Moussa TourĂ© : “Les investisseurs doivent retrouver le chemin du Mali”

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Moussa Touré est le directeur général de l’Agence pour la promotion des investissements (API) depuis février 2015. © Sbastien Rieussec
Moussa Touré est le directeur général de l’Agence pour la promotion des investissements (API) depuis février 2015. © Sbastien Rieussec

ENTRETIEN. Comment faire revenir les investisseurs au Mali ? Est-ce le bon moment ? Ă€ la tĂŞte de l’API, Moussa TourĂ© donne des pistes pour s’y retrouver.

C’est devenu comme un mantra. AnnĂ©e après annĂ©e, mois après mois, gouvernement et acteurs Ă©conomiques se succèdent pour affirmer que “ça va mieux”, “la reprise est lĂ ”, “le Mali est de retour”… Combien de temps encore faudra-t-il au Mali pour imprimer ce tournant qui fera revenir en masse les investisseurs ? Moussa TourĂ©, 46 ans, actuel directeur gĂ©nĂ©ral de l’Agence pour la promotion des investissements au Mali (API-Mali) bien calĂ© dans son fauteuil en est convaincu : l’embellie est dĂ©jĂ  lĂ . Dans un dĂ©bit lent, cet ancien cadre de Coca-Cola, en poste Ă  l’API depuis fĂ©vrier 2015, pèse chaque mot. Car il sait qu’ils peuvent faire toute la diffĂ©rence. Notamment dans cette pĂ©riode oĂą les incertitudes sĂ©curitaires pèsent sur l’avenir de tout le pays… Dans ses prĂ©visions du mois de juillet, le Fonds monĂ©taire international table sur une nette accĂ©lĂ©ration de la croissance malienne cette annĂ©e Ă  au moins “5,3 %” et 5 % en 2018. L’activitĂ© Ă©conomique malienne profite notamment de la hausse de la production du secteur agricole et de la baisse des dĂ©penses publiques. Quant aux investissements, bien qu’en constante augmentation jusqu’Ă  26,4 % en comptant les investissements publics soutenus par les grands chantiers d’infrastructures ou des projets, le compte n’y est pas. Pour Moussa TourĂ© au-delĂ  des chiffres macro et microĂ©conomiques, les diffĂ©rents acteurs financiers particulièrement Ă©trangers attendent des rĂ©ponses plus claires. Comment lever le doute chez les investisseurs ? Dans quels secteurs investir au Mali ? Comment transformer sur place ? Avant le grand forum de cette fin d’annĂ©e qui aura lieu Ă  Bamako “Investir au Mali”, Moussa TourĂ© s’est confiĂ© au Point Afrique.

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Le Point Afrique : Quel cheminement avez-vous eu pour mettre en place votre approche des investissements dans ce contexte d’incertitudes sĂ©curitaires ?

Moussa Touré :Il est Ă©vident dans le contexte qui est le nĂ´tre, et ce malgrĂ© quelques amĂ©liorations, que notre Ă©conomie souffre. Mais attirer les investisseurs n’est pas une chose impossible. Le Mali Ă  travers l’API travaille Ă  reconquĂ©rir les investisseurs depuis deux ans que je suis en poste. Il y a toujours des Ă©pisodes d’insĂ©curitĂ© et d’actes terroristes Ă  travers le pays. Mais c’est aussi le cas dans le monde entier. Cette crise de sĂ©curitĂ© elle est internationale et lorsqu’on admet cette rĂ©alitĂ©, quelque part cela enlève une certaine pression. Ceci dit le challenge de faire (re)venir des investisseurs dans un contexte comme le notre est double. Il faut tout d’abord leur donner le minimum d’information. Et la bonne information. Il est connu que la perception que nous avons Ă  l’extĂ©rieur est amplifiĂ©e par rapport Ă  la rĂ©alitĂ©. Je peux en tĂ©moigner, personnellement pour l’avoir vĂ©cu. En 2012, au plus fort de la crise j’Ă©tais encore basĂ© au Cameroun tandis que ma femme et mes enfants (quatre) les nouvelles que je recevais et ce que ma famille vivait Ă©tait diffĂ©rentes. Donc, je comprends d’autant plus cette perception car je l’ai ressenti. Je pense qu’il faut l’intĂ©grer. Parce qu’une fois qu’on a passĂ© cette Ă©tape, il reste Ă  donner la bonne information et ĂŞtre capable de vendre les opportunitĂ©s rĂ©elles. VoilĂ  les challenges que nous avons Ă  relever.

