Mohamed Mahmoud El Oumrany à propos des exactions : «Il y a tous les ingrédients pour une confrontation intercommunautaire et c’est la faute du Mnla»

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Arabes, Touareg… Au nord du Mali, les équilibres ethniques sont fragiles, comme en témoignent les violents affrontements entre les deux communautés, le week-end dernier dans l’extrême nord du pays. L’ancien ambassadeur Mohamed Mahmoud El Oumrany est le président de la communauté arabe du Mali. Nous l’avons rencontré.

 oumarou xEst-ce qu’il y a  des exactions contre des populations civiles du Nord Mali  de la part l’armée malienne ?

À la libération de Tombouctou, il y a eu des exactions contre la communauté arabe en particulier. Ces exactions ont touché les pillages des magasins et des domiciles, et il y a eu des pertes humaines. Nous avons poussé des grands cris et le Mali est en train de réagir ; des sous-officiers et soldats qui sont responsables de certaines de ces exactions sont en route pour Bamako.

En effet, un porte-parole de l’armée malienne a annoncé à la télévision  que des militaires fautifs étaient rappelés à Bamako. Mais, est-ce que vous avez les nouvelles de quatre commerçants qui ont été enlevés  à Tombouctou à leur domicile le 14 février dernier ?

Non. Nous n’avons aucune indication et c’est la raison pour laquelle ces militaires sont acheminés actuellement vers Bamako.

Ce qui veut dire que vous êtes très inquiet, non ?

Bien sûr, nous sommes inquiets et nous considérons qu’ils n’existent plus. Ils ont été liquidés et les militaires en question vont répondre pour ces exactions. La justice est en marche et l’autorité de l’Etat est en marche. Nous considérons que ces exactions ne se renouvèleront plus.

Samedi dernier, à Khalil dans l’extrême Nord, il  y a eu un combat   meurtrier entre des Touareg du Mnla et des Arabes du MAA et 22 morts. Est ce qu’il y a un risque de grave affrontement intercommunautaire ?

Je vais vous dire une chose, il y a tous les ingrédients pour une confrontation intercommunautaire et c’est la faute du Mnla. Le Mnla a attaqué des commerçants paisibles à Khalil, il a attaqué des véhicules isolés sur l’ancienne route vers le Niger qui relie l’Algérie à Gao et Tombouctou. Il a pillé des véhicules, des boutiques, des maisons et  marchandises  à Khalil.  Il y a actuellement  16 à 20  personnes entre ses mains. Toute la communauté arabe qui réside à Khalil a été obligée d’évacuer la ville. C’est la première fois qu’il y a un nettoyage ethnique d’une communauté vis -vis d’une autre. Je dis que la région de Kidal est considérée aujourd’hui comme un chantier pour le Mnla. Il n’y a pas l’armée malienne pour rétablir l’équilibre, pour rétablir la loi. Il n’y a que le Mnla. Il vous dit que si vous protestez, il fera recours à l’armée française en vous désignant comme islamistes et terroristes. C’est une situation qui n’est pas acceptable et elle va conduire à un affrontement certain entre la communauté arabe et la communauté touarègue.

Vous voulez dire que le Mnla profite de son alliance tactique avec l’armée française dans la région de Kidal pour perpétrer des exactions contre la population civile ?

Exactement, et je dois dire que cette alliance n’est d’aucune utilité pour l’armée française. Le Mnla ne peut rendre aucun service concernant les intérêts français, à savoir la libération des otages et la lutte contre les islamistes. Ils ne peuvent pas protéger les intérêts français au Niger.

Vous pointez du doigt les Touareg du Mnla et derrière les Arabes MAA on parle d’Oumar Ould Hamaha, l’ex-porte parole d’AQMI. Est-ce que ce mouvement ne risque pas d’être infiltré par les jihadistes ?

Je vais vous dire une chose, au moment de ces événements, Oumar Ould Hamaha n’était pas dans la région ; les services français peuvent vérifier. Mais, vous savez, quand un homme se noie dans un fleuve, il s’accrochera sur un serpent de passage.

Vous voulez dire que des éléments, des  combattants du MAA sont entrain de s’agripper aux jihadistes ?

 À présent ils ne sont pas accrochés aux jihadistes, mais si l’armée française ne brise pas l’action du Mnla, cela se produira, parce que des jihadistes viendront. Le prétexte sera la protection de la communauté arabe. Alors que nous, nous nous plaçons la protection de la communauté arabe. On n’ouvre pas la porte à toutes les aventures.

Mais, franchement, est-ce que le MAA n’est pas une entreprise de blanchiment pour les anciens éléments d’Aqmi et du Mujao ?

Mais absolument pas. Le MAA n’a jamais fait un coup de feu contre l’armée et n’a jamais fait un coup de feu contre une autre communauté. Mais aujourd’hui que les Arabes sont attaqués, le MAA va sortir. C’est pourquoi je voudrais attirer l’attention de l’armée française et celle du Mali. Si la pression continue, elle va conduire à une situation de conflit avec les communautés touarègue et arabe.

Et quand vous disiez cela à l’Ambassadeur français au Mali, qu’est-ce qu’il vous a répondu ?

Il comprend. Il pense que c’est une situation mauvaise, une incompréhension qu’il faut lever rapidement. Et c’est pourquoi je suis encouragé pour dire à l’armée française que ceux qui peuvent servir la libération des otages et le maintien de la sécurité dans la région, c’est d’abord la communauté des Ifoghas. C’est la famille Intalla. La famille Intalla est la mémoire, la confiance des communautés de l’Adrar.

Donc, vous faites confiance au nouveau Mouvement touareg MIA dissident d’Ançardine ?

Oui. La famille d’Antalla doit être au-dessus de tout cela. Elle n’a pas besoin d’organisation militaire ou politique. Avec nous, avec cette famille,  nous pouvons retrouver les otages français.

Propos transcrits par Seyni Touré

Source : RFI 

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