Bakary Diawara dit Yankee, armurier import-export : « Le pays est sous embargo de l’Union européenne pour les importations d’armes depuis le coup d’Etat du 22 mars 2012 »

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Il est armurier depuis 1968 et vend des armes de chasse, de pêche et de défense. Bakary Diawara, dit YANKEE est de ceux qui ont choisi le difficile métier  la vente, l’entretien et la réparation des fusils. Dans cet entretien, qu’il a bien voulu nous accorder dans son atelier sis à Bamako-Coura, en face de la Maison Centrale d’Arrêt de Bamako, M. Diawara nous édifie entre autres sur la procédure officielle d’acquisition, de détention et de port d’armes en République du Mali.  Les difficultés auxquelles il reste aujourd’hui confronté, surtout celles liées à l’embargo de l’UE, qui interdit toute importation d’armes à destination du Mali, sont nombreuses. Il a aussi bien  voulu nous  donner son point de vue sur la sensible question de savoir si  oui ou  non il ne faudrait pas,  former, armer et autoriser les cadres fonctionnaires de l’Administration travaillant au nord  à disposer de leur arme personnelle de défense.     

  

Infosept : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Bakary Diawara : Oui, je suis Bakary Diawara, dit Yankee, armurier à Bamako-coura. Mon atelier est situé juste en face de la Maison Centrale d’Arrêt de Bamako.

 

Infosept : Depuis combien de temps exercez-vous ce métier  et quels sont les types d’armes que vous vendez ?

Bakary Diawara : Cela fait exactement 48 ans aujourd’hui que je suis dans ce métier. J’ai commencé en 1968, tout jeune avec des blancs dans l’armurerie Dupé, la seule qui existait à l’époque à Bamako. En 1992, M. Dupé m’a cédé l’armurerie et dès lors je suis devenu le patron de l’atelier. Je m’occupe seulement de la vente des armes de chasse, de pêche et des armes de défense, appelées aussi armes de point. Je vous signale que je ne vends pas des armes de guerre.

 

Infosept : Est-ce que le métier d’armurier nourrit son homme au Mali ? En d’autres termes les maliens achètent-ils des armes ?  

Bakary Diawara : Oui, je dirais que ce métier nourrit son homme. C’est un métier comme tous les autres et le Mali est un pays de chasse et de chasseurs de coutume. En temps normal, on est aussi réparateur, formateur, vendeur de munitions, bref, on fait tout ce qui va avec la chasse et la défense. Tout simplement, je dirais qu’en temps normal, ce métier peut bien nourrir son homme.

 

InfoSept : Est-ce que vous pouvez nous donner la procédure officielle de demande de port d’armes au Mali ? Qui peut ou ne peut pas avoir et porter une arme au Mali ?

 

Bakary Diawara : Pour acquérir l’autorisation d’achat, il faut d’abord, adresser une demande au directeur national de la Police. Il y a là-bas, un service qui s’occupe uniquement des permis de port d’armes, qui donne l’autorisation pour tout ce qui est des armes de chasse ou de défense. Ensuite, les autorités compétentes mènent une enquête de moralité sur la personne du demandeur pour voir qui elle est, ce qu’elle veut en faire,  si  elle est une personne normale ou pas et s’il est justifié qu’il ait une arme ou pas. C’est après cela que la personne est déclarée par la Police, autorisée ou non à porter une arme. En principe, il y a aussi les Gouverneurs et les sous-préfets qui donnent les autorisations pour les canons-lisses et rayés, c’est-à-dire  les autorisations pour les fusils de chasse mais pas d’autres. Pour l’autre volet de ta question, je dirais que, si la Police juge nécessaire que la personne peut se procurer une arme, c’est en ce moment qu’elle peut l’acheter sur le marché officiel, c’est-à-dire dans une armurerie comme la notre munie de son autorisation. Et c’est seulement en ce moment, que nous on peut lui vendre l’arme. Je précise que nous ne sommes pas autorisés à vendre  et ne vendons pas d’armes  à quelqu’un qui n’a pas cette autorisation de la Police ou du Gouvernorat. En d’autres termes, nous sommes, là comme le pharmacien et le médecin, attendant l’ordonnance donnée par les autorités compétentes.

 

InfoSept : Quand on achète des armes il faut s’exercer, est-ce que le Mali dispose de véritables champs de tir pour des particuliers ?

 

Bakary Diawara : Je dirais non, car pour le moment, je fais mes tirs à l’école nationale de la Police où je suis autorisé à le faire avec mes clients. J’avais pensé acquérir mon propre champ de tir, mais mes démarches ont coïncidé avec les tristes événements du 22 mars 2012. Je souligne que mon dossier est toujours à la police pour l’acquisition d’un champ de tir pour mon atelier et ma clientèle. C’est l’occasion d’attirer l’attention des autorités sur cette nécessité, dès lors que nous sommes autorisés officiellement à vendre des armes.

