Ibrahim Tamega président du Mouvement Faso Denw : «Tout doit être mis en œuvre pour faire décoller l’économie nationale»

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Ibrahima Tamega
Ibrahima Tamega

Ibrahima Tamega, papa d’une fillette franco-malienne de 8 ans, vous avez 34 ans. Vous êtes   Malien, votre père, Moussa Tamega, a combattu pour la France. Vous avez été membre du bureau de Coordination de l’Aeem et trois fois Secrétaire général du Comité Aeem du Lycée Technique de Bamako. Arrivé en France à l’âge de 22 ans, vous êtes actuellement étudiant en Communication interculturelle à l’Université d’Angers dans la Région Pays de la Loire, située à 260 km, à l’ouest de Paris. Depuis 2009, vous  présidez l’Association Devoir de Génération, et dirigez le Festival Angers-Bamako, dans le cadre du jumelage de coopération décentralisée entre les villes d’Angers et Bamako. Vous êtes également président du Mouvement Faso Denw, une organisation citoyenne et internationale qui regroupe des Maliens et d’amis du Mali, qui œuvre pour le développement du pays.

 

Nous sommes 15 mois après le lancement de l’opération Serval, huit mois après l’élection d’Ibrahim Boubacar Keita à la tête du Mali, quelques jours après la démission d’Oumar Tatam Ly et la nomination de Moussa Mara à la Primature, le Mali continue de tanguer. Les Maliennes et les Maliens, à  l’intérieur comme à l’extérieur, se posent beaucoup de questions…

 

Selon la Constitution du Mali, le peuple élit le président de la République pour un mandat de cinq ans. Selon le bilan qu’ils font de la politique menée, les citoyens peuvent lui renouveler leur confiance pour un second mandat. Aujourd’hui, les Maliennes et les Maliens sont impatients et s’interrogent. Au regard de l’évolution de la situation socio-politico-sécuritaire du pays, il y a de quoi. Mais, huit mois seulement après l’élection présidentielle, c’est plus qu’insuffisant pour déjà parler de bilan. Nous devons laisser du temps au président IBK. Nous savons tous dans quel état il a trouvé le Mali. Les tâches et les missions que le peuple malien lui a confiées sont immenses. Avec les velléités indépendantistes du Mnla, les atrocités et attaques des narco-djihadistes terroristes, mercenaires étrangers ou fils égarés de la République, la crise a été cauchemardesque et sans précédent. Les interrogations, les inquiétudes émergeraient quel que soit le président. Ce n’est pas la personne du Président IBK qui est un problème. C’est la réalité du terrain à Kidal qui préoccupe nos compatriotes. C’est la connivence de certains prétendus amis du Mali avec les groupes armés hors-la-loi qui les inquiète. Les Maliens veulent savoir quand le pays sortira définitivement du cauchemar. Ils ont besoin de signaux concrets et d’indicateurs fiables pour regarder l’avenir avec sérénité.

 

Vous évoquez Kidal. Comment se fait-il que la situation y soit bloquée ?

C’est une question à laquelle je ne peux répondre que par d’autres questions. Qui bloque quoi dans la région malienne de Kidal ? Pourquoi  cette particularité ou spécificité kidaloise ? Qui empêche le retour et la réinstallation des institutions, des fonctionnaires et les militaires maliens dans toute cette région ? Qui empêche l’Etat malien d’y assurer ses missions régaliennes ? Qui refuse au Mali de recouvrer son intégrité territoriale totale ? Qui se permet de jouer ainsi avec l’avenir de tout un peuple ? Qui ose prendre le risque de replonger notre pays dans l’instabilité ? Qui est réellement responsable ? Qu’est-ce qu’on ne nous a pas dit ?

Le président IBK et les autorités actuelles du Mali, soucieux des préoccupations et attentes des Maliens, n’ont aucun intérêt à rester passifs face à la situation qui prévaut à Kidal. Ils doivent faire en sorte que les Maliens retrouvent leur honneur, leur dignité. Ils ne peuvent rien accepter de ce qui menace la souveraineté du pays. Il y va de la survie et de la confiance que le peuple a portée en eux. Et pourtant, oui, la situation reste bloquée. Depuis des mois, les Maliens de la diaspora en France et les Maliens de l’intérieur dénoncent cette situation et soulignent l’ambigüité, voire l’incohérence, de certains de nos partenaires. Ces actions pacifiques et citoyennes ont permis, encore une fois, de mettre à nu le groupement ultra minoritaire et indépendantiste du Mnla soutenu par son réseau, les exactions meurtrières dont il est reconnu coupable, et de rappeler ses liens avec les narco-djihadistes.

L’intervention Serval a permis de libérer les autres régions occupées. Comprenez-vous pourquoi les populations dans ces régions du Nord ne se sentent pourtant toujours pas en sécurité ?

Les populations ont certes été libérées de leurs occupants, mais elles restent marquées à jamais par les affres et tortures dont elles ont été victimes. Leurs villes sont encore régulièrement ciblées par des engins explosifs. Comment voulez-vous qu’elles se sentent en sécurité ? Tous les Maliens constatent amèrement que les responsables de ce désastre bénéficient aujourd’hui de la passivité, si ce n’est du soutien avéré, de certains qui prétendent pourtant être nos libérateurs ou partenaires bilatéraux. Les bourreaux de nos populations sont devenus fréquentables, puisque certains les fréquentent ouvertement. Avouez qu’il y a de quoi s’inquiéter et douter !

