Après le saccage du siège de Sonef transport à Bamako : «Notre bus était au mauvais moment et au mauvais endroit»

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«On est en train de prendre les mesures qu’il faut… On compte porter plainte s’il le faut un jour. On est en train d’évaluer le dégât, de monter le dossier ; ça va arriver à qui de droit…». C’est en substance ce que Khalifa Ould, DG de Sonef Transport,  a déclaré aux journalistes après le saccage du siège de sa Société à Bamako.

DG Sonef

Le Directeur général de la Société Nema et frères Transport(Sonef) a reçu le jeudi dernier des journalistes dans ses locaux, afin de mieux éclairer l’opinion publique sur ce qui est survenu à Konna et les saccages dont son siège a fait l’objet le 11 janvier dernier par des individus non identifiés. À en croire le DG de la Sonef, Khalifa Ould, il s’agit pour sa Société, de dire toute la vérité au public malien concernant ce qui s’est réellement passé à Konna, de dénoncer à la fois les agissements dont il a été victime dans les locaux de sa direction à Faladiè, et le silence des autorités maliennes au sujet du saccage de sa gare routière.

Il faut signaler que tout ceci fait suite aux rumeurs qui avaient circulé un peu partout au Mali au sujet d’une connivence de la Sonef avec les jihadistes lors de la prise de la ville de Konna. En effet, d’après ces rumeurs, c’est à bord d’un bus de cette Société que les islamistes sont arrivés à Konna, où ils auraient fait beaucoup de victimes dans les rangs de l’armée nationale. Il n’en est rien, suivant les explications du DG de Sonef. «Ma compagnie n’a rien à avoir avec l’entrée des «fous» de Dieu dans le Sud du Mali, plus précisément à Konna», a-t-il martelé. D’autant que «Selon des témoins à Konna, le bus de la Sonef était simplement au mauvais moment et au mauvais endroit», soutient-il. En fait, à en croire les informations fournies par le Directeur général de Sonef Transport, c’est la rumeur qui aurait pris l’ascendance sur  la réalité des faits.

Depuis, dit-il, «Ces rumeurs se sont propagées à travers la capitale malienne  et les gens n’ont pas cherché à comprendre. Certains s’en sont  pris à la gare de Sonef Transport de Faladiè».  C’est ainsi, raconte-t-il, que «Le jeudi soir (10 janvier dernier), il y a eu cette rumeur de Konna qui est absolument insensée et non fondée. Depuis, on a eu pas mal de menaces. Mais on a dit qu’on ne va nulle part. Parce que fuir, c’est s’accuser soi-même… Le vendredi (11 janvier dernier) à midi et demi, des agents de police armés sont venus dans deux véhicules 4X4 nous appréhender pour passer à l’interrogatoire à cause de cette affaire. On est partis avec eux. Entre-temps, vers 14heures, d’autres véhicules avec des individus armés -on ne peut confirmer puisqu’on n’était pas là, ce sont des témoins sur place qui l’affirment-, ils sont venus emporter tout qui y avait comme matériel de valeur ici. Ils ont emporté des coffres-forts, des véhicules, ordinateurs, bureaux de luxe. Et plus tard, ils se sont adressés à la foule présente lui demandant de s’emparer du reste…», a déploré le DG de Sonef Transport.

Par ailleurs, le Directeur général affirme que les dégâts sont énormes. «Les pertes matérielles sont importantes, mais c’est le dégât moral qui compte. C’est l’image et la crédibilité de la Société qui ont été touchées et salies… on compte sur les autorités maliennes pour réparer. On est en train de prendre des mesures qu’il faut. On connaît nos droits et on est dans un pays de droit… On compte porter plainte s’il le faut un jour. On est en train d’évaluer le dégât, de monter les dossiers, et ça va arriver à qui de droit», a-t-il déclaré. Car, dit-il, c’est une question de justice : «On veut tout simplement que justice soit faite, que l’éclaircissement soit fait, que les autorités prennent leur responsabilité», a lancé le DG de Sonef Transport.