Quels sont les investisseurs qui intéressent le Mali ?

Il va de soi que la prioritĂ© est donnĂ©e au dĂ©veloppement du tissu des PME-PMI. Donc nous recherchons des expertises venant d’autres pays qui sont plus en avance que nous. Elles doivent ĂŞtre capables d’attirer les PME-PMI qui sont bien installĂ©es. Elles doivent bien sĂ»r maĂ®triser la technologie mais aussi travailler avec ce tissu d’entreprises existantes et des partenaires locaux pour dĂ©velopper leurs affaires. L’objectif Ă©tant qu’elles soient capables de capitaliser des opportunitĂ©s qui se trouvent sur place.

Les investisseurs étrangers ont-ils votre préférence ?

On s’adresse Ă  tout le monde. On parlait de la situation du Mali qui est très compliquĂ©e, il est clair qu’un investissement stable passe d’abord par le national. Pour nous aujourd’hui quel que soit l’investisseur, nous prĂ©fĂ©rerons qu’il s’associe Ă  un local. Ce n’est pas une obligation mais une recommandation que nous faisons. car mĂŞme pour l’investisseur Ă©tranger cela le rassure d’avoir en face un tissu local dĂ©veloppĂ© donc ça permet de stabiliser certains types d’investissements. Nous regardons beaucoup en direction de la diaspora malienne, qui est très active dans tous les pays oĂą elle se trouve et dans tous les domaines. Nous voulons l’encourager Ă  venir investir au Mali en apportant ses compĂ©tences qu’elle a pu dĂ©velopper sur son lieu de rĂ©sidence. Des compĂ©tences dont tout investisseur a besoin pour dĂ©velopper ses activitĂ©s, et une raison supplĂ©mentaire pour que cette diaspora revienne soit en tant qu’investisseur ou ressource qualitĂ© pour les investisseurs et enfin nous souhaitons voir revenir en nombre les investisseurs Ă©trangers.

Mais, tout de mĂŞme, le pays est classĂ© en zone orange et rouge*, par un certains nombres d’investisseurs auxquels vous vous adresssez…

Le fait de dĂ©clarer une zone orange ou rouge est une première action normale, puisqu’il y a un problème et qu’au-delĂ  de ce problème on dit aux gens “de faire attention”. Ce sont des mesures prĂ©ventives qui n’occultent en rien les opportunitĂ©s d’investissements qui existent au Mali. Ce n’est pas parce que le Mali a Ă©tĂ© dĂ©clarĂ© en “zone rouge” que les opportunitĂ©s d’investissement disparaissent… bien au contraire.

Expliquez-nous….

MalgrĂ© toutes les consĂ©quences nĂ©fastes que nous avons enregistrĂ©es, l’après-crise accentuera les besoins qui Ă©taient dĂ©jĂ  Ă©normes. Raison de plus pour les anticiper. Et encore une fois, c’est une raison de plus pour les investisseurs de venir, parce qu’aujourd’hui il y a la prime du pionnier. Celui qui vient en premier va rĂ©colter le maximum de bĂ©nĂ©fices et de retours sur investissements sur son initiative.

Aujourd’hui quelles sont les prioritĂ©s pour le Mali ? Dans quels secteurs faut-il investir…

Nous avons aujourd’hui priorisĂ© quatre secteurs en sachant que les besoins vont au-delĂ . Le premier secteur c’est l’agriculture, voir l’agrobusiness pour faire de la transformation locale.

Nous ambitionnons dans un premier temps d’accroĂ®tre la production et donc par la suite d’accĂ©lĂ©rer la transformation de nos produits. Comme le coton, dont le Mali est le deuxième producteur en Afrique de l’Ouest. 98 % de ce coton est exportĂ© en l’Ă©tat, donc les opportunitĂ©s pour transformer ce coton sur place sont Ă  saisir !

