Abdoulaye dit Allaye Koita, président de l’association ‘’En Avant’’ : «Il n’y aura pas de Macron malien en 2018…C’est la France qui est à l’origine de la situation sécuritaire actuelle au Mali… »

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Jeune leader politique, banquier de son état, candidat malheureux à l’élection législative partielle organisée dans la circonscription électorale de Mopti en  janvier 2017 après le décès du député  Amadou Yaranangoré, le président du mouvement ‘’En Avant’’ Abdoulaye dit AllayeKoita  nourrit beaucoup d’ambitions pour son pays. Dans unentretien à bâtons rompus, il analyse la situation politique du pays et se prononce sur l’élection présidentielle de 2018. Lisez notre entretien.

Le Tjikan : Pourquoi n’avez-vous pas adhéré à un parti politique ?

Abdoulaye dit AllayeKoita : Je me suis présenté comme candidat indépendant  aux législatives partielles de janvier 2017 à Mopti, car le temps donné pour la convocation du collège électoral ne me permettait pas d’adhérer à un parti politique et pouvoir aller aux élections. Après ces élections, beaucoup de partis m’ont approché pour être un des leurs, mais j’ai décidé  avec la base qui m’a soutenu, d’aller d’abord sous les couleurs d’un mouvement en vue de former une bonne base pour adhérer après à un parti politique. C’est pourquoi, nous avons créé un collectif citoyen  dénommé « En Avant » qui rassemble des personnes engagées partageant un ensemble de valeurs. Ce collectif part du constat selon lequel, les Maliens doivent être au cœur de la vie politique et non son décor.

Qu’est ce qui a motivé votre candidature?

L’état actuel de notre démocratie et de la situation de violence dans notre pays et la manière dont les élus de la nation pour la plupart, votent les lois me laissent sans voix parfois. Souvent, quand je lis les lois qui ont été adoptées, cela me donne vraiment de la chair de poule. Et je me demande souvent que dans un pays comme le Mali où il y a assez d’intellectuels, comment ces lois peuvent passer à l’Assemblée Nationale ?Voilà pourquoi je me suis dit qu’au lieu de rester en marge de la politique pour réfléchir sur des choses que  je ne suis  pas en mesure de résoudre, il faut saisir cette opportunité afin de pouvoir aspirer au changement d’abord au niveau de ma localité. J’allais le faire tôt ou tard car la situation que vit le pays m’exhorte tous les jours à le faire. Je voulais le faire en 2018, mais malheureusement avec le décès du députéYaranangoré, il fallait partir plutôt.

Des problèmes de développement se posent au niveau des communes et des cercles de Mopti. De mon point de vue, nos ressources sont mal exploitées. Même si le député ne gère pas les ressources, il a un droit de regard sur la gestion. J’ai l’impression que le cercle de Mopti n’a pas un porte-parole digne de ce nom à l’Assemblée Nationale. Raison pour laquelle, je suis en train de me préparer pour devenir député en 2018 afin de défendre les intérêts du cercle de Mopti à l’Assemblée Nationale et ceux de  tout le peuple malien.

Quels sont vos projets pour Mopti ?

J’en ai beaucoup pour Mopti. D’abord je vais m’attaquer à la manière dont la viande est exploitée actuellement. Car ce n’est pas normal que le bétail puisse partir sur pieds. Il faut donc que le bétail soit transformé sur place pour permettre de créer des emplois au niveau local à travers la mise en œuvre d’un abattoir moderne.

Concernant les infrastructures routières, je vois que les routes sont très mal entretenues. Pour moi, l’entretien des routes doit être fait au niveau local. Donc une fois à l’Assemblée Nationale,  je veillerai à ce qu’au niveau de la passation des marchés, les entreprises locales soient bénéficiaires. Car  le fait de donner ces travaux aux entreprises étrangères  fait qu’elles sont mal entretenues.

Pour le secteur de la pêche, quand on était enfant, on voyait des centaines de remorques sortir par mois avec du poisson fumé, mais de nos jours, ce système est en train d’être abandonné car les femmes ne sont plus dans les zones rurales mais plutôt urbaines à la quête d’un revenu conséquent. Tandis que les pêcheurs sont en train d’abandonner les filets également parce que la pêche rapporte peu de nos jours. Il faut donc chercher à créer  de la valeur ajoutée autour de ce secteur. Il faudra chercher une manière de congeler les poissons afin qu’ils puissent être importés ou exportéscomme les poissons de mer. Quant à l’agriculture, Mopti étant une zone inondée, nous devrons pouvoir faire de l’agriculture durant les 360 jours de l’année et non seulement pendant l’hivernage. Pour cela, il faut donc un système d’aménagement, c’est-à-dire  faire en sorte que l’eau draine dans les canaux normalement pour se diriger vers les champs durant toute la période de l’année.

Avez-vous déjà fait des réalisations au niveau local?

Cette question m’a été posée durant la campagne pour les législatives partielles par la population. Certains m’ont demandé pourquoi je ne suis pas venu très tôt pour organiser des compétitions de football? Pour moi, c’est se voiler la face car si on a des idées, on n’a pas besoin d’organiser des coupes pour se faire connaitre. C’est avec des projets de développement qu’on doit pouvoir convaincre les populations comme le cas d’Emmanuel Macron en France. Même si il n’est pas mon model de candidat car je me suis présenté à l’élection avant lui. Je ne me laisse pas influencer car si on croit en ses idées et en son électorat, on n’a rien à craindre.

Que pensez-vous de la situation sécuritaire à Mopti ?

