Saleh Kebzabo, chef de l’opposition tchadienne : “Le Tchad n’est pas un bon élève en matière de gouvernance”

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Saleh Kebzabo
Saleh Kebzabo, en mai 2001. AFP/Desirey Minkoh

Politique, économie, sécurité, gouvernance… l’opposant numéro un à Idriss Deby, Saleh Kebzabo a une vision critique des 26 ans de gestion du président tchadien. Pour le président du groupe parlementaire de l’Union nationale pour le développement et le renouveau (UNDR), le président Deby n’a pas vocation à développer son pays à travers une gouvernance transparente. “Les ressources du Tchad sont allégrement pillées  par deux familles. Il s’agit de la famille de Idriss Deby et de sa femme”, nous a-t-il confié.

 

Membre de l’International socialiste, le challenger d’Idriss Deby, Saleh Kebzabo a, en marge de la rencontre de haut niveau des socio-démocrates à Bamako, brossé la situation sociopolitique, économique et sécuritaire de son pays à la presse. Dans un entretien à bâton rompu, le président du parti l’Union nationale pour le développement et le renouveau a dénoncé les dérives du gouvernement tchadien qui menace dangereusement les fondements et les valeurs de la République.

Pour l’honorable Kebzabo, le système de gestion des affaires courantes de son pays est marqué par toutes sortes de prédation et de déceptions. “Je crois que le Tchad n’a pas vocation à avoir une réputation, de développer son pays à travers une gouvernance transparente. La puissance militaire africaine est presqu’en ruine”, a-t-il précisé.

Sur le plan économique et social, l’opposant à Deby a estimé que le Tchad est totalement en panne et n’arrive pas à payer ses fonctionnaires à terme échu. “Même l’envoi de mission à l’étranger nous pose problème. Le budget de l’Etat tchadien est fictif”, a-t-il déclaré.

 

Ingérence familiale

Pour M. Kebzabo, “le Tchad est très loin d’être un bon élève en matière de gouvernance. La transparence dans la gestion des affaires courantes laisse à désirer. Il est le seul pays au monde à ne pas avoir un point d’achèvement. Depuis deux ans, les partenaires font la remarque. Le pays n’a qu’un système prédateur. Au jour d’aujourd’hui, il y a deux familles qui pillent allégrement les maigres ressources du Tchad. Il s’agit de la famille d’Idriss Deby et de celle de son épouse. Deby est l’incarnation du pouvoir personnel. Et en matière de séance politique, le pouvoir personnel est le plus mauvais et dangereux pour un pays”, a-t-il souligné.

Selon l’honorable député, le système prédateur est caractérisé par l’accaparement de tous les services financiers du pays par les familles royales. “Toutes les régies financières sont sous son contrôle. Des cadres contre profit gèrent le pays. Ce qui fait que les performances ne sont pas atteintes en matière de recettes financières. Il contrôle tous les secteurs clés. Le système rappelle un système en retard d’une trentaine d’années”, affirmera-t-il.

A en croire le chef de file de l’opposition, le pays d’Idriss Deby ne fait pas mieux. “Un militaire n’a pas vocation à gérer le pouvoir. Avec toutes ses contre-performances, le président ne cherche pas à s’améliorer. Le président fait construire l’armée à son image. En lieu et place d’une armée répondant aux normes internationales, il fait le débat avec l’armée tchadienne pour s’éterniser au pouvoir. Le domaine dans lequel le pays est avancé, c’est l’alcoolisme”.

 

L’opposition soutient les interventions….

Les menaces terroristes touchent toute la bande sahélo-sahélienne et constituent un danger à la stabilité en Afrique. C’est pourquoi les partis de la classe politique de l’opposition du Tchad soutiennent les interventions tchadiennes dans la sous-région.

“C’est la bande sahélo-sahélienne qui est touchée. Et si le Mali tombé en 2012, toute la bande allait subir le coup. Nous avons soutenu l’intervention tchadienne au Mali lors d’une session parlementaire pour bouter les terroristes hors des frontières africaines”, a-t-il expliqué.

Pour Saleh Kebzabo, le groupe Boko-Haram constitue un danger consistant. “Boko-Haram est un mal pour toute l’Afrique, parce qu’il fait partie de la chaîne terroriste. Et quelles que soient les opinions, on ne peut pas soutenir un groupe terroriste”, a-t-il souligné. Avant de dénoncer la passivité de l’ancien président nigérian, Goodluck Jonathan.

“Le groupe est arrivé à occuper le terrain par la faute d’un homme depuis 2009. Il s’agit de l’ancien président Goodluck Jonathan. Il peut être poursuivi pour haute trahison. Cette puissance africaine dont le budget de l’armée équivaut trois fois au budget annuel du Tchad ne devait pas subir ses coups. C’est pour dire que l’opposition tchadienne soutient les interventions”, a-t-il soutenu.

Bréhima Sogoba

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