Nous sommes un pays qui dispose de terres arables, irriguables, on a de l’eau et nous sommes parmi les plus grands producteurs de riz dans la sous-rĂ©gion sans compter les cĂ©rĂ©ales. LĂ  aussi il est tout Ă  fait possible de transformer au Mali. Nous importons 80 % des produits de consommation courantes et donc une transformation locale permettrait de changer cette situation d’autant plus que notre population est très jeune et croit très vite. Tous les 15-20 ans la population est amenĂ©e Ă  doubler donc il faut anticiper ce besoin. L’Ă©levage offre aussi son lot d’opportunitĂ©s d’affaires. C’est rĂ©ellement un des avantages comparatifs du Mali par rapport Ă  d’autres car nous sommes les premiers dans la sous-rĂ©gion en nombre de cheptel derrière le NigĂ©ria. Nous exportons la quasi-totalitĂ© de ces produits, cela offre des possibilitĂ©s pour les abbatoirs, l’industrie de la peau, du textile.

Troisième secteur très important Ă  la base de tout notre dĂ©veloppement, c’est l’Ă©nergie. Nous avons dĂ©jĂ  quelques projets majeurs dans l’Ă©nergie solaire dont deux centrales à 200 kilomètres de Bamako et il y a de la place pour d’autres projets. Les infrastructures sont le quatrième secteur prioritaire. Bien que dĂ©pendant de l’État, elles sont indispensables pour le dĂ©veloppement de toute entreprise. Il y a lĂ  aussi des opportunitĂ©s Ă  saisir pour le secteur privĂ© qui viendrait travailler avec l’État pour des projets de Partenariats-Publics-PrivĂ©s (PPP).

Quelle place pour le secteur privĂ© malien voire africain dans cette dynamique d’investissements ?

Il y a une prise de conscience et l’État a changĂ© de paradigme. Il considère maintenant que c’est le secteur privĂ© qui doit ĂŞtre le moteur de la croissance. L’État reconnait qu’il a des devoirs mais il n’a pas toutes les capacitĂ©s pour rĂ©aliser ces projets donc il fait appel au secteur privĂ© avec lequel nous sommes en prise directe. Notamment afin de dĂ©velopper un tissu de PME qu’on veut voir grandir, devenir gros en partenariat avec d’autres PME ou des grands groupes Ă©trangers. Car quand ces grands groupes internationaux viennent, ils ont besoin d’un tissu de pme fort, ne serait-ce que pour garantir la sous-traitance de certaines activitĂ©s, voire exĂ©cuter leur projet. En cela, le rĂ´le du secteur privĂ© est dĂ©terminant. Nous Ă  l’API-Mali nous contribuons Ă  faciliter cela en terme de rĂ©formes pour amĂ©liorer le climat des affaires.

Le Mali figure encore en queue de peloton (141e sur 190) pour les rĂ©formes Ă©conomiques dont le climat des affaires…

Oui, mais nous avons Ă©normĂ©ment progressĂ©. Nous sommes passĂ©s de la 143e place en 2016 à la 141e en 2017. Depuis quelques annĂ©es le Mali a initiĂ© un certain nombre de rĂ©formes qu’il faut accĂ©lĂ©rer maintenant. Avant il n’y avait pas de cadre pour les projets PPP. DĂ©sormais il y a une unitĂ© PPP qui a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e donc on va pouvoir enclencher ces projets typiques directement Ă  un seul guichet. Les investisseurs ont dĂ©sormais un interlocuteur pour pouvoir parler de projets PPP, ça fait dĂ©jĂ  une amĂ©lioration.

Ensuite sur le plan de la crĂ©ation d’entreprises nous accompagnons le gouvernement dans la simplification de toutes les procĂ©dures. Ce qui fait baisser le coĂ»t de la crĂ©ation d’entreprise. C’est ainsi que le Mali a progressĂ© dans le classement Doing Business.

Le secteur informel, qu’en faites-vous ?

le secteur informel est dominant dans toutes nos Ă©conomies et au Mali cela reprĂ©sente environ 80 % de l’Ă©conomie. C’est Ă©norme et rĂ©ellement il faut chercher Ă  changer cela. Aujourd’hui nous travaillons sur un programme technique et financier pour l’entrepreneuriat. Afin de donner une existence juridique aux personnes qui sont dans l’informel sans avoir la contrainte des impĂ´ts. Car la première crainte, c’est les impĂ´ts. Les gens ne comprennent pas la complexitĂ© du formel. Donc le statut de l’entrepeuneur permet d’avoir un pied dans le formel sans avoir la contrainte des impĂ´ts. En mĂŞme temps de participer Ă  la commande publique et l’Ă©conomie du pays tout en ayant une pĂ©riode probatoire de deux voire trois ans sans avoir ces contraintes d’impĂ´t. Il faut alors accepter d’apprendre pendant cette pĂ©riode, Ă  ĂŞtre accompagnĂ©. Il faut se prĂ©parer Ă  rentrer dans le monde formel. Ce programme sur lequel nous travaillons encore sera mis en Ĺ“uvre en 2018. Et il est accompagnĂ© d’un certain nombre d’outils pour amener les gens de l’informel vers le formel avec des garanties comme l’assurance maladie, etc.