Pensez-vous que ce sentiment d’insécurité freine le retour de beaucoup de réfugiés ?

Certainement. Se savoir en sécurité réelle est crucial et vital. Une solution rapide et définitive doit être apportée. Nos frères et sœurs qui ont tout quitté, du jour au lendemain, vivent, depuis, dans une misère humaine et une dépression sociale inimaginable. Nous espérons et souhaitons que nos compatriotes déplacés ou réfugiés reviennent sur leur terre natale. Lorsque les membres du Mnla ainsi que ceux de leurs alliés terroristes Aqmi, Mujao et Ansar dine seront remis à la justice pour répondre des exactions dont ils sont accusés, afin d’être jugés de façon républicaine et impartiale, le sentiment de sécurité renaîtra, et les déplacés reviendront en toute confiance.

Dernièrement, les rebelles séparatistes ont fait état de rencontres avec des acteurs de la «communauté internationale». Que peut-on en comprendre ?

Le Mnla a clairement repris ses actions de propagande. Ce mouvement semble bénéficier d’une base-arrière et d’un soutien politico-financier de la part de certaines forces à ce jour invisibles. Il est de notre devoir de casser certains tabous et de dire à ceux qui ont créé et constitué cette organisation qui œuvre contre le Mali et contre la paix, de mettre un terme à leurs tentatives répétées de déstabilisation de notre pays, et de cesser leur manipulation de ceux, traitres ou égarés, qui font le choix de défendre des intérêts extérieurs inavoués, mettant ainsi en péril l’unité du Mali. Il y va de la sécurité de tous les pays de la sous-région.

Il est reproché à IBK de beaucoup voyager. Il avait annoncé «Le Mali d’abord ». Beaucoup disent maintenant «ma famille d’abord». Il semble qu’il y ait eu des désaccords déterminants entre Koulouba et la Primature. Etes-vous d’accord avec ceux qui estiment que Karim Keita puisse avoir joué un rôle ? 

Je me garde de polémiquer sur ce genre de sujet. Je me compte parmi les citoyens de notre pays qui refusent de tomber dans le jeu de certains ennemis de la quiétude nationale. Je ne veux pas entrer dans leurs faux débats. Ils ne font que détourner l’attention des Maliennes et Maliens des urgences nationales qui exigent un rassemblement de tous afin de mener le combat citoyen pour le Mali. Je préfère trouver les moyens et les tribunes pour expliquer ma vision et celle de mes camarades Faso Denw pour le Mali, pour expliquer le pourquoi de notre amour et combat pour la Patrie. Nous consacrons notre temps à nos projets en cours pour le développement du Mali. Je suis convaincu que  vous et nous, elle et lui, toi et moi, oui, nous tous, avons aussi notre idée du Mali. Ensemble, différents mais complémentaires, prenons plutôt l’habitude de mettre en œuvre nos projets et nos idées novatrices.

Les critiques ne sont bénéfiques que lorsqu’elles sont enrichies de propositions constructives. Je vous laisse donc conclure avec les idées et solutions que votre association Faso Denw suggère à Moussa Mara pour que le bateau Mali cesse de tanguer ?

Il faut de l’audace. Cela passera par des réformes institutionnelles et constitutionnelles. Par un travail inclusif et populaire, il faut rapidement restaurer les institutions de la République, supprimer celles qui sont floues et en créer d’autres. La gouvernance des services publics doit être améliorée et renforcée. Le citoyen usager doit être mis au cœur de toutes les actions afin de changer qualitativement son quotidien. Tout doit être mis en œuvre pour faire décoller l’économie et que le bénéfice du taux de croissance annoncé soit utilisé pour améliorer le bien-être de chacun, c’est-à-dire sa santé, son alimentation, son logement, sa salubrité. Pour nous, les Faso Denw, c’est le seul et unique objectif.

Nous sommes convaincus qu’il faut des Maliens «Koura», un «nouveau type» de Maliens, pour bâtir un Mali, neuf et prospère. Un travail politique et idéologique, persévérant et rigoureux, est nécessaire pour amener le citoyen malien à enfin prendre son destin en mains face à l’Histoire. Il doit s’arracher de toutes sortes de conceptions moyenâgeuses qui freinent son engagement total dans l’édification d’une société nouvelle. Pour mettre en marche cette société nouvelle au Mali, une société composée de vrais amoureux de la Patrie, les familles et l’Ecole de la République doivent, ensemble, de façon durable et constructive, participer à une transformation qualitative des esprits et de la mentalité des citoyennes et citoyens. Pour nous, les Faso Denw, c’est, collectivement, dans la mutualisation et dans la complémentarité, que nous contribuerons à transformer le Mali en un immense chantier, où les expressions, critère de moralité, souci de la justice sociale, et respect des droits fondamentaux à une vie et une existence dignes, ne seront plus de vains mots, mais se matérialiseront dans la pratique sociale de chacun d’entre nous. Les Faso Denw sont debout, et comme je le dis souvent, nous répondrons toujours présents pour défendre la cause du Mali face à ses détracteurs, d’où qu’ils viennent. Nous serons toujours au rendez-vous pour agir en faveur de la paix, la sécurité et la stabilité démocratique au Mali ! Osons inventer l’avenir, bâtissons collectivement le Mali de demain, dans la différence mais dans la complémentarité.

Françoise WASSERVOGEL

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