Annadif Mahamat Saleh, Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies au Mali : « Les membres du Conseil de sécurité ont suffisamment de la matière pour prendre une résolution à la hauteur des attentes des Maliens »

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Quelques heures après la visite d’une délégation du conseil de sécurité des Nations Unies au Mali, nous avons rencontré le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies au Mali, Annadif Mahamat Saleh qui a bien voulu nous accorder une interview. Dans cette interview réalisée au siège de la Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation du Mali) sis à l’Hôtel de l’Amitié de Bamako, le patron de la Mission Onusienne au Mali évoque l’urgence et les écueils de la mise en œuvre rapide de l’accord pour la paix et la réconciliation nationale au Mali issu du processus d’Alger. Le prochain forum de Kidal et ses exigences, la situation sécuritaire, le mandat de la Minusma et la résolution attendue du conseil de sécurité pour un mandat plus robuste, la lutte contre l’impunité au Mali, le processus de DDR (Démobilisation-désarmement-réinsertion) et bien d’autres sujets sont passés au peigne fin. A lire !

Le Républicain : quel bilan peut-on tirer de la visite de la délégation du Conseil de sécurité des Nations Unies au Mali ?

Annadif Mahamat Saleh : Il aurait été plus aisé de laisser les quinze membres du conseil de sécurité de tirer le bilan parce que je me considère comme quelqu’un ici qui les a reçus. Mais globalement on peut dire qu’ils sont rentrés satisfaits de leur mission ici. Quelles étaient leurs attentes avant de venir ici ? Vous savez, la Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation du Mali) est ici, parce que le conseil de sécurité a voté différentes Résolutions pour le créer, notamment, la Résolution 2227, la dernière qui donne le mandat de la Minusma. Ils sont satisfait parce qu’ils sont d’abord venus sur le terrain, ils ne se sont pas arrêtés à Bamako, ils sont partis à Mopti et à Tombouctou. A Bamako, ils ont rencontré pratiquement tous les segments de la société malienne. Ils ont rencontré le président de la République, tous les ministres plus ou moins liés avec le dossier (Ndlr, dossier de mise en œuvre de l’accord de paix), la société civile, les associations des femmes, les mouvements armés signataires de l’accord de paix, les gens de la Minusma, l’EUTM et Barkhane. Ils sont satisfait parce qu’ils ont rencontré tous ceux qu’ils voulaient rencontrer.

Des constats notables ?

Du côté de la Minusma, de nos discussions, il est sorti les difficultés que nous rencontrons et comment les résoudre. Côté gouvernement ou les Maliens de façon générale (société civile, mouvements armés), ils ont écouté un même son de cloche y compris les partis de l’opposition à savoir : « nous sommes tous pour la mise en œuvre de l’accord de paix, nous croyons à l’accord de paix, seulement il est lent dans son exécution ».

Quelles sont les raisons de cette lenteur ?

Du coté du gouvernement, ou des mouvements politiques, on justifie pourquoi il y a la lenteur. Mais les autres acteurs, tels que la société civile ou des partis de l’opposition ou de la majorité, nous disent, « poussez les acteurs qui sont impliqués dans la mise en œuvre, accélérez la mise en œuvre ».

Le deuxième point qui est ressorti de leur entretien avec la partie malienne tout segment tout secteur confondu, c’est que la Minusma telle qu’elle opère maintenant autant nous sommes conscient qu’elle a une contribution importante pour la stabilisation et la sécurisation du Mali, autant nous estimons si vous rendez le mandat encore plus robuste pour qu’elle puisse mieux s’acquitter de sa tâche. Les gens ont plus d’attente encore pour la Minusma. Je voudrais dire que les quinze membres du conseil de sécurité voulaient voir tout le monde et ils les ont vus. Ils ont exprimé sans langue de bois leurs préoccupations, leurs attentes. En tout cas je les ai vus très satisfaits de leur séjour. Maintenant la balle est dans leur camp, ils vont repartir à New York, se réunir, nous sommes à la veille d’un certain nombre d’événements importants. Ça leur permettra de décider au moins en connaissance de cause.

Il y a le même son de cloche de part et d’autre mais, qu’est ce qui explique cette lenteur alors que tout le monde est unanime qu’il faut avancer?

