Elhadj Tandina, président du Mouvement Populaire Sonni Ali BER : «Pour moi, le Mali n’est pas divisé en bandes et nous devons positiver cette dynamique»

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La situation de crise que traverse notre pays exige l’implication de tous les fils et filles. Dans un entretien qu’il nous a accordé, le président du Mouvement populaire Sonni Ali Ber, Elhadj Tandina, nous a livré ses impressions sur des préoccupations de l’heure, à savoir : le rôle qu’entend jouer son mouvement dans le cadre du dialogue national en cours pour mettre fin aux interminables rebellions auxquelles le Mali a toujours été confronté ; la possibilité du dialogue national tant exigé par la communauté internationale entre toutes les communautés, et enfin les élections.

Tandia xPouvez-vous  présenter votre mouvement à nos lecteurs ?

C’est un mouvement qui a été créé le 15 juillet 2012 à l’Assemblée régionale de Gao par des jeunes ressortissants de Gao, Ansongo et Bourem qui, après une assemblée générale tenue  à Gao, ont porté leur choix sur ma modeste personne, pour diriger le mouvement  pour une durée de trois ans. L’objectif premier de ce mouvement était de résister et de rester digne compte tenu de la situation, puis montrer notre attachement à la République du Mali et notre dévouement à notre nation. C’est d’ailleurs ce qui a motivé la création du Mouvement populaire Sonni Ali Ber.

Quel est le rôle que le Mouvement populaire Sonni Ali Ber entend jouer dans le cadre du dialogue et l’unité nationale en cours, pour mettre fin à l’interminable rébellion dans notre pays ?

Vous savez, le mouvement a compris avant et même sous l’occupation que l’unité nationale était en danger. C’est pourquoi le Mouvement populaire Sonni Ali Ber, avec le Cadre des concertations  régionales des jeunes, a organisé un forum à Gao, pour parler du sujet qui a réuni l’ensemble des communautés de la région. Aujourd’hui, la reconquête des villes est en cours et la sécurisation de villes libérées aussi. Mais notre préoccupation, c’est comment vivre ensemble. Ici, nous avons toutes les communautés, bambara, sonrai, peulh, tamasheq, bozo, yoruba, haoussa, arabe, touareg, etc. Donc cette cohésion sociale est vraiment en danger. C’est pourquoi nous avons jugé nécessaire de nous organiser pour parler entre nous, et cela même dans les villages, communes, cercles, entre toutes les communautés pour éviter que de telles choses ne puissent se répéter. Au moment où on aurait dû parler du développement économique et social, de l’éducation, du chômage des jeunes etc., en lieu et place nous sommes en train de faire la guerre.

Le vivre-ensemble est une obligation. Comment vous pouvez dire à Gamou d’aller se battre pour le Mali, alors que ses concitoyens ne sont pas en sécurité au Mali ? Donc, nous devons faire la part des choses et situer les responsabilités. Puis sanctionner ceux qui ont pris des armes contre leur pays, c’est-à-dire les apatrides qui ont voulu menacer le fondement même de notre nation. Pour moi, s’il y a dialogue, il doit se faire avec ceux qui reconnaissent l’Etat malien.

Le dialogue est-il possible aujourd’hui entre les communautés vivant au Nord du Mali ?

Oui. Le dialogue est bien possible. Mais, je crois que les populations du Nord ont souffert de cette situation. C’est pourquoi à Gao, avant même qu’on ne commence à parler de dialogue, des initiatives ont été prises par le cadre de concertations des notables et des jeunes de Gao. C’est une affaire malienne, donc l’ensemble des populations doit être consulté ; notamment les victimes de cette situation doivent être écoutées pour qu’elles donnent leurs avis, pour qu’on ne revienne pas encore là-dessus dans 10 ans ou 20 ans. Je pense que les autorités doivent se donner les moyens pour écouter l’ensemble des victimes avant tout dialogue.

Le ministre de l’Administration territoriale a annoncé récemment les dates de l’élection présidentielle et des  législatives. Qu’en pensez-vous?

J’ai confiance en ces autorités qui ont donné ces dates et je pense qu’elles vont respecter leur parole. J’ai confiance et je pense qu’ils ont des techniciens chevronnés. Mais, il y a plus de 500 000 Maliens qui sont réfugiés en Algérie, au Burkina, au Niger et en Mauritanie. Certainement, des solutions seront trouvées par les autorités maliennes pour amener tous ces réfugiés maliens à voter lors de ces élections. Je pense qu’il faut éviter des élections bâclées, s’il faut aller aux élections. Les élections de cette année ne doivent pas être comme celles de 2002 et 2007. Des élections, sans une grande partie des Maliens,  doivent être évitées. Selon moi, le futur président de la République mérite d’être issu de la grande majorité des Maliens et la participation de tous est très importante.

Avez un dernier mot?

Je remercie votre journal pour m’avoir donné l’occasion de m’exprimer. J’invite les uns et les autres à l’unité et à la cohésion nationale. Ce qui est arrivé à notre pays est arrivé à toutes les grandes nations. La France a été occupée une fois dans son histoire et l’Allemagne a été aussi divisée en deux avec le mur de Berlin. C’est notre épreuve, nous devons montrer que nous sommes les descendants des Sonni Ali ber, Soundiata Keita, etc. Aujourd’hui, l’heure est à l’unité et à la solidarité. Nous devons accepter de vivre ensemble. Pour moi, le Mali n’est pas divisé en bandes et nous devons positiver cette dynamique.

Interview réalisée par Seyni TOURE

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