Fatoumata Coulibaly: journaliste à l’Ortm, comédienne et réalisatrice de films

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Issue d’une famille d’artistes musiciens, Fatoumata Coulibaly dite F.C avait voulu, à ses débuts, devenir artiste comme sa grand-mère (Bazéko Traoré). Elle est présentement  journaliste et animatrice à l’Office de radiodiffusion télévision du Mali (Ortm). En plus de la télé et la radio nationale, Fatoumata est comédienne, actrice et réalisatrice de films. Elle a joué dans plusieurs pièces de théâtre et de séries télévisées. Pour en savoir davantage, nous l’avons interviewée.

 

Le Reporter Magazine : Mme Fatoumata Coulibaly, pouvez-vous nous parler de vos premiers pas dans le monde des médias et du cinéma ?

 

Fatoumata Coulibaly : Pour tout vous dire, c’est un fait de Dieu qui m’a emmenée à la radio aussi bien qu’à la télé. Sinon j’ai toujours voulu être artiste musicienne comme ma grand-mère (Bazéko Traoré), très connue pour ses chansons dans la région de Sikasso, mon terroir. Nous ne sommes pas des griottes, mais dans le temps, ma grand-mère et mes tantes chantaient lors des séances culturelles. Et c’est depuis lors que la musique m’a séduite. Je ne suis pas devenue chanteuse mais je le suis sous une autre forme, puisqu’il s’agit dans tous les cas de parler dans le micro et d’envoyer un message. Je suis passée par la radio pour me cultiver davantage. Les reportages sur le terrain, les faits de société, les échanges avec les différentes personnalités m’ont mûrie,  avant que je ne prenne racine à la télévision. C’est quand je suis venue à la télé que l’idée d’écrire une pièce de théâtre m’est venue à l’esprit en 1993. J’ai montré ma pièce au grand réalisateur Ousmane Sow et il m’a dit que le théâtre est mort dans notre pays et qu’il valait mieux en faire un scénario. Mais il se trouvait que je n’avais pas fait d’études de cinéma. Il (Ousmane Sow) a  insisté pour que je me batte pour en faire un scénario. Je suis allée voir Cheick Oumar Sissoko, directeur du Centre national cinématographique (Cncm),  à l’époque, qui soutenait la même thèse, c’est-à-dire faire un scénario. Il m’a alors confiée à ses collègues pour que je puisse bien écrire mon scénario.

 

Combien de films avez-vous à votre actif et comment avez-vous passé de  la réalisation au jeu d’acteur ?  

 

Pour répondre à la première question, j’ai réalisé beaucoup de films. Si je m’en souviens bien, j’ai à mon actif plus d’une dizaine de films, toutes catégories confondues. Pour ce qui est de mon passage de la réalisation à l’interprétation des rôles, il faut juste comprendre qu’il n’y a qu’un pas. Si ce que vous écrivez et que vous vous sentez capable de jouer le même rôle qu’une tierce personne vous demande de jouer le rôle, pourquoi pas. Mais moi, j’ai commencé comme actrice dans le film Falato de Feu Djibril Kouyaté.  J’ai interprété le rôle d’une méchante femme, en ce moment j’étais à l’Ortm. Il m’a confessé qu’il voyait en moi les atouts d’une comédienne. Il se trouvait que bien avant ce jour, j’avais déjà joué dans une pièce de théâtre radiophonique du prix RFI intitulé «Islam tempête» où j’étais aux côtés de Maimouna Hélène Diarra qui, pour moi, est une référence dans le monde du cinéma. Après Falato, j’ai aussi joué auprès de Guimba dans le film de Sidi Diabaté, qui était réalisateur au centre national de cinématographie du Mali. Et puis, d’autres films comme dans Guimba le tyran de Cheick Oumar Sissoko.

 

Quels sont vos projets que ce soit dans la réalisation ou l’interprétation ?

 

J’ai beaucoup de projets surtout de réalisation. Partout où je vais, j’essaie à chaque fois que l’occasion se présente, d’écrire sur les réalités du quotidien de ce milieu. Celles-ci ne seront pas des films de fiction, mais plutôt de réalités parfois vécues sur le terrain. J’en ai fait un livre que je vais très prochainement mettre à la disposition des lecteurs. Des réalisations en films s’ensuivront si Dieu le veut. J’ai beaucoup de projets de documentaires, un domaine dans lequel je me suis d’ailleurs spécialisée bien que je continue de réaliser des films de fiction. Ces projets sont tous quasiment sur papiers et n’attendent que le financement. J’ai également le produit fini d’un long métrage qui aussi n’attend que la production. J’ai mis en place une association en 2013, appelée «Don Nata », autrement l’Avenir, dont je suis la présidente et Feue Gandoura Cissé était la vice-présidente. Je peux dire que c’est une initiative des aînés dans le domaine de l’art, qui ont voulu donner une chance à la jeune génération de réaliser son rêve. Le siège de l’association est le Musée de Bamako face du Carrefour des jeunes. La première promotion de ces jeunes a pu réaliser 4 films qui ont presque fait le tour du monde grâce à une amie Canadienne qui nous a beaucoup appuyés. Nous faisons et continuerons à faire de notre mieux pour la jeunesse, car pour moi, c’est un devoir moral puisque nous avons aussi bénéficié des largesses de Balla Moussa, en son temps.

 

Comment gérez-vous votre vie professionnelle en tant que mère et grand-mère ?

 

Je rends grâce à Dieu pour ses bienfaits, parce que j’ai fait le tour du monde avec des prix à la clé. Au Mali, ici, j’ai aussi remporté des prix mais mon plus grand prix est le public malien et mes collaborateurs. Ils m’ont aimée, ils m’ont tout donné. Ne serait-ce que la sympathie des uns et des autres lorsqu’on se rencontre, c’est déjà la preuve d’une carrière bien réussie. Mais comprenez que dans chaque activité humaine, il y a des difficultés, et il faut faire avec pour réussir. Les difficultés ressortent souvent des insuffisances de notre savoir ou être. Plus on en découvre, plus on s’améliore dans la logique. La principale difficulté dans notre domaine est le statut de femme, mal aperçu par certains hommes, de voir que c’est une femme qui fait une telle chose ; associé à la jalousie des autres femmes. Il faut cependant être très vigilant. Je remercie très sincèrement Cheick Oumar Sissoko et Sidiki N’Fa Konaté qui m’a propulsée quand certains dans l’ombre essayaient de m’enfoncer. Je lance un appel aux jeunes femmes afin qu’elles ne se laissent pas influencer par le gain facile dans le métier, au détriment de leur talent pour une ascension rapide.

 

Propos recueillis par Gabriel TIENOU/Stagiaire

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