Tunisie: un second islamiste meurt en grève de la faim

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Mohamed Bakhti, porte-parole des Ă©tudiants salafistes, le 8 dĂ©cembre 2011 Ă  Manuba, Ă  l’ouest de Tunis
© AFP

Une figure du salafisme jihadiste tunisien, Mohamed Bakhti, est dĂ©cĂ©dĂ© samedi après deux mois de grève de la faim pour protester contre sa dĂ©tention, le deuxième islamiste Ă  mourir ainsi cette semaine, alors que trois autres sont dans un Ă©tat “inquiĂ©tant”

Au total 56 dĂ©tenus, des militants islamistes pour la plupart, sont en grève de la faim dans les prisons de Tunisie pour rĂ©clamer leur libĂ©ration, a indiquĂ© Ă  l’AFP un reprĂ©sentant du ministère de la Justice Fadhel (bien Fadhel) Saihi.

La plupart ont cessĂ© de s’alimenter cette semaine, en soutien Ă  Bechir Gholli et Mohamed Bakhti, les deux militants dĂ©cĂ©dĂ©s. Trois dĂ©tenus qui ne mangent plus depuis le 17 octobre sont nĂ©anmoins “dans un Ă©tat plus ou moins inquiĂ©tant”, selon M. Saihi.

Ce dernier a indiquĂ© que deux d’entre eux “ont dit qu’ils allaient accepter d’arrĂŞter” samedi leur grève.

Le ministère de la Justice a par ailleurs indiqué dans un communiqué avoir reçu samedi de nombreux représentants de la société civile pour trouver une solution à cette crise.

Des nĂ©gociations sont aussi en cours avec les proches et les parents des dĂ©tenus pour aboutir Ă  l’arrĂŞt de cette vaste grève de la faim.

Selon Abdelbasset Ben Mbarek, l’avocat des deux militants morts après près de 60 jours de jeĂ»ne, la situation dans les prisons est plus grave que ne l’admet le ministère de la Justice.

“Entre 300 Ă  400 dĂ©tenus ont lancĂ© une grève de la faim en solidaritĂ©” avec les dĂ©funts, a-t-il dĂ©clarĂ© Ă  l’AFP.

Bakhti et Gholli avaient cessĂ© de s’alimenter fin septembre, quelques jours après leur arrestation pour leur participation prĂ©sumĂ©e Ă  l’attaque de l’ambassade des Etats-Unis par une foule de militants islamistes dont une centaine ont Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©s. Ils rĂ©clamaient leur libĂ©ration.

Le prĂ©sident tunisien Moncef Marzouki a rĂ©agi samedi en annonçant la mise en place d’une commission d’enquĂŞte après ces dĂ©cès.

“J’assume, ainsi que l’appareil de l’Etat, l’entière responsabilitĂ© dans cette tragĂ©die et par consĂ©quent il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© (…) de mettre d’urgence en place une commission d’enquĂŞte indĂ©pendante pour dĂ©terminer les responsabilitĂ©s”, a-t-il dit, selon un communiquĂ©.

La mouvance salafiste jihadiste s’estime victime d’une rĂ©pression injustifiĂ©e et affirme que 900 de ses sympathisants sont emprisonnĂ©s. Le ministère de la Justice fait lui Ă©tat de 168 dĂ©tenus.

Le dĂ©cès de Bakhti est jugĂ© particulièrement sensible car le dĂ©funt Ă©tait une figure de cette mouvance sunnite rigoriste et un proche d’Abou Iyadh, l’organisateur prĂ©sumĂ© de l’attaque contre l’ambassade amĂ©ricaine toujours en fuite.

CondamnĂ© en 2007 Ă  12 ans de prison après des affrontements sanglants entre l’armĂ©e et des islamistes Ă  Soliman, près de Tunis, sous le prĂ©sident Zine El Abidine Ben Ali, Mohamed Bakhti a bĂ©nĂ©ficiĂ© de l’amnistie dĂ©crĂ©tĂ©e après la rĂ©volution de janvier 2011.

Il Ă©tait aussi la figure de proue d’un mouvement de contestation cette annĂ©e Ă  l’universitĂ© de la Manouba (banlieue de Tunis) oĂą des salafistes ont engagĂ© un bras de fer avec la direction de la facultĂ© pour l’obliger Ă  autoriser les Ă©tudiantes Ă  porter le niqab, le voile islamique intĂ©gral.

La mouvance salafiste tunisienne est responsable, selon les autoritĂ©s, de plusieurs coups d’Ă©clat, parfois sanglants, depuis la rĂ©volution.

Fin octobre, deux militants sont morts dans un quartier de la Manouba lors de l’attaque de postes des forces de l’ordre. Le 14 septembre quatre assaillants ont Ă©tĂ© tuĂ©s dans un assaut contre l’ambassade des Etats-Unis.

Aucun incident n’a Ă©tĂ© signalĂ© depuis le dĂ©cès de Gholli.

Abou Iyadh, chef du mouvement Ansar al-charia (Partisans de la charia), avait appelĂ© le 2 novembre ses partisans au calme, tout en mettant en garde les autoritĂ©s contre une “explosion de colère”.

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