«Gossi Mawmaw», un projet que veut lancer un Touareg vivant en France pour développer le nord du Mali

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«Gossi Mawmaw», un projet que veut lancer un Touareg vivant en France pour développer le nord du Mali

Un projet qui s’inspire de celui réalisé par les autorités du Niger voisin pour contribuer à développer les villes en manque d’infrastructures à l’image de celui d’Agadez Sokni 2016, dont a bénéficié le chef-lieu de la région de l’Aïr en décembre dernier, qui s’est conclu à travers une fête nationale présidée par le président de la République du Niger. Un projet qui a vite marqué et donné de l’inspiration à la jeunesse touarègue malienne de la diaspora vivant en France et en Europe. Parmi ces jeunes, se trouve ISHAQ AG Alhousseini qui est l’initiateur du projet “GOSSI MAWMAW ” qui veut dire embellir en tamasheq. Ishaq est un jeune malien de 32 ans vivant en France, originaire de Gossi, né à Tin-Arab, Adiora (village de la commune de Gossi et dans la province de Gourma Rharous de la région de Tombouctou).

Après un master en droit privé et en sciences politiques en Guyane française et une Prépa Ena à Montpellier, il a beaucoup travaillé dans l’administration française, notamment au ministère de la Justice en tant que chef de service. Très engagé dans le monde associatif et social, il a  été l’un des facilitateurs des accords de paix entre les communautés au Mali et entre les Toubous et les Touaregs en Libye. Actif dans tout ce qui concerne la paix et le développement de nos différents pays, il a  également initié le développement de Tin-Arab peu avant la crise de 2012.

Parlez-nous de «Gossi MawMaw», de quoi s’agit-il ?

I.A.A : Le concept de «Gossi-MawMaw» a vu le jour le 16 décembre 2016, pendant la fête tournante qui a eu lieu à Agadez. Mais ce n’est que le 6 janvier 2017 que la Diaspora en France et en Belgique, les populations de Gossi ainsi que les pouvoirs locaux (conseil municipal, conseil de cercle, député et autorités administratives), se sont organisés autour du projet. En effet, ayant saisi l’occasion offerte par la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger entre l’Etat malien et les mouvements armés du Nord et, ayant en outre suivi avec un intérêt réel le développement issu de l’événement «Agadez-Sokni» au Niger voisin, les populations locales ont manifesté, sur initiative de leur diaspora en Europe, leur grande disposition à s’approprier l’événement et à tout mettre en œuvre pour que l’événement dénommé «Gossi-MawMaw» (éloges, beautés de Gossi en tamashaq) ait lieu durant les semaines couvrant les dates anniversaires de la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation, soit les 15 mai et 20 juin 2017 pour le bonheur de toutes les populations.

À l’instar d’Agadez-Sokni, initiative mise en place par le gouvernement du Niger lors de la fête de la République où il organise des célébrations chaque année dans une ville différente, avec des investissements importants pour moderniser ou doter les villes hôtes d’infrastructures, nous, conseil de cercle, conseils municipaux du cercle et les ressortissants de Gossi avons entrepris l’organisation de «Gossi-Mawmaw» (éloges, beautés de Gossi) pour les 15 mai et 20 juin 2017, dates anniversaire de la signature de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali, issu du processus d’Alger. Cet événement culturel et festif tendra à rassembler tous les Maliens autour de la cohésion, de l’entente et de la paix. Il sera aussi l’occasion de mise en place de structures de base dont ont besoin les populations de Gossi. Les autorités locales sont d’ores et déjà impliquées. Cet événement sera idéalement porté par l’Etat dont un des membres du gouvernement ou une personnalité désignée par ses soins devrait présider le comité de pilotage. À court terme, cet événement pourrait être une fête nationale tournante dans chaque ville du Nord et dans chaque région du reste du pays, pour commémorer la paix et pour mettre fin au cycle d’insécurité.

Quels sont ses objectifs?

L’un des principaux objectifs de ce programme est de servir de point de départ à une commémoration annuelle, fête nationale tournante, dans chaque région du Mali, commémoration du 15 mai et 20 juin, dates d’anniversaire de l’accord pour la paix et la réconciliation au Mali issu du processus d’Alger, signé les 15 mai 2015 et parachevé à Bamako le 20 juin 2015. Parallèlement, les autres objectifs seront de : faire rencontrer toutes les populations du Mali autour d’une semaine de festivités à caractère national ; initier une fête nationale de célébration de la paix ; remettre la cohésion au cœur des problématiques maliennes ; procéder au développement de la ville de Gossi en y créant toutes les infrastructures dont le besoin est urgent ; détourner la jeunesse de la tentation en y offrant formation et/ou emploi et enfin donner envie aux populations de se prendre en main pour développer leur territoire en lien avec les pouvoirs publics.