 

InfoSept : Alors pouvez-vous en dire un peu sur les difficultés auxquelles vous êtes confrontés dans l’exercice de votre métier ?

Bakary Diawara : Mon gros problème aujourd’hui réside au fait que le pays est sous embargo de l’Union européenne et de la Communauté internationale pour toute importation d’armes. Je me retrouve dans cette difficulté si bien qu’aujourd’hui je ne suis plus en possibilité d’importer des fusils ni même des  cartouches. Et cet embargo dont on n’en parle pas beaucoup est consécutif au coup d’Etat du 22 mars 2012. Cet embargo a complément arrêté mes affaires. Cela m’a même amené à licencier certains de mes employés. On était un peu nombreux à travailler ici dans l’atelier, mais beaucoup sont partis, parce que présentement on n’a plus de boulot. Si tu dis à un armurier qu’il ne peut pas vendre des cartouches ni des fusils, c’est qu’il ne peut plus rien faire. Aujourd’hui, on ne fait que des réparations et cela reste très timide car, les clients n’ont plus de munitions et de fusils. Ils ne sont plus satisfaits de nos services. Nos fournisseurs en Europe et d’ailleurs,  n’ont plus le droit de nous vendre des armes à cause de ce blocage de l’Union Européenne. Cela nous a mis en chômage technique.

 

Infosept : Vous confirmez donc cette question d’embargo sur les armes à destination du Mali dont tout le monde en parle sans s’y attarder vraiment? L’Union Européenne laisserait-elle donc les « rebelles » s’armer et refuserait que les autres maliens et le pays puissent importer des armes pour se défendre ?

Bakary Diawara : Bien sûr, pour l’embargo de l’Union Européenne je pourrais le confirmer car c’est là-bas que je travaille, d’où je m’approvisionnais. Je suis en Allemagne, en Angleterre, en France et en Italie. Et mes fournisseurs de tous ces pays me disent : «On ne peut plus te servir. Le Mali, non, jusqu’à une date ultérieure». Ils me disent tous qu’on est sous blocage par rapport au problème qui existe chez vous au Mali. Donc, c’est un embargo, en tout cas moi je le sais parce que je viens de là-bas. Et je vous dis que j’ai mes affaires qui son bloquées là-bas à cause de cela  et qui ne peuvent plus venir au Mali.

 

InfoSept : Dans le contexte actuel d’insécurité que vit le Mali, selon vous, faut-il ou non autoriser et doter en armes de défense,  tous les cadres fonctionnaires, gouverneurs, préfets et sous-préfets de  l’Administration travaillant au nord en ce moment ?

 

Bakary Diawara : A mon avis oui, ils devraient être armés et cela ne veut pas dire que l’insécurité augmentera. Cela peut rassurer nos cadres et nos fonctionnaires surtout s’ils sont formés à leur maniement et s’ils disposeraient de champ de tir dans leurs lieux d’affectation. Une arme est toujours un bon complément  et on se sent un peu plus fort et sécurisé en ayant une à sa portée. Dans le cas contraire, nu comme un ver, on est exposé en insécurité totale et sans défense. C’est d’ailleurs cela  qui encourage les bandits armés et tous les grands agresseurs. On ne peut pas combattre l’insécurité en désarmant tout le monde, parce que les bandits ne se désarmeront pas. Pour moi, ces différentes personnes devraient être armées pour leur sécurité.

 

InfoSept : Votre mot de la fin ?

Bakary Diawara : Encore une fois, je dis que je suis au chômage technique depuis 4 ans. Et ce n’est pas mon pays qui me bloque pour cela, je remercie les autorités maliennes. J’ai toutes mes autorisations pour commander et vendre des armes et des munitions, mais je ne peux pas le faire et vivre de mon travail à cause de ce blocage que l’Union européenne a mis sur le Mali. Aujourd’hui, si cet embargo était levé, je pourrais au moins récupérer les chefs de famille qui travaillaient avec moi et qui se nourrissaient de ce métier, que j’ai été obligé de me séparer. Il y avait de nombreuses familles qui étaient liées à ce métier. Ils sont tous aujourd’hui au chômage à cause de l’Union européenne. Je demanderais donc à toutes les bonnes volontés de nous aider à lever cet embargo, que je trouve injuste, pour un pays en proie à une insécurité de plus en plus grandissante.