J’ai l’habitude de dire que la paix se construit d’abord dans nos têtes. Et les meilleurs textes ne valent que par ceux qui sont censés les appliquer. On a un bon accord tout le monde est unanime mais pour ne pas parler trop la langue de bois, nous avons  senti deux éléments : pour les mouvements, il faut nécessairement que les reformes institutionnelles soient actives. Qu’est ce qu’ils entendent par reformes institutionnelles ? C’est-à-dire qu’ils ont voulu une décentralisation assez poussée. Ils estiment qu’avec la reforme institutionnelle ils auront des exécutifs locaux qui leur permettront de se prendre en charge, de se gérer eux même. Ils estiment que la substance de l’accord se réalisera le jour ou ils auront des exécutifs locaux issus des populations locales pour se prendre en charge. C’est en cela qu’ils nous parlent que l’érection des deux nouvelles régions pour permettre à ce que les administrateurs soient plus proches des administrés. De fait qu’il y a des textes pour que les administrations intérimaires prévues dans l’accord puissent très rapidement se mettre en place pour hisser quelque chose d’extrêmement important.

Du côté du gouvernement, ils disent que c’est un processus législatif qui suit son chemin, nous sommes sur le droit chemin, nous avons fait toutes les consultations. Nous sommes dans un pays démocratique, dernièrement le conseil des ministres du 24 (Ndlr, 24 février 2016) a adopté les textes. Bientôt ils vont passer au niveau de l’Assemblée. C’est le processus normal, mais nous voulons très rapidement mettre en place ces institutions intérimaires. Le gouvernement dit : nous aurions aimé que parallèlement à cela on avance sur la démobilisation, la réinsertion ainsi de suite, dont les préalables sont le cantonnement, le regroupement. Et les mouvements disent : il y a eu suffisamment d’accords, de 1990 jusqu’à maintenant, on a toujours fait des regroupements, ça n’a pas résolu. Faisons les choses ensemble, le jour où il y aura des administrations intérimaires très facilement le cantonnement, le regroupement, le désarmement suivront automatiquement.

Est-ce que tout le monde est de bonne foi ?

La bonne foi se bâtit sur la confiance mutuelle. La confiance mutuelle ne se  décrète pas, elle se sent, elle se vit, elle se construit, se nourrit. Et j’estime, quand j’ai vu dernièrement les chefs de mouvements se regrouper avec le président IBK, ses ministres partager un repas ensemble à l’africaine, à la fin sortir un communiqué pour dire nous nous attachons tous à l’accord de paix, le processus d’Anefis, le processus de Kidal vont être clôturés avec un forum qui va avoir lieu à Kidal où on invitera le gouvernement et d’autres partenaires. Pour moi c’est des signes d’espoir. La confiance comme je l’ai dit est en train de se bâtir, elle est en train de se construire. C’est de là que découle mon optimisme et mon encouragement aux principaux acteurs qu’ils soient gouvernement, partis politiques, pour leur dire  que le temps n’est pas notre allié.

Il a beaucoup été question de DDR. Pouvez-vous nous parler du projet de réinsertion et de l’intégration de certains membres des groupes armés dans les troupes nationales ?

Le DDR (Démobilisation-désarmement-réinsertion), c’est un processus. D’abord, il y a aujourd’hui ce qu’on appelle une commission nationale DDR qui est mise en place. Nous déplorons, que ce soit le gouvernement ou les groupes armés, ils n’ont pas finalisé la composition de cette commission. Nous l’avons noté, nous l’avons souligné aussi bien au gouvernement qu’aux mouvements signataires. Cette commission va déterminer les critères une fois les combattants ou les ex combattants regroupés, désarmés. Quels sont ceux qui sont éligibles pour être intégrer dans l’armée nationale malienne ? Quels sont ceux qui vont être plutôt démobilisés. Peut être éventuellement avec quelque chose pour les aider à se réinsérer. Donc, cette commission, elle est extrêmement importante, parce que c’est elle qui détermine les orientations de tous ceux qui va déterminer l’avenir de ces combattants qu’on va regrouper. Or, j’ai l’impression que jusque là, les gens parlent peu de ça. Est-ce qu’on les  regroupe? Est-ce qu’on va les désarmer ? Je comprends ce souci, parce que les gens estiment qu’il y a beaucoup d’armes dans ce pays, et qu’on ne sait pas qui est qui. Ce préalable qui n’est qu’une formalité pour que le gouvernement donne la liste. Les mouvements donnent leurs listes, on compose la commission. Elle va commencer à travailler pour définir les critères, si bien  quand on aura regroupé les combattants, quand on aura entamé le processus de leurs désarmements, c’est sur ce critère qu’on dit tel est bon pour aller dans l’armée,  tel autre pour aller dans un autre service, tel pour être inséré dans la  vie civile. C’est ce préalable que nous interpellons et le gouvernement et les mouvements armés pour qu’ils commencent ce travail. Nous au niveau de la Minusma on a une expertise, qu’on a déjà mise à leur disposition. Elle est entrain de faire un travail technique, qui devra être nécessairement validé par une commission composée des deux parties. Ce travail est malheureusement en retard.

Il y a le blocage ?

En claire, il ressort de plus en plus que les mouvements disent tant qu’on n’a pas avancé sur les administrations intérimaires, nous n’avançons pas.

