Royal à l’Ecologie : son bilan de « verditude »

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Il y a 22 ans, « Ségo » était déjà ministre de l’Ecologie. A l’époque, elle voulait mettre les chômeurs au vert. De retour au ministère, quelles seront ses propositions ? Rue89 a jaugé son degré de « verditude ».

 

Segolene Royal
Ségolène Royal dans un véhicule électrique à Chauvigny (86) en novembre 2009 (NOSSANT/SIPA)

 

A quoi va ressembler le ministère de l’Ecologie sous Ségolène Royal ?

Va-t-on assister à une tentative de verdissement des emplois et de la croissance, tout en restant dans une logique productiviste ? Ou à l’amorce d’un changement de modèle de société ?

La première option est fidèle à la vision du monde d’un Hollande ou d’un Montebourg. La seconde plus proche des ambitions d’EELV.

Examen du degré de verditude de Royal à l’aune de quatre épisodes.

 

En 92, la ministre Royal aime les paysages mais pas le bruit

 

En 1992, l’amoureuse du chabichou devient ministre. Les Verts refusent d’entrer au gouvernement ? Qu’importe, elle est la protectrice d’une Venise verte : le Marais poitevin. Cela suffit comme référence.

Elle prend la place de Brice Lalonde, fondateur de Génération écologie et restera un peu moins d’un an en poste avant de se faire balayer par la vague bleue de 1993.

Préserver le paysage : « Chacun à droit à la beauté »

Portée par Ségolène Royal, la loi du 8 janvier 1993 est dédiée à la protection des « paysages » mais ne donne pas de définition juridique de ce terme… Le texte oblige à apprécier l’impact sur le paysage et l’environnement lors de la demande d’un permis de construire.

Dans un entretien au Monde, la ministre a des instants poétiques :

« Il y a un droit à la beauté et il est bon que chacun mesure ses gestes, s’impose des contraintes pour ne pas déposséder autrui du plaisir de voir.

N’est-il pas anormal que l’on puisse tronçonner, en toute impunité, un alignement d’arbres, alors qu’il faut un permis pour démolir une bâtisse délabrée ? »

Après le retour de la droite aux affaires, un projet de loi restructure ces dispositions, provoquant la rage de « Ségo » :

« Il s’agit d’un saut de quinze ou vingt ans en arrière, à l’époque de la prise de conscience de la France défigurée. […] C’est un retour à une sorte d’obscurantisme. »

Plutôt Duflot-compatible : c’est du Vert parfait, suffisamment pénible pour titiller les bâtisseurs, assez flou pour être réécrit par une majorité de droite.

Pollution du bruit : « Dessiner un paysage sonore nouveau »

En décembre 1992, l’Assemblée adopte un projet de loi relatif à la lutte contre le bruit. Une taxe sur les compagnies aériennes doit permettre d’aider les riverains des aéroports à insonoriser leur domicile.

Là encore, « Ségo » a de grands mots :

« Mon ambition n’est pas d’appliquer à quelques nuisances un traitement homéopathique mais de dessiner un paysage sonore nouveau, condition nécessaire de meilleures relations humaines et familiales. »

Plutôt Duflot-compatible : très bon point pour Royal. L’environnement, ce n’est pas juste la protection des lacs et des forêts.

Création d’emplois : « Ségo » met les chômeurs au vert

Pas peur la Royal. Lorsque Pierre Bérégovoy demande à ses ministres de prendre en charge des chômeurs de longue durée, elle présente un plan d’embauche de 35 000 personnes ( !) sous des contrats emploi-solidarité(600 francs à charge de l’employeur public, le reste payé par l’Etat).

Ces chômeurs doivent être dirigés, notamment, vers les parcs nationaux, les réserves naturelles et les associations opérant dans le domaine de l’environnement.

Plutôt Montebourg-compatible : l’Etat vide Pôle emploi (à l’époque l’ANPE). Même si ce n’est pas pour construire des « lavabos bas en eau » ou des « fauteuils en titane », c’est toujours bon à prendre.