Kassim TRAORE

 

Sékou Karembeta chauffeur à Sonef

 «Je n’ai jamais transporté de rebelles, je ne m’entends même pas avec eux»

Soupçonné d’avoir transporté des jihadistes dans la nuit du 9 au 10 janvier 2013, lors de l’attaque de Konna,  le chauffeur de la compagnie Sonef revient dans cet entretien sur ce qui s’est passé à Konna au petit matin du 10 janvier 2013. Sékou Karembeta dit n’avoir jamais transporté de jihadistes. Nous l’avons rencontré au siège de Sonef à Bamako, après son interrogatoire avec des militaires et policiers.

Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Sékou Karembéta : Je m’appelle Sékou Karembeta. Nous avons quitté Gao le mardi 8 janvier 2013 à midi, on a passé la nuit à Douentza. On a quitté Douentza à 7 heures, pour arriver à Konna vers 9 heures. Au poste de contrôle de Konna, les militaires maliens ont fait sortir tous les passagers, pour un contrôle d’identité. Le car était rempli de monde, de Gao jusqu’à Konna. Les militaires ont demandé aux passagers de faire la queue, afin de procéder au contrôle de chaque passager. C’est en ce moment que les jihadistes ont attaqué les militaires. Mes passagers et moi, nous avons tous couru, nous sommes allés à l’intérieur de Konna. Il y avait une vieille dame et deux petits enfants, qui ne pouvaient pas descendre du car. Quand je me suis souvenu de ceux-ci, je suis revenu chercher le car, pour revenir dans la ville de Konna. Mais je ne savais pas où m’arrêter, c’est ainsi qu’avec la vieille dame et les deux enfants, nous avons continué sur Sévaré. Voilà comment les choses ont débuté.

Et pourtant on aurait appris que vous avez transporté des jihadistes, qui ont par la suite tué des soldats maliens à Konna…

Je le dis encore, je suis venu de Gao avec mes passagers pour passer la nuit à Douentza. De Douentza à Konna, je n’ai pris personne. Je suis venu avec le car vide à Sévaré, excepté la vieille dame et les petits enfants. Tous les autres passagers se sont cachés dans des familles à Konna, parce qu’il y avait des coups de feu partout. Je ne pouvais pas aller les chercher. Nous avons tous fui pour aller à l’intérieur de Konna, mais c’est après que je suis reparti seul chercher le car, avec les enfants et la vieille femme. Même le reste de l’équipage n’était pas avec moi. De Gao à Konna, je n’ai pris personne ; j’étais avec les mêmes passagers.

Il semblerait aussi que votre car était devant une colonne de 4X4 des rebelles, pour leur servir de paravent.

Ceux qui sont derrière moi peuvent le dire, mais ceux de Konna ne peuvent pas dire cela. Les militaires nous ont arrêtés pendant plus de 30 minutes, on n’a vu venir personne, aucun engin, ni moto encore moins des 4X4. Le capitaine de l’armée qui est à Konna n’est pas mort, il peut témoigner, c’est un élément de l’armée  malienne ! Vous pouvez vous renseigner auprès de lui. Les tirs ont commencé quand nous étions au poste de contrôle. Il y avait plus de 10 Km entre la provenance des tirs et notre position. Les militaires savaient qu’ils étaient à cette distance, on leur disait que les jihadistes n’étaient pas loin d’eux. Ils nous ont fait savoir qu’ils étaient au courant, que pendant toute la nuit, il y avait eu des échanges de tirs. Je n’étais pas avec des rebelles. Depuis que je suis à Sonef, pour ne pas dire toute ma vie de chauffeur, je n’ai jamais transporté de rebelles, de jihadistes. À plusieurs reprises, ils ont voulu me tuer à Douentza. Tantôt on me dit que je fume, tantôt que je n’ai pas mis un rideau de séparation entre les hommes et les femmes. Un Malien ne peut même pas faire de tel acte, transporter des gens contre notre pays, c’est fou !

Quel était l’état de votre bus après les coups de feu ?

Après les coups de feu, je suis allé récupérer mon car. Quand j’ai démarré, il y avait une barrière devant sur la  route. J’ai contourné cette barrière. Les jihadistes ont encore fait des tirs, c’est ainsi que le car a été atteint : 5 vitres ont été cassées. L’un des petits enfants qui était dans le car, a été couvert de morceaux de vitre, mais il n’a été pas blessé.  C’est arrivé à Sévaré que j’ai compris que cet enfant était dans cette situation, je l’ai fait sortir du car. C’est comme ça que ça s’est passé, il n’y a eu ni blessés ni morts.

