Maitre A . T Diarra a propos de la crise : ‘’La politique nous a divisés, la guerre doit nous unir…’’

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Dans un entretien accordé à notre rédaction sur la situation actuelle du pays, Maitre Amadou Tiéoulé Diarra invite les maliens à s’unir et faire fi des clivages politiques pour surmonter la dure épreuve, mais pas pour autant insurmontable, que traverse le Mali. Rappelons que l’homme est Avocat à la cour et Professeur d’Histoire et des Institutions à l’Université. Il est par ailleurs le Président de la Ligue pour la Justice, le Développement et les Droits de l’Homme (LJDH). ‘’La politique nous a divisés, la guerre doit nous unir…’’, n’a cessé de rappeler l’éminent juriste tout au long de l’entretien. Lisez plutôt !

Quel est votre impression par rapport à la crise actuelle ?
La crise que traverse le nord de notre pays n’est pas une surprise, dans la mesure où tout le monde s’attendait à ce que les Djihadistes tentent effectivement d’avancer vers le sud un jour. Mais heureusement, les réactions de la France et de la communauté internationale ne se sont pas fait attendre. Il est important de rappeler que la politique a divisé les maliens et que cette guerre nous donne l’opportunité de nous unir à nouveau. Cela est très important pour le Mali.
Comment percevez- vous la réaction des autorités Françaises ?
Par rapport à cette réaction des autorités françaises, si l’on peut caractériser les choses ainsi, on dira que les faits ont devancé le droit. Parce que conformément à la résolution 2085, le Mali et la communauté internationale préparaient la mise en œuvre commune d’une stratégie pour booter les islamistes et intégristes hors du Mali. Mais, leur mouvement en direction du sud a précipité la réaction de la France sous l’égide de la communauté internationale. C’est pour cela que j’ai dit que les faits ont devancé le droit. Je pense aussi que la réaction de la France se trouve inscrite dans le cadre de la résolution 2085. Laquelle a autorisé le déploiement des forces de la Mission Internationale de Soutien au Mali (MISMA) sous conduite Africaine. Dans la résolution, il est précisé que les forces africaines seront déployées au Mali pour une durée d’un an. Les obligations de cette mission sont effectivement dans la résolution 2085, entre autres, le respect de la souveraineté, le respect de l’intégrité territoriale, le respect de l’unité du Mali et les taches à accomplir. Mais fondamentalement ce qui est important à noter c’est qu’il s’agit non seulement de reconstituer l’intégrité territoriale du Mali mais, il est également dit que les actions doivent être menées avec les autres parties prenantes au plan international. L’Union Européenne est mentionné dans la résolution 2085.
Quelles sont vos impressions sur la classe politique en ce moment ?
J’ai l’habitude de dire assez souvent à l’Espace d’Interpellation Démocratique (EID) que la politique a divisé la France et que la guerre les a unis. Mais chez nous ici, non seulement la politique nous a divisé mais la guerre effectivement n’a pas été en mesure de nous réunir et c’est ça le comble. Je pense aujourd’hui que le Mali devrait être un vaste champ de bataille ou tout le monde se rassemble dans l’unité pour faire front commun à l’envahisseur et l’envahisseur une fois booté, on pourra refaire face aux contradictions qui nous opposent. La guerre devrait mettre les contradictions en veilleuse et non y mettre fin. Le plus important en ce moment pour les Maliens du sud doit être le seul fait de se donner les mains pour chasser les islamistes hors du Mali. Après cela, nous aurions le temps de résoudre les autres contradictions politiques. C’est ainsi que nous aurions raison sur les envahisseurs.
Quelles sont vos impressions sur le gouvernement actuel ?