Avec l’industrie : « Pas de chantage à l’emploi »

Dans une interview aux Echos, le 3 juin 1992, Ségolène Royal reproche aux industriels leur frilosité en matière d’écologie :

« Les entreprises françaises raisonnent encore trop souvent en termes de coûts. Dès qu’une entreprise est rappelée à l’ordre sur les questions de non-pollution, immédiatement c’est le chantage à l’emploi : “Vous voulez qu’on fasse propre, alors on ferme l’usine.” »

Une semaine plus tard, son collègue à l’industrie, Dominique Strauss-Kahn, lui répond qu’il faut laisser les patrons en paix.

Au même moment se joue le redémarrage du réacteur nucléaire Superphénix : DSK est pour la réouverture, Royal demande qu’on table en priorité sur la sécurité.

Plutôt Duflot-Compatible : Royal prend le risque de créer une « tension amicale » avec son homologue de l’Industrie. L’expérience pourrait lui servir face à Arnaud Montebourg.

Les ordures : « Fermez les décharges »

En juin 1992, « Ségo » défend devant les députés un projet de loi préparé par son prédécesseur. Projet selon lequel en 2002, plus un seul déchet ne devra finir dans une décharge sans avoir été « valorisé » (recyclage, incinération). Le but : fermer 6 700 décharges.

Pour y parvenir, la ministre propose par exemple d’instaurer une taxe sur la mise en décharge. Les revenus doivent permettre aux collectivités de s’équiper pour le traitement des ordures.

Plutôt Duflot-compatible : il y a une vision et un horizon à dix ans (quasi-intenable).

En Poitou-Charentes, elle mise sur la voiture électrique et les maisons en bois

 

En 2004, Ségo prend la tête de la région Poitou-Charentes. A ses yeux, son territoire doit lui servir de laboratoire (pense-t-elle déjà à la présidentielle ?). La bestiole sera écolo, c’est tendance.

Economies d’énergie : « Le premier lycée écologique »

Deux ans après son arrivée, elle choisit le nom du lycée chauffé au solaire et au bois qu’elle est en train de faire construire. Ce sera le « lycée Kyoto ». Pour cause, elle s’est promis de faire respecter dans sa région le protocole du même nom.

La hussarde du Poitou va arroser de subventions tout ce qui touche de près ou de loin à l’écologie : installation de chauffe-eaux solaires, construction de logements sociaux en bois, chaudières agro-combustibles, TER fonctionnant au bio-carburant, etc.

Pour économiser l’eau, elle va jusqu’à couper les fonds destinés à l’irrigation du maïs. Dans un article du Soir, en 2007, le représentant local du Medef prend la mouche :

« Pour elle, il n’y a que deux solutions : soit vous êtes une grande entreprise et vous n’êtes pas respectable, soit vous êtes une petite entreprise et vous êtes adorable, surtout si vous perdez de l’argent ! »

Duflot-compatible : elle réussit même à s’attirer les piques – bien tournées – des patrons en étant traitée d’irresponsable.

La voiture électrique : Ségo danse le Mia

En janvier 2008, le Poitou-Charentes lance un appel à projet pour une voiture électrique à bas coût : 5 000 euros et des rejets CO2 inférieurs à 60 grammes/km. Le constructeur Heuliez est sélectionné.

Manque de bol, le carrossier, installé dans les Deux-Sèvres, connaît vite des difficultés financières. Pour le soutenir, la région entre au capital à hauteur de 5 millions d’euros. En 2013, l’entreprise est placée en redressement judiciaire.

Le 4 juin 2013, Royal rejette la faute sur le gouvernement :

« La voiture électrique, ça ne se vend pas, malheureusement. Même les administrations ne se sont pas équipées, même le ministère de l’Écologie n’a pas acheté de véhicules électriques. C’est dramatique de ne pas croire à la mutation écologique. »

Duflot-compatible : si Royal pouvait arriver en Mia en conseil des ministres, l’ex-patronne des Verts – qui se déplaçait aussi en voiture électrique – y verrait sûrement un signe de complicité…

 

En campagne présidentielle, elle divise son parti sur la fin du nucléaire

 

C’est la foire aux engagements. Lors de la campagne présidentielle de 2007, Ségolène Royal signe la charte de Nicolas Hulot (comme Sarkozy) et met l’environnement en exergue.

Energie : la réduction du nucléaire

En campagne contre Nicolas Sarkozy, la candidate s’engage à suspendre le chantier de l’EPR de Flamanville (Manche) avant un débat public sur la question.