La question de l’impunité ?

Soyez sure qu’elle n’est pas perdue de vue. Je vous ai dit que c’est cette commission qui va déterminer s’il ya des gens qui sont poursuivis pour tels ou tels crimes. C’est cette commission là qui aura la charge de déterminer qui va être dans l’armée et qui ne  le sera pas.

On s’interroge beaucoup, comment vous allez concilier à la fois cette intégration et la lutte contre l’impunité ?

Dans tout accord de paix entre mouvements et un gouvernement. On dit toujours « sauf les personnes poursuivies pour telles ou telles choses ». Mais accusé quelqu’un et apporter les preuves sont deux choses différentes. Donc tout accusé est présumé innocent jusqu’à ce qu’on prouve sa culpabilité. C’est aussi une règle du droit. J’espère que la commission aura à éplucher les dossiers de tout un chacun. Car nous sommes soucieux de savoir qui est qui dans cette phase là. Nous serons attentifs à ce qui va se passer.

Dans un contexte d’insécurité où l’ombre d’Iyad Ag Ghaly planerait sur le forum, comment vous entrevoyez la tenue de cette rencontre à Kidal et la question djihadiste ? 

Nous nous trouvons en face de deux camps. Le camp de la paix qui regroupe le gouvernement du Mali, les mouvements signataires de l’accord pour la paix. Et le camp des terroristes dans lequel se classe malheureusement le type dont vous parlez. Eux, ils se sont positionnés clairement pour dire qu’ils sont contre l’accord de paix et qu’ils feront tout pour empêcher sa mise en œuvre.  Que ce soit les attaques suicides qu’ils revendiquent, que ce soit les autres actions qui font peur aux populations. Et pratiquement aujourd’hui les gens rodent autour de Kidal dans la peur.

Est-ce qu’on sait pourquoi ils sont contre ?

Là, il est difficile pour moi de le dire. Si je te réponds sur cette question c’est comme si je justifie tous les actes terroristes qu’ils commettent. Est-ce que quand quelqu’un prend une ceinture explosive qu’il vient exploser je peux expliquer pourquoi il explose. Ça m’étonnerait. Donc, ce qui est sûr, c’est des gens qui sont imbus par une certaine haine, par la non-reconnaissance de la différence de l’autre. Et donc dans tous les cas, le constat que je fais est que les terroristes sont contre la mise en œuvre de l’accord de paix. Ils sont en train de tout faire pour que cet accord ne puisse pas être exécuté. C’est pourquoi je dis que nous devons renforcer le camp de la paix. Nous devons l’inciter à ne pas faire acte de contraction secondaire et de ne tenir compte que du principal pour qu’on aille vers la paix. Parce que l’échec de cet accord est la victoire des terroristes. Il ne faudrait pas qu’on cautionne cela.

Qu’en est-il de la sécurité du forum ?  Tout récemment vous avez effectué une visite dans les régions du nord et juste après votre retour à Bamako, il y a eu des actes terroristes. On s’interroge sur la sécurité du forum  en cette veille de sa tenue à Kidal ?

Je souhaite vivement que ce forum se tienne. Vous savez ce forum est important comme il a été dit par les initiateurs qui disent que ça clôture le processus initial à Anefis. Ce processus là résout un pas important de la crise malienne. Parce que autant il y a de mouvements armés qui ont lutté contre le gouvernement malien autant vous n’êtes pas sans ignorer qu’il y a des confits intercommunautaires ou intracommunautaires qui font qu’il y a quelques temps non pas seulement  un mouvement unique qui tire contre le gouvernement mais ils se tirent également  entre eux. Le fait qu’ils se sont réconciliés pour faire la paix entre eux, qu’ils résolvent leur problème intercommunautaire et qu’ils se retrouvent à Kidal pour parachever ça, est une bonne avancée. Pour nous qui avons considéré à son temps que ce sont des arrangements locaux qui peuvent nous aider à mieux appliquer l’accord de paix. Pour ce qui est des mesures de sécurité ceux dont je peux être sûr, si réellement le forum de Kidal se tient toutes les dispositions doivent être prises pour sécuriser le forum au cas où il aura lieu, parce que n’oublier pas que nous avons tiré un certain nombre de leçons  par rapport à ce qui s’est passé après ma tournée. Après les différents incidents qui ont eu lieu, nous avons renforcé notre dispositif auquel d’ailleurs nous avons désormais associé les mouvements CMA, la plateforme qui avant n’étaient pas associés avec nous dans le processus sécuritaire, mais maintenant eux mêmes ils s’organisent. C’est ensemble que l’on aménage le dispositif sécuritaire et je ne pense pas qu’il aura des craintes à ce niveau.

