Sénégal: un mandataire de l’ex-président Wade écroué pour blanchiment d’argent

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DAKAR – Un ancien député sénégalais, mandaté par l’ex-président Abdoulaye Wade pour mener en son nom diverses opérations au Sénégal, a été inculpé notamment pour blanchiment d’argent et écroué après une semaine de garde à vue, a appris l’AFP mardi auprès de son parti.

Alioune Aïdara Sylla, membre du comité directeur du Parti démocratique sénégalais (PDS, formation de M. Wade, opposition), a été entendu lundi par un juge d’instruction qui l’a inculpé de blanchiment d’argent et détournement de deniers publics et placé sous mandat de dépôt, a affirmé un responsable du PDS sous couvert de l’anonymat.

Aucun des avocats de M. Sylla n’a pu être joint par l’AFP.

Selon le quotidien national Le Soleil (pro-gouvernemental) de mardi, l’ex-député est poursuivi pour les délits de blanchiment d’argent, d’escroquerie portant sur des deniers publics et d’association de malfaiteurs.

M. Sylla, par ailleurs homme d’affaires, avait été arrêté dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier à l’aéroport de Dakar en possession, selon Le Soleil, de chèques dont les montants totalisaient près de 3 milliards de FCFA (4,5 millions d’euros). Il avait été placé en garde à vue avant son inculpation puis son incarcération.

Dans un communiqué publié la semaine dernière, le comité directeur du PDS avait dénoncé l’arrestation de M. Sylla.

Selon le parti, il avait été mandaté par l’ex-président Wade, qui a dirigé le Sénégal pendant 12 ans et a quitté le pouvoir en mars 2012, pour toucher deux chèques de banque représentant une assistance financière personnelle d’un montant non précisé, reçue en mai 2012 d’un de ses amis du monde arabe.

M. Wade séjourne à l’étranger depuis plusieurs mois.

Compte tenu du fait qu’il lui est difficile de se déplacer, il a mandaté M. Sylla pour récupérer cette contribution et exécuter diverses opérations, notamment des travaux dans certaines de ses résidences et le remboursement de différentes dettes.

C’est de l’argent que le président Wade a reçu après qu’il a quitté le pouvoir, c’est une contribution privée et absolument traçable. Il n’y a rien de plus clair!, a dit mardi à l’AFP le responsable joint au PDS, refusant de dévoiler le montant en question et l’identité du donateur.

Le PDS accuse le régime de Macky Sall, élu en mars 2012 et qui fut proche d’Abdoulaye Wade jusqu’en 2008 avant d’entrer en conflit avec lui, d’avoir lancé une chasse aux sorcières depuis son arrivée au pouvoir.

Plusieurs responsables du régime de M. Wade, dont son fils et ex-ministre Karim Wade, ont été récemment auditionnés par la gendarmerie ou la justice dans le cadre d’enquêtes sur de présumés enrichissements illicites.

Karim Wade, 44 ans, fait aussi l’objet d’une enquête en France à la suite d’une plainte de l’Etat du Sénégal et visant notamment les qualifications de recel de détournement de fonds publics, recel d’abus de biens sociaux et corruption, selon une source judiciaire.

Après sa cinquième audition par la gendarmerie, mi-novembre, il a été interdit de sortie du territoire, ainsi que six autres dignitaires pro-Wade.

L’Assemblée nationale examine actuellement une demande de levée de l’immunité parlementaire de trois députés: Oumar Sarr, Abdoulaye Baldé et Ousmane Ngom, qui furent tous ministres de M. Wade, visant à permettre leur audition dans le cadre des enquêtes.

Le Parlement a été saisi de cette demande par le procureur spécial de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (CREI), Alioune Ndao, contre lequel le PDS a porté plainte en décembre, en l’accusant notamment de violation du secret de l’enquête et violation de la présomption d’innocence.

(©AFP / 08 janvier 2013 16h11)

 
SOURCE:  du   8 jan 2013.