Quand vous êtes arrivé à Sévaré, comment ça s’est passé avec les autorités ?

Je suis allé au poste, quand mes passagers sont arrivés. Il y a un agent de la police qui m’a dit de retourner à Mopti, après que les militaires ont fait descendre tous les passagers. C’était au poste de Sévaré, parce qu’on voulait continuer sur Bamako avec tous les passagers, que les militaires ont vidé complètement le véhicule de son contenu ; un seul morceau de plastique n’est resté. Ils ont fouillé le car, et n’ont rien trouvé. Les policiers ont fait retourner le car au commissariat. Après, ils ont fait venir une 4X4 ; l’inspecteur m’a interrogé comme il veut. Je lui ai tout expliqué. On est sorti et il a inspecté le car devant les passagers. Ensuite, il a choisi quelques passagers pour les interroger, qui lui ont dit la même chose. L’inspecteur a pris nos contacts et nous a remis son contact téléphonique. Avant qu’il ne parte, je lui ai montré la lettre de voyage avec les noms de tous les passagers. Il a vu le nombre de passagers avec lesquels j’ai quitté Gao, et le nombre qui était devant lui, tout est écrit dans cette lettre de voyage. Il m’a retourné la lettre que j’ai laissée à Sévaré à notre escale.  Tout le monde peut la consulter sans problème.

Comment vous avez retrouvé vos passagers, comment sont-ils venus à Sévaré ?

C’est vrai que je les avais laissés à Konna. Mais, je voulais retourner les chercher à la sortie de Sévaré pour Konna, les agents m’ont dit que personne ne sortira. Ils ont marché 15 Km, avant qu’un car vide de Ghana Transport, qui les a trouvés en cours de route, ne les embarque pour Sévaré. Il n’a pas pu prendre tout le monde, certains sont venus à pied. Une vieille dame est restée à Konna, elle a piqué une crise quand elle a vu les corps un peu partout dans la ville. On l’a laissée à Konna. J’ai quitté Sévaré alors qu’elle n’était pas encore revenue.

Comment vous avez pu faire tout cela et sortir indemne ?

C’est un fait de Dieu. Ce n’est pas moi, je ne peux que remercier le bon Dieu.

Est-ce que vous êtes prêt à travailler et reprendre service ?

Oui. Même si on me dit tout de suite de retourner, j’irai sans problème. Je suis prêt à retourner à Gao, parce que je vais avec des Maliens, pas avec des rebelles. Je vais y aller sans murmure.

Donc il y a de sérieuses difficultés dans votre travail de chauffeur ?

On a des difficultés parce que du côté des jihadistes, on est embêté. Ici (Bamako), on n’a pas une bonne opinion de nous.

Qu’est-ce que vous avez à dire aux Maliens parce que beaucoup de choses ont été dites à Bamako…

Moi, j’ai toujours avisé nos militaires de tout ce qu’on me disait à Douentza et ailleurs. Je n’ai rien caché aux militaires maliens. Ces islamistes nous ont causé beaucoup de préjudices. Quand ils m’ont attrapé parce que j’ai fumé ; quand ils ont dit que je n’ai pas mis le rideau de séparation entre les hommes et les femmes, je leur (aux militaires) ai dit tout ça, même le jour où ils allaient tuer l’un de nos collaborateurs, Papou, parce qu’il avait de la musique comme sonnerie de son téléphone portable. J’ai avisé nos militaires que les jihadistes ont dit que si les militaires maliens ne les attaquent pas, qu’ils vont les attaquer.

Vous avez un appel à lancer aux Maliens ?

Je demande aux Maliens d’être tolérants. Nous, les travailleurs de Sonef, nous n’avons pas travaillé avec la rébellion. Sonef, c’est pour les Maliens.

Kassim TRAORE

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5 COMMENTAIRES

  1. des negres laches et voyou que vous etes esclaves des francais. vive lazawad a bas les negres

  2. A travers cette interview , nous sentons que le chauffeur cache quelque chose.

    ses différentes reponses me paraissent ilogiques

  3. Sonef,continuer à vous defendre le coup est dejà parti car plusieurs fois vous etes soupsonné.

    et je félicite le gouvernement NIGERIEN pour votre suspension

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