, “il n’y a pas de problème parce que l’administration est bonne” et “nous avons beaucoup des gynécologues ici qui assurent la continuité”. Mais, dit-il, “tout le personnel souhaite que la sécurité de sa famille soit garantie afin qu’il rentre à son lieu de travail”.

“Nous sommes très affectés par son départ brusque et nous avons espoir que les autorités vont s`impliquer pour son retour rapide en lui garantissant la sécurité, c’est ça notre prière”, souligne une cadre de l’hôpital.

Dans la salle d’attente, une petite paillote, plusieurs femmes se pressent et parlent des violences dues notamment à une nouvelle rébellion dans les provinces du Nord et Sud-Kivu, frontalières du Rwanda.

Njabuka Mathy, une patiente, explique : “Mukwege était devenu plus qu’un parent, grâce à lui plusieurs vies humaines ont été sauvées (…) il faut que le gouvernement sécurise la population”.

“C’est vraiment très regrettable”, déclare une autre malade, Yvette Nsimire. “Mukwege vient de partir brusquement alors que l’insécurité règne de nouveau dans les territoires”. Chaque année, le service de lutte contre les violences sexuelles, le plus important de l’hôpital Panzi, reçoit 3.000 femmes.

Denis Mukwege soignait Chouchou Namegabe, qui déplore “une grande perte, parce que là où il va, il ne va pas servir, c’est nous ici qui avons besoin de lui. Nous demandons au gouvernement de le sécuriser et de sécuriser sa famille pour qu’il rentre vite car c’est la communauté congolaise qu’il doit servir. Surtout, il y a des vulnérables qu’il soignait gratuitement et qui ont besoin de lui”.

Une autre de ses patientes, Ridelphine Katabesha, “regrette d’abord qu’il soit parti brusquement”. “Certes il y a d’autres gynécologue à Panzi mais je ne pense pas qu’ils seront aussi efficaces que Mukwege”.

La société civile du Sud-Kivu prépare une journée “ville morte”, mercredi, pour protester contre cette agression et l’insécurité à Bukavu où au moins quatre assassinats se sont produits ces derniers jours. Aucun chiffre des viols commis ces dernier mois ou des patientes hospitalisées n’a pu être obtenu mais à Goma, la capitale du Nord Kivu, un autre gynécologue a estimé qu’environ 5.000 femmes avaient été violées depuis le début de l’année 2012 avec la recrudescence de l’instabilité dans la région.

Le Dr Mukwege est membre fondateur de la “Campagne internationale pour mettre fin aux viols et à la violence fondée sur le genre en situation de conflit” qui, depuis son lancement en mai 2012, a réuni des centaines d’organisations à travers le monde.

Les membres de ce collectif ont, dans un communiqué, émis la crainte que cette “tentative d’assassinat puisse avoir un lien avec les activités du Dr Mukwege qui, en septembre, avait soutenu le plaidoyer pour la Campagne à l’ONU où il a mis en lumière la montée des viols et de la violence fondée sur le genre dans l’est” de la RDC.

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