La situation que vit le Mali est scandaleuse. Ce n’est pas à Mopti seulement que ça se passe. Et c’est dommage que les autorités ne fassent rien de positif pour une quelconque résolution de la situation. Je pense que les autorités ont failli parce que nous connaissons tous ce qui est à l’origine de cette situation sécuritaire au Mali. Ne nous voilons pas la face, c’est la France. Ce n’est pas une accusation fortuite contrairement à ce que pensent plusieurs personnes. Ayons le courage de le dire. La preuve : quand on a posé la question à Macronpour savoir quand est-ce que l’armée malienne sera à Kidal, il a dit que la situation n’était pas propice à cela. Comment un Etat souverain peut demander à une force étrangère quand est-ce son armée sera déployée sur une portion de son territoire ?

Avez-vous des solutions à proposer ?

Nous savons ce que veut la France. C’est l’exploitation de nos richesses au Nord et honnêtement, il s’avère qu’on n’est pas en mesure de les exploiter nous-mêmes, faute de moyens. Pourquoi ne pas les appeler et signer un contrat avec le groupe Total  pour l’exploitation du pétrole et avec Aréva pour l’exploitation de l’uranium? Je suis persuadé qu’ainsi, les conflits vont s’arrêter. Donc, il faut que le Mali accepte cela pour gagner sa paix au bénéfice des populations.

La situation sécuritaire au Centre du pays est une diversion et un moyen stratégique pour mettre l’Etat sous pression et amener son armée meurtrie à s’occuper du Centre afin qu’ils puissent mieux s’installer confortablement au Nord du Mali. C’est pourquoi, ils ont créé Amadou Kouffa. Sans oublier un certain N’golo Diarra qui tente de semer la zizanie dans le cercle de Nara. Et si on ne fait pas attention, il y aura la création de ces groupuscules dans toutes les régions du Mali et pourquoi pas dans la capitale ? Donc, il faut se ressaisir car il n’est pas trop tard. Nous dévons accepter de signer des contrats avec les entreprises françaises qui vont créer certainement des emplois pour les populations. Et cela profitera à l’Etat également.

Quelle lecture faites-vous du projet de  révision constitutionnelle ?

Je suis contre le projet de révision constitutionnelle car le moment est inopportun et je ne vois pas la nécessité. Par rapport au fond aussi, je pense que ce n’est pas normal d’y mettre les accords de Kuru Kan Fuga et celles du COP21 et COP22. C’est une violation de la Constitution du Mali.

Peut-on s’attendre à un ‘’effet ‘’Macron’’ en 2018 au Mali ?

Avec la victoire de Macronen France, chacun veut l’imiter or, l’exception est une chose qui ne se produit qu’une fois. Il n’y aura pas de Macron malien, c’est sûr. En 2018, les gens vont voter pour un candidat qui est plus connu en politique depuis plusieurs années. Dire qu’on aura un « jeune providentiel » en place comme lui au Mali, cela va  me surprendre. Je suis sûr que si IBK se présente, il part favori même si les gens en ont marre de la situation qui prévaut sur le territoire.

Croyez-vous  que l’opposition joue bien son rôle au Mali ?

Je pense que cette opposition n’existe pas. A part quelques interpellations, quelques motions de censure à des voix discordantes, car on ne doit même pas demander une motion de censure lorsqu’on n’est pas sûr des voix qu’on a. Depuis qu’IBK est venu au pouvoir, on n’a pas assisté à un seul débat entre les deux parties. A la première année de l’avènement de la démocratie, il y avait une opposition parlementaire forte avec les MountagaTall et autres.

Quel conseil donnez-vous aux acteurs politiques et aux électeurs?

Les acteurs politiques doivent se ressaisir car ils ont déçu les populations. Quand j’ai été me présenter, on me disait que les politiciens sont tous les mêmes. Certes, nous sommes tous les mêmes mais il faut que cette mentalité change. Et c’est au peuple de le faire en ne votant plus jamais pour quelqu’un qui n’a pas de projet de développement réalisable. Pour cela, il faudra que le peuple change de comportement en refusant les achats de conscience avec des miettes le jour des élections. Les populations doivent se donner le temps d’écouter ceux qui  proposent des idées de développement pour le bien-être de leurs localités en particulier et celui du Mali en général.

Je suis sûr qu’un jour viendra où les gens voteront pour les programmes. La preuve, lors des élections passées, je n’ai donné aucun franc symbolique à quelqu’un pour qu’il aille voter pour moi. Et ce n’est pas en 2018 que je vais le faire même si je dois être le dernier parce que je crois en mon programme. Je crois aussi au changement et c’est aux hommes politiques et aux électeurs de le faire pour qu’enfin, la confiance puisse régner entre eux.

Un appel à lancer ?

Je m’adresse d’abord au président de la République. Le peuple aspire à la paix. Même s’il y a les routes, si la paix ne règne pas, elles vont se dégrader. L’insécurité règne au Centre du pays. Alors, qu’il entame des négociations avec Iyad AgGhaly, Amadou Kouffa et avec qui de droit pour que nous puissions quitter cette terrible situation.  Il doit également songer à baisser les dépenses de l’Etat.

Propos recueillis par Moussa Sékou Diaby

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4 COMMENTAIRES

  1. Si lui aussi veut venir nous raconter que jalouse du Mai, l’humanité toute entière s’est fédéré contre nous, quel changement peut-on espérer de lui ? Si les Français n’ont pas élu MACRON parce qu’il leur a dit qui est responsable de leurs carences, il l’ont élu pour ce qu’il leur a promis.

  2. Le MALI est victime de son aventurisme politique. Il est temps pour nous de comprendre que la stratégie de Defense et les relations économiques sont intimement liées.

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