Le Forum s’inscrit dans la droite ligne du processus d’Anefis. Est-ce que l’engagement d’Anefis est une excroissance de l’accord qui est en passe de le supplanter? Comment voyez-vous le processus d’Anefis par rapport à l’accord ? 

Le processus d’Anefis est une somme d’arrangements intercommunautaires. Nous les avons classés comme des arrangements locaux susceptibles d’aider à la mise en œuvre de l’accord. Ils ne vont pas supplanter l’accord, ils n’ont pas une force égale à l’accord mais ce sont des arrangements qui aident à la mise en œuvre de l’accord. C’est pour cela que nous ne sommes pas présents avec eux comme ce sont des arrangements locaux, ce sont des débats subjectifs que nous ignorons. L’accord a cette chance de prendre la dimension malienne. C’est cela la différence entre l’accord de paix et de réconciliation, il est inter-malien. Les arrangements d’Anefis et ceux qui en découlent sont des arrangements locaux intercommunautaires liés à des communautés liées dans des endroits donnés. Donc, nous nous reconnaissons l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali. Nous considérons ces arrangements dont nous ne sommes pas témoins que s’ils peuvent aider à créer la confiance entre ses principaux acteurs et aider à la mise en œuvre de l’accord, nous ne pouvons qu’en être satisfaits mais nous ne sommes pas impliqués ni de prêt ni de loin à ces arrangements que nous qualifions d’arrangements locaux susceptibles de faciliter la mise en œuvre de l’accord de paix.

Dans quelques semaines, le Secrétaire Général des Nations Unies va présenter son rapport sur le Mali. A quoi peut –on s’attendre ?

D’abord il faut s’attendre  à ce que le rapport du secrétaire fasse le constat actuel. On espère que le rapport va être présenté au mois d’avril. On espère que les avancées positives, la confiance qui commence à naitre entre les différents acteurs nous permettra réellement de dépasser les petits obstacles qui sont sur notre chemin et que le Secrétaire Général qui fait l’état des lieux en un instant T aura les éléments suffisants pour rassurer la communauté internationale qu’au Mali les choses se déroulent bien, l’accord s’exécute et les gens son confiants. Nous autres qui sommes ici chargé de la stabilisation et de la paix au Mali, nous aimerions que ce rapport du secrétaire général soit le plus positif possible.

Dans quelques mois la Minusma aura un nouveau mandat. Qu’est ce qui va changer ? Est-ce qu’il faut s’attendre à ce que les casques bleus soient plus offensifs contre les terroristes comme les forces Barkhane?

Ce qui est sûr c’est l’attente de tous les Maliens. Les membres du Conseil de sécurité qui sont venus ici  ont entendu cela.  Et nous dans nos rapports, on en fait écho tous les jours. Nous parlons avec les Maliens. Les Maliens veulent simplement qu’il y ait la paix et la stabilité dans leur pays. Ils ont des soucis légitimes. Ils veulent qu’on trouve une solution à la menace terroriste. Nous sommes d’accord avec eux. Comment faire ? Je préfère pour le moment, ne pas me prononcer et attendre la réunion du Conseil de sécurité qui a tout les éléments d’appréciation : l’environnement, les vœux des Maliens, ce qui est possible d’être fait et ce qui ne l’est pas. Je crois que les membres du  Conseil de sécurité qui ont eu l’avantage d’être venus ici sur le terrain ont suffisamment de la matière pour prendre une résolution que j’espère être à la hauteur des attentes des Maliens et tenant compte de l’environnement que nous vivons.

Avez-vous un message aux Maliens ?

Oui, mon message aux maliens c’est un appel pour dire que chaque chose à son temps. Il y a le temps pour la guerre, pour les incompréhensions, il y a le temps pour la paix et pour la réconciliation. Ce temps là est arrivé. Il faut que nos frères et sœurs maliens sachent cela au moment ou toute la communauté internationale manifeste un intérêt certain pour le Mali. Je ne suis pas sûr que compte tenu de l’évolution dans le monde, cet intérêt là restera imperturbable. Vraiment je lance un appel aux uns et aux autres, pour une mise en œuvre rapide de cet accord. Un accord n’est jamais parfait. Un accord n’est jamais définitif. C’est une étape, c’est un pas important. Comme je l’avais dit tout à l’heure, il vaut mieux un mauvais compromis qu’une bonne guerre. Je demande simplement aux frères et sœurs maliens,  que le peuple malien a trop souffert,  il a besoin de la paix. Nous sommes aujourd’hui, une journée internationale de la femme. Je pense à ma sœur, je pense à ma fille, je pense à ma mère malienne qui a besoin vraiment de la paix. Il faut que les acteurs, le gouvernement et les mouvements politiques, fassent en sorte qu’on aille vers la paix.

Interview réalisée par Boukary Daou

Transcription : la rédaction

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