En quoi ce projet pourra-t-il aider à rapprocher les cœurs des populations ?

«Gossi-MawMaw» a d’ores et déjà permis la paix entre plusieurs communautés du cercle de Gourma-Rharous. Toutes ces populations se sont unies autour du projet car elles y voient l’intérêt qu’il représente. Une grande campagne de sensibilisation autour de la paix et de la cohésion sociale a eu lieu. Le projet a permis de fédérer tous les ressortissants de la région autour de sa mise en œuvre pour un développement intégré et annuel de chaque collectivité. «Gossi-MawMaw» permettra de resserrer les liens entre les Maliens, de cultiver le vivre-ensemble, de co-construire et de rentrer dans le processus de légalité républicaine tout en favorisant le développement et la prise en compte de l’intérêt général.

Comment pourra-t-il aider à contribuer au développement urbain de la ville de Gossi et du Gourma ?

Je me permets d’abord de vous parler rapidement de Gossi. Gossi est peuplée d’environ 44 260 habitants, proche des zones d’élevage nomade, elle est caractérisée par des activités d’agriculture, de pêche, de produits de cueillettes, de commerce de proximité et de trafic routier. La ville abrite un important marché à bétail qui se tient chaque dimanche. Depuis 1987, Sœur Anne-Marie Salomon, une religieuse française et médecin, y a installé un hôpital pour nomades, unique au Mali. Les nomades peuvent y installer leurs tentes pour la durée des soins. Cet hôpital a cessé de fonctionner depuis la survenue de la crise dans notre pays en 2012. Gossi est en outre un grand carrefour entre le Nord du pays et le Sud. Principale halte des voyageurs entre Bamako, Gao et Kidal, elle occupe une place stratégique au sein du maillage territorial.

Peuplée de Tamasheqs, de Songhays, d’Arabes, de Bozos et de Peulhs, tous sédentaires, elle a une population très jeune et entreprenante dont le seul établissement d’enseignement fondamental de second cycle paraît ne plus suffire. Connue également pour sa grande réserve d’éléphants et sa mare légendaire, elle aspire aujourd’hui à jouer le rôle qui est le sien de grande ville du Nord du Mali en acquérant services administratifs et sociaux et toute infrastructure de développement. Gossi est alimentée faiblement en électricité par l’Agence Malienne du Développement des Energies Renouvelables (AMADER), mais pas en eau courante. De ce fait, elle dépend totalement de Gao, Mopti et de Tombouctou, pour tout ce qui concerne les opérations bancaires, les actions en justice et les échanges via Internet. L’eau consommée généralement est celle de la mare, eau non potable. La mare est par ailleurs en voie de tarissement, à défaut de barrage. La ville manque de tout et sa population ne cesse d’augmenter, d’où l’urgence d’un tel projet. C’est une ville démunie des services essentiels et avec une économie sinistrée. Les résultats attendus sont les suivants : 1. des infrastructures publiques fonctionnelles et notamment l’accès à l’eau potable, aux soins, l’électrification de la ville, une banque, une radio FM, un dépôt de carburant et des ateliers de mécanique automobile, des routes entre la ville et les communes du cercle, notamment Ouinerdene (Adiora) et Rharous ; 2. – Economie : structures de commerce et d’échange, économie et production locale, transport collectif de biens et de personnes. Mairie & services municipaux. Réhabilitation des locaux de la Mairie/administration/ impôts/pompiers/ police/ centre technique. Ecoles, collège/Lycée, Centre de formation professionnel. 3. Mise en place d’équipes de projets structurées autour de personnes et structures ressources. 4. Tenue de forums thématiques journaliers relatifs à chaque secteur afin de rassembler les acteurs locaux, identifier les besoins locaux et les ressources à mettre en synergie et proposer une programmation.

Il s’agira en outre de : sauvegarder le patrimoine animalier (réserve des éléphants du Gourma) ; valoriser la mare qui servait de réservoir de vivres (maraîchage, pêche). Ces deux derniers résultats attendus peuvent en effet contribuer à fortement réduire la pauvreté. Tout ce développement changera totalement la vie des populations et créera des emplois.

