Film «Tourbillon à Bamako» : Dominique Phillipe nous en parle

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L’Afrique n’est pas ce qu’on nous montre. Elle a aussi un cœur et une âme. Le film «Tourbillon à Bamako» est une comédie qui dévoile la vie quotidienne des jeunes de Bamako à travers leurs familles, l’amitié, le travail et donne une autre image de l’Afrique que celle colportée par les médias occidentaux. Suivez notre reporter.

 

Dominique Phillip

Pourquoi ce film, «Tourbillon à Bamako» ?

J’ai vécu trois années à Bamako et mon métier est de faire des films. J’ai fait beaucoup de films institutionnels ainsi que des films avec des scénarios qui sont basés sur des réalités courantes. J’avais formé des jeunes parce que j’ai été professeur au conservatoire des arts et multimédias de Bamako pendant un an. J’ai repéré les meilleurs éléments, les plus motivés, et on a formé une équipe qui fait des merveilles. J’ai écrit le scénario sans avoir le budget au début. L’AECID, la coopération espagnole au Mali, a subventionné le film donc on a pu faire le tournage entièrement grâce au fonds espagnol. Ensuite, ce n’était pas suffisant et on a trouvé autrement l’argent en France. C’est un petit peu la base du film. Surtout on a eu une équipe dynamique et des acteurs aussi que je connaissais pour les avoir fait jouer dans quelques petits films à gauche et à droite, des films de commande, et puis c’était l’occasion de le faire. C’a été la dernière réalisation. Ma réalisation avant de quitter, après trois ans, le Mali. C’est donc, une consécration de pouvoir réaliser ce film et de vous le montrer ce soir en public.

Quel est le sujet de ce film?

Le Tourbillon à Bamako, comme vous avez pu le voir, est avant tout plusieurs histoires. L’histoire du billet de PMU-Mali est pour moi une histoire secondaire. Cette histoire est faite surtout pour faire découvrir la ville de Bamako. La vie quotidienne de Bamako, les gens de Bamako, la jeunesse de Bamako et elle est pour moi une image secondaire. Le thème principal à mon avis est surtout l’éducation. Pour moi, ce thème est très important pour le développement du Mali. A mon avis, l’éducation malienne est en faillite. Les universités sont en faillite et le conservatoire n’a plus de professeur. C’est un vrai scandale et c’est dommage parce qu’il y a des jeunes qui veulent s’instruire, se former mais on ne leur donne pas actuellement les moyens au Mali de se former.

Quelle est la particularité ainsi que la leçon que l’on peut retenir de ce film ?

Je ne crois pas qu’il y a une leçon parce que je ne suis pas donneur de morale et de leçon. Donc, il n’y a pas de leçon et chacun prend ce qu’il veut. Le film est en bambara pour qu’on puisse toucher le maximum de personnes. Si certaines personnes sont touchées par la problématique de l’excision, cela fait plaisir. Le film est parvenu à faire réfléchir quelques femmes et hommes c’est une bonne chose pour faire avancer les choses. Donc, nous pouvons dire qu’à partir de ce moment là que le film a été une réussite.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué durant votre séjour à Bamako ?

C’est la simplicité des gens de Bamako. La simplicité du contact, la jovialité,  l’hospitalité et la chaleur humaine des habitants malgré toutes les épreuves et difficultés qu’ils vivent. Quand je rentre en France, souvent, je vois des gens pessimistes, et qui se plaignent. Ici au Mali, je ne l’ai jamais vu. Quand on leur pose la question : comment ça va, tout le monde répond par tout va bien. C’est ce qui m’a le plus frappé au Mali et je l’ai beaucoup apprécié durant mes trois années. Cette chaleur et cet optimisme donne la joie de vivre.

Un message pour les jeunes réalisateurs qui découvrent le monde du cinéma ?

Pour les jeunes réalisateurs, c’a été pour moi un bel exemple. Bien sûr, sans argent on ne peut pas faire de film mais on n’a pas non plus besoin de gros moyens sinon on ne fait rien. Les films en France se font avec un minimum de trois à quatre million d’Euros, mais là, nous l’avons fait avec un grain de sable et ce n’est rien par rapport à ce budget. Mais avec du matériel, de la motivation on peut réussir de belles choses. Avec autant de réalisateurs, de comédiens et de techniciens, il faut qu’ils forment des choses pour aller de l’avant et je leur répète sans cesse. Et la réalisation c’est la meilleure pratique, et la pratique est la meilleure manière d’avancer et de faire des choses, d’apprendre et de partager également des choses.

Des remerciements ?

Oui. Remerciements à tous les acteurs, au peuple malien pour nous avoir laissé tourner tranquillement dans les rues. On a jamais été embêtés tout au long du tournage, et sincère remerciements à Fatoumata Coulibaly dite FC qui a donné une dynamique aux jeunes comédiens parce qu’ils ont vu ces comédiens professionnels sur les plateaux, c’a motivé tout le monde et c’a vraiment poussé vers le haut les comédiens et le reste de l’équipage.

Interview réalisée par Mamadou DIALLO «Mass»

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