On n’est toujours dans la logique de la décision qui a été prise à Abidjan, c’est-à-dire la décision qui a prolongé le mandat du président par intérim à un an si je m’en tiens au plan juridique. J’ai beaucoup de critique à formuler mais je pense que les critiques ne doivent pas nous amenés à disloquer la république en tant que telle. Chacun doit mettre un peu d’eau dans son vin, pour que nous ne périssions pas. Même si tous nous savons qu’il y a beaucoup d’irrégularité au point de vue juridique, compte tenue des réalités du pays nous ne devons pas nous accrocher à ces irrégularités. Car nous sommes condamnés à sauver notre fond commun qui est le Mali. Si la communauté internationale a prolongé le mandat du président par intérim, c’est bien sur pour des raisons stratégiques. Nous faisons partie de cette communauté internationale et nous sommes obligés de nous conformer aux règles pour avoir signé des conventions. Le débat de la prolongation reste une réalité mais qui peut encore attendre. Car la seule priorité aujourd’hui est la reconquête de régions occupées.
Quel commentaire pouvez-vous faire sur le débat des concertations nationales ?
Il serait suicidaire de nous éparpiller. Aujourd’hui le seul mot d’ordre conséquent, c’est un soutien à notre armée et à tout ce qui nous aide à reconquérir les régions occupées par les Djihadistes. Le soutien que nous recevons peut être formalisé même en dehors de la concertation nationale. Quitte à attendre après avoir maitrisé la situation du nord, si on estime qu’on ne peut pas organiser les élections sans organiser les concertations nationales. Dans ce cas, nous allons le faire parce que tous les mandats seront arrivés à expiration en ce moment. Car si on décide de parler de politique en profondeur pendant que l’armée fait face à l’ennemi, cela ne pourra pas donner un résultat satisfaisant.
Quel message pourriez-vous adresser à la société civile face à cette situation ?
La résolution 2085 n’a pas prévue la société civile mais je pense qu’elle a un rôle fondamental à jouer à savoir celui de vigilance, d’organisation et de défense des droits de l’homme et de toute la société civile par rapport à ce qui est possible. Je veux dire que les interventions, hormis celles qui se font dans le cadre prévu par la résolution 2085, doivent être contrôlées. La société civile doit vérifier la conformité de la résolution 2085 avec ce qui ce fait sur le terrain.
Votre mot de conclusion
Nous devons garder la sérénité. Nous ne devons poser aucune action qui puisse opposer les différentes forces militaires (maliennes, sous régionales et internationales) sur le terrain. Ce n’est pas le moment d’alimenter des polémiques. Nous ne devons pas tenir des propos choquants à l’endroit de qui que ce soit. Le Mali a eu dans le temps à apporter son soutien à la France et si aujourd’hui la France décide de nous apporter un appui, cela est tout à fait logique. Loin de bouder la France, je pense qu’elle nous rend la monnaie de notre pièce. En plus, nous sommes dans le cadre de la coopération internationale. Ne dit-on pas que si la case du voisin brûle que les autres voisins ont tout à fait le droit de s’inquiéter et de le soutenir…Notre armée est brave et elle a la volonté de se battre. Mais étant donné que les moyens matériels et logistiques manquent, nous ne pouvons que nous réjouir de l’aide internationale car rien n’est possible avec seule la volonté.
Propos recueillis par
KANTAO Drissa

SOURCE:  du   16 jan 2013.    

3 Réactions à Maitre A . T Diarra a propos de la crise : ‘’La politique nous a divisés, la guerre doit nous unir…’’

  1. Ankataniè

    Puisse Dieu être avec nous dans ce combat implaccable contre le terrorisme. Après nous aurons le temps et les moyens de choisir les meilleurs dirigeants possibles.

  2. zazoubdx

    Tout à fait d’accord avec Maître Diarra: en temps de crise, donc situations exceptionnelles…, mesures exceptionnelles!L’Etat d’urgence peut justifier ces mesures exceptionnelles, et donc provoquer des entorses aux règles! Aucune démarche politique ou même politicienne ne devrait, pour des récupérations quelconques, essayer d’aggraver la situation, à défaut d’un appel à un rassemblement… A bon entendeur MP22

  3. Ankataniè

    « La politique nous a divisés, la guerre doit nous unir… ». C’est bien dit et bien à propos. Mais M. L’Avocat doit aussi savoir que la Cour Constitutionnelle a donné un avis sur l’intérim du PR. Elle a bel et bien précisé que l’intérim s’entend en vigueur jusqu’à l’élection d’un PR. L’histoire d’un an de la CDEAO n’a aucune valeur juridique.