Sénégal: Réforme constitutionnelle contestée, Dakar plonge dans la violence

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(AFP) –  Les manifestations au Sénégal contre une réforme de la Constitution qui visent, selon ses détracteurs, à faciliter l’élection d’un "ticket" du président Abdoulaye Wade et de son fils, ont tourné jeudi à l’émeute, faisant plusieurs blessés.

Les affrontements les plus intenses se déroulaient jusqu’en début d’après-midi aux abords de l’Assemblée nationale, au coeur du quartier administratif du Plateau, alors que les députés examinaient en séance plénière le projet de loi sur ce très contesté "ticket présidentiel".

Policiers anti-émeutes et gendarmes peinaient à contenir des manifestants en colère, qui continuaient de jeter des pierres, d’allumer des feux sur les voies voisines, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Plusieurs personnes ont été blessées dans ces manifestations, sans qu’il soit toutefois possible dans l’immédiat d’établir un bilan global. Des journalistes de l’AFP ont décompté au moins six blessés aux abords ou à l’intérieur de l’Assemblée: un gendarme, un policier et quatre manifestants.

L’Agence de presse sénégalaise (APS, officielle), de son côté rapporté qu’un de ses journalistes "a dénombré dix blessés, dont un officier de police dans les manifestations" devant l’Assemblée nationale.

Autre blessé: une figure de la société civile, Alioune Tine, président de la Rencontre africaine des droits de l’Homme (Raddho), à la pointe de la contestation contre le projet de réforme constitutionnelle.

Il se trouvait en compagnie de l’ancien ministre des Affaires étrangères Cheikh Tidiane Gadio lorsqu’il a été attaqué par des présumés hommes de main d’un responsable du parti présidentiel, d’après la Raddho et le porte-parole de M. Gadio.

M. Tine "a été blessé et a été admis aux urgences" dans un hôpital proche de l’Assemblée, a précisé à l’AFP Iba Sarr, de la Raddho. M. Gadio en est sorti indemne, d’après son porte-parole Jean-Louis Corréa.

Pour les détracteurs du projet, le président sénégalais tente de favoriser l’accession au pouvoir de son fils Karim, 42 ans, déjà "super ministre".

Le projet envisage qu’"en cas de démission, d’empêchement définitif ou de décès en cours de mandat, le président de la République est remplacé par le vice-président" qui, en tant que nouveau chef de l’Etat, pourra nommer et révoquer le nouveau vice-président.

Des groupes de manifestants ont essaimé à travers la ville, où on assistait sporadiquement à des courses-poursuites avec des policiers. C’est le cas notamment Place de l’Indépendance, endroit stratégique du quartier du Plateau (centre-ville), où se trouve notamment le palais présidentiel.

Certains érigeaient des barricades de fortune avec des poteaux de stationnement, des poubelles ou des plantes en pot.

Dakar ressemblait par endroits à une ville morte, avec des services publics à l’arrêt, des commerces et boutiques fermés, rues vidées de ses piétons, marchands ambulants et véhicules se disputant habituellement les rues.

De temps à autres, on voyait des véhicules de police rouler en trombe d’un foyer de tension à un autre, toute sirène hurlante.

Selon plusieurs témoignages, un annexe du ministère de la Justice et un bâtiment du ministère de l’Industrie situés au Plateau ont été saccagés. Le domicile de Farba Senghor, responsable du parti de M. Wade et un de ses plus fervents supporters, a été incendié.

La France, ancienne puissance coloniale, et les Etats-Unis ont regretté qu"une réforme aussi importante soit présentée aux députés, à quelques mois du scrutin présidentiel, sans grande concertation.

"Les Etats-Unis sont préoccupés par le fait qu’une loi constitutionnelle, qui modifierait de façon aussi fondamentale le système utilisé pour élire le président du Sénégal depuis cinquante ans, ait été proposée sans faire l’objet d’un débat approfondi, significatif et ouvert", selon un communiqué.

Paris s’est également dit "surpris" que la réforme constitutionnelle "n’ait pas été précédée d’une large concertation".

AFP

 

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