Quelle est la particularité de «Gossi-MawMaw» par rapport aux autres projets de développement durable dans la partie septentrionale du Mali, qui sont tombés à l’eau dans le passé?

Ce projet est bien différent des autres, car inédit. Il s’agit d’une initiative très particulière et innovante. Rien que la forme diffère en ce sens que l’initiative émane des populations et est partagée par les autorités locales. Il mobilise par ailleurs toute la diaspora malienne et est appuyé par l’ensemble des communautés-sœurs des pays voisins. Il diffère enfin des autres car il s’agit d’une politique publique co-portée par la société civile. Il apporte au gouvernement une alternative à la crise et fédère pour lui toutes les forces vives. Il lui propose en outre une réforme nationale : fête tournante de célébration nationale de l’Accord associée à un développement de la région-hôte. L’État a tout à gagner dans ce programme, ainsi que ses partenaires qui œuvrent depuis plusieurs années au retour de la paix et au développement. De plus, les bénéficies du programme seront vus, connus et transparents, avec une gestion très rigoureuse des deniers publics.

Vu la situation sécuritaire très fragile dans la zone, pensez-vous que toutes les conditions sécuritaires seront réunies d’ici mi-mai, date à laquelle «Gossi-MawMaw» aura lieu, pour le bon déroulement de cet événement qui fait le buzz sur les réseaux sociaux depuis décembre 2016 ?

Le manque de développement, le chômage et les conditions de vie déplorables de nos populations sont les principaux facteurs d’insécurité et de toute sorte de crise. «Gossi-MawMaw» est une réponse. Depuis l’annonce du projet et la connaissance par le peuple de ses objectifs, l’insécurité et le banditisme ont cessé dans la zone concernée. Les communautés qui étaient en conflit armé une semaine avant le lancement du projet sont réunies aujourd’hui autour de «Gossi-MawMaw». La situation sécuritaire dans l’ensemble des régions concernées n’est plus si fragile que cela. Avec le début d’application des dispositions de l’Accord et la mise en place des autorités intérimaires, à la mi-mai, toutes les conditions seront réunies. Les retombées de «Gossi-MawMaw» bénéficieront à tous les Maliens, car l’année prochaine, une autre ville/région du pays sera choisie pour connaître le même développement.

Quel sera votre rôle en faveur de la paix au Mali ?

Je suis un fervent défenseur de la paix, un fédérateur, un unificateur. Mon rôle est de sensibiliser sur les bienfaits de la paix, du vivre-ensemble et de la tolérance pour que notre pays puisse se sortir de cette crise et de rejoindre le concert des nations, avec un peuple motivé, soudé et uni autour de la renaissance d’un Etat fort.

Propos recueillis par Mohamed Ag Ahmedou, Journaliste malien

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7 COMMENTAIRES

  1. Pour une fois, le discours n’est pas de dominer les autres africains du mali
    Pour une fois le discours n’est pas de se croire supérieur aux autres maliens
    Pour une fois le discours n’est pas de diviser le mali
    Pour une fois le discours n’est pas d’apporter la guerre au peuple malien
    Pour une fois le discours n’est pas de voler la terre des maliens

    BRAVO!!!

  2. il ya des Touaregs partout en Afrique de l’ouest mais ils savent que les malien se laisse faire c’est pourquoi ils veulent créer un état au Mali . il faut leurs nettoyer de notre territoire

  3. EH…BLABLA…FAUT COMPRENDRE LA PSYCHO DE CES GENS DU NORD ENFIN…CA VEND DU VENT SHADE DU SANG SOUTIRE DES SOUS!

    DANS SON LINCEIL CES BEAUX GARCONS DES SEUILS DU CRIME!

    AH…LES BODAW AKHBAR! 😀

  4. C’est un projet intéressant… Mais si la sécurité des personnes et des biens, n’est pas de retour dans la Zone, rien ne sera possible. Alors, vivement la paix et la sécurité retrouvées partout au MALI… !

  5. Toure
    Si a chaque fois qu’un Touareg fait une proposition on le traite de voleur..
    Le Mali ne s’en sortira pas …
    Cet Homme vit en France, il est probablement français si il était chef se service dans une administration …
    Il a sans doute une vision plus large que celle de son clan..
    L’égalité antre les Maliens commence ici sur Maliweb

    Il doit bien y avoir dans le Sud du Mali des milliers de maliens qui ont l’esprit ouvert ..
    Il faut sortir des discours ethniques.

    Bon sang !!!

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