Elle propose de ramener à 50% la part du nucléaire dans la production d’électricité à l’horizon 2020. Les lobbys et le PS gigotent. Finalement, elle cesse de donner des engagements précis.

La candidate laisse aussi planer un doute sur la fermeture de Fessenheim. En 2011, en pleine primaire socialiste, elle affirme rétrospectivement s’être engagée à fermer la plus vieille centrale de France. Elle explique alors vouloir sortir du nucléaire à une échéance de « quarante ans maximum » :

« Quand on nous dit qu’on ne peut pas sortir du nucléaire, c’est tout à fait inexact. […] Ce n’est pas un problème technique, c’est un problème politique. »

Pas tout à fait Duflot-compatible : « Quand c’est flou, il y a un loup », disait la grand-mère de Martine Aubry.

Fiscalité écologique : pas de taxe carbone

En 2007, la candidate Ségolène accepte le principe du « pollueur-payeur » et propose l’instauration d’une fiscalité écologique, par exemple avec une « TVA proche de zéro » sur les éco-industries.

Pourtant, en 2009, elle se frite avec Nicolas Hulot en dégommant le projet de taxe carbone porté par Nicolas Sarkozy :

« [C’est] un impôt absurde, un impôt injuste, un impôt historiquement décalé dans le temps. »

Scénario similaire en 2013. Le PS chouchoute les Verts en leur promettant une« contribution climat énergie ». Contre son camp, Royal moque un « impôt supplémentaire. »

Plus tard, elle apporte un soutien implicite aux Bonnets rouges en qualifiantl’ecotaxe de « mesure absurde ». Dommage, la mesure figurait dans son programme de 2007 sous le nom d’éco-redevance (proposition 61)…

Plutôt Montebourg-compatible : Royal, la pasionaria des classes populaires : ce n’est pas en taxant que l’on changera les comportements.

 

Mise au placard, elle veut pomper Total mais pas le diesel

 

Renvoyée dans son Marais poitevin par les barons du Parti, puis par Trierweiler, Ségolène Royal balance à distance sur la politique menée par son ancien compagnon.

Le diesel : « On ne va pas taper sur la tête des Français »

Joli sujet de discorde avec les Verts. Royal a pris position contre la hausse des taxes sur le diesel, en mars 2013 :

« On a encouragé les Français pendant des années à acheter des voitures diesel, on ne va pas du jour au lendemain leur taper sur la tête avec un impôt supplémentaire. »

Montebourg-compatible : a la même époque, sous les cris d’orfraie des écolos, Arnaud juge que le débat sur le diesel est « clos ».

Notre-Dame-des-Landes  : « Très difficile à faire »

C’était un moyen d’embêter Jean-Marc Ayrault. En 2011, « Ségo » demande une nouvelle étude sur le projet d’aéroport et estime qu’on peut trouver un autre site pour la construction. Deux ans plus tard, elle explique que le projet « sera très difficile à faire ».

Duflot et Montebourg-compatible : message de Cécile : « Je viens de sortir du gouvernement, je vais pouvoir manifester contre l’“Ayraultport”. Avec toi ? »Message d’Arnaud : « Tu as bien raison, il fait chier la terre entière avec son aéroport ».

Gaz de schiste  : l’interdiction pas pour toujours

Position hollandaise s’il en est… En 2011, Ségolène Royal ménage les possibles en se disant à la fois « favorable à l’interdiction » de l’exploitation du gaz de schiste tout en ne verrouillant pas la porte à de futures extractions :

« [Je juge ] nécessaire de poursuivre la recherche sur les procédés d’extraction propres à long terme. »

Ni-Duflot, ni-Montebourg : balle au centre.

Le fond « après-pétrole » : taxer Areva

Dans « Si la Gauche veut des idées » (2008) Ségolène propose de taxer les profits des grands acteurs de l’énergie :

« Je propose la création d’un fonds “ après-pétrole ”, financé par les super-profits de Total et par une partie des excédents d’EDF et Areva (qu’il serait irresponsable de privatiser) pour financer massivement les énergies renouvelables. »

Plutôt Duflot-compatible : On prend aux grands groupes pour financer la transition énergétique.

Rémi Noyon | Journaliste Rue89 (03/04/2014 à 12h15)

 

 

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