Propos recueillis

Par Dieudonné Tembely

tembely@journalinfosept.com

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Portée des armes

La portée pratique d’une arme à feu et d’une munition données exprime la distance maximale d’emploi réaliste. Il ne s’agit pas de la portée théorique du projectile mais de la capacité du tireur à atteindre une cible visée en tenant compte de la précision de l’arme, des organes de visée, de la trajectoire, de son temps de vol, des conditions climatiques…

Portée pratique typique d’armes à feu légères :

30m à 50 m : pistolet, revolver, fusil de chasse à âme lisse

50m à 100 m : pistolet mitrailleur, pistolet de chasse avec lunette

100m à 200m : PDW, fusil d’assaut à canon court

200m à 400m : fusil d’assaut, carabine de chasse, lance-grenades

400m à 900m : mitrailleuse, fusil de précision muni de lunette

500m à 2500m : fusil anti matériel de gros calibre

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Les dix commandements des armes à feu

 

1- Traitez toute arme avec le respect dû à une arme chargée ;

2- Transportez votre arme en sécurité ; si elle comporte une sûreté, ne l’ôter qu’au moment du tir ;

3- Déchargez toute arme qui n’est pas en usage immédiat ;

4- Attention à la bouche du canon ! Soyez sûr que le canon n’est bouché par aucun obstacle ;

5- Identifiez à coup sûr votre cible avant de presser la détente ;

6- Ne pointez jamais une arme à feu en direction de quelque chose sur quoi nous n’avez pas l’intention de tirer ;

7- Ne grimpez jamais à un arbre, n’enjambez jamais une barrière, ne sautez jamais un fossé avec une arme chargée, ne tirez jamais vers vous une arme par le canon ;

8- Ne tirez jamais sur une surface dure et plane, rocher ou autre, ni de biais sur une étendue d’eau. Assurez-vous de toujours disposer derrière la cible d’un arrêt suffisant pour vos projectiles ;

9- Entreposez armes et munitions séparément et hors d’atteinte des enfants ;

10-Évitez l’usage de boissons alcoolisées avant ou pendant les cessions de tir.

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8 COMMENTAIRES

  1. Un grand ami de Warana Tiatio! L’armurier Dupé, voilà un nom historique au Mali. C’est là qu’on achetait toutes nos carabines à air comprimé dans les années 60.
    Mr. Diawara, i dansoko, i ni ko!

  2. Un vrai Gentleman, notre Grand Maître YANKEE et modeste jusqu’à l’effacement. Il ne vous a pas dit qu’il est Ceinture Noire 6ème Dan de Taekwondo (il n’y a pas encore de 7ème dan au Mali à ce que nous sachions) et le Trésorier Général de la Fédération Malienne de Taekwondo. Nous le faisons à sa place pour témoigner et dire que ce grand homme (Oh comment les grands savent être effacés!) a donné le meilleur de lui-même pour l’Art Martial Coréen.
    Merci Grand Maître pour la qualité de ton intervention.

  3. Merci maliweb a travers votre journal J’ai retrouve les traces de mon maitre que J’ai perdu il y’ a plus de 30ans . Yankee a ete mon premier maitre d’art martiaux. Après la ceinture rouge avec lui je parti en Europe et aujourd’hui je suis ceinture noir 4dans vivant a Berlin. Comme Wk a dit Diawara fait partir des hommes rares au Mali . Il n’a Jamais ete a l’ecole . Il est de Bougouni .

    • Je comprends maintenant pourquoi tu a ecrist: “…. avec lui je parti……Diawara fait partir…”!!!!
      LE MAITRE N’A JAMAIS ETE’ A’ L’ECOLE…!!!! rire!!!!!!
      En regaradant la photo, ne pensez-vous pas que le Mr ressemble a’ un fusil? rire!!!!
      wk, take care!!!! J’ai habite’ chez un DIAWARA!!!!! Je suis donc toujours reconnaissant envers les DIAWARA!!!!! Tu diras a’ notre frere d’avoir un autre métier!!!!

      • General sanogo, tu es un idiot. Tu corrigeras ton “… tu as ECRIST…”
        RIRE!!!!!

  4. Le General Sanogo
    Diawara est a felicite et encourage . Il n’a Jamais ete a l’ecole . Il est d’un petit village de Bougouni et il a appris ce métier chez Dupe imports Export quant il etait maneuve . Après le depart de Dupe du Mali , Diawara a overt son propre atelier . En plus de cela il fait partir des premier tae kon do man du Mali avec Grand maitre Moussa qui est decede. Ils ont appris l’art martiaux a travert les images dans les journeaux et partais representer le Mali dans leur propre compte

  5. Qui dira mieux que Yankee qu’il y a bien l’embargo de L’ UE sur les armes militaires au Mali. Ça vise uniquement a affaiblir les FAMA face aux defis qui hentent la souverainete du Mali…et surtout de maintenir la colonisation Europeene a travers sa branche avant-gardiste armee qui est la France.

  6. Mr Diawara, est-ce que certains de vos clients ont utlise’ des armes achete’es dans votre magasin pour commettre des crimes odieux?
    Mr Diawara quells sont les criteres que vous utilisez pour vendre des armes a’ vos clients?
    Mr Diawara, ne pensez-vous pas qu’il serait bon de vous reconvertir dans d’autres affaires?

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