Que vous apportent des institutions sous-rĂ©gionales comme l’Uemoa ou la Cedeao dans votre volontĂ© de faire revenir les investisseurs ?

Pour tous les acteurs de la zone il est maintenant admis que nos Ă©conomies prises individuellement ne reprĂ©sentent pas grand-chose, en termes de poids et de taille de marchĂ©s, donc il vaut mieux que nous restions dans ces regroupements pour dĂ©fendre nos intĂ©rĂŞts communs pour crĂ©er un grand marchĂ©. Je dis souvent Ă  mes collègues des agences de promotion de l’investissement que nous ne devrions pas avoir une approche concurrentielle mais plutĂ´t collaborative. On devrait pouvoir travailler Ă  dĂ©velopper des projets pour chacun de nos pays mais aussi des projets communs que nous pouvons proposer Ă  des investisseurs.

D’ailleurs dans tous nos argumentaires, nous mettons en avant le fait de reprĂ©senter un marchĂ© de 300 millions d’habitants, d’ĂŞtre la porte d’entrĂ©e de la sous-rĂ©gion, donc autant aller au-delĂ  et y aller ensemble. Mais pour l’instant notre prioritĂ©, c’est d’abord le Mali…

* Depuis 2012, le ministère français des Affaires étrangères recommande la plus grande prudence dans la capitale malienne (classé en zone orange) et déconseille formellement les déplacements touristiques (des zones classées en rouge) au Mali. De nombreux voyagistes et les populations remettent régulièrement en cause ce classement.

AĂŻssata DiakhitĂ©, icĂ´ne de l’agrobusiness

Elle ne pouvait pas Ă©chapper Ă  son destin. Celui de devenir un champion des produits bio du Mali. Avec d’un cĂ´tĂ© une mère issue de l’ethnie Bozo caractĂ©risĂ©e au Mali par la pĂŞche au poisson et de l’autre, l’ethnie peul de son père, baignĂ© par l’Ă©levage et le lait. AĂŻssata Diakhité 28 ans, est donc retournĂ© aux sources de l’agriculture Ă©quitable. Après un brillant parcours acadĂ©mique qui l’a menĂ©e d’un baccalaurĂ©at scientifique obtenu au Mali Ă  des Ă©tdues supĂ©rieures en Agroalimentaire oĂą elle termine avec un Bac+6 Ă  HEC. Pas Ă©tonnant que son profil ait Ă©tĂ© retenu par l’association AfricaFrance avec l’AFD au sein de la première promotion des “Young leaders.” Une sorte d’acadĂ©mie de l’excellence Made in Afrique-France, version nouvelle. Pas Ă©tonnant non plus que son nom soit dĂ©sormais sur toutes les lèvres. Surtout depuis qu’elle a officiellement crĂ©e en 2016 sa sociĂ©tĂ© Zabbaan Holding qui produit des jus de fruits frais vendus dans des commerces Ă  travers un dense rĂ©seaux. Elle a aussi sautĂ© le pas pour s’installer Ă  Bamako, quartier ACI-2000. Sa vision, sa passion pour l’agroalimentaire n’ont pas de limite, toute vĂŞtue de blanc, coupe au carrĂ©, entourant un joli visage de poupin, ce lundi soir devant la presse, AĂŻssata DiakhitĂ© a tout de suite retenu notre attention. En plus de ses nombreux prix, elle a le mĂ©rite de travailler avec beaucoup de femmes des rĂ©gions agricoles du Mali. RĂ©sultat : son chiffre d’affaires pour 2017 pourrait atteindre les 250 000 euros. Et attirer de nombreux investisseurs !

Propos recueillis par Viviane Forson
PubliĂ© le 11/07/2017 Ă  07:01 –
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3 COMMENTAIRES

  1. Quels ramassis de conneries!!!

    Investir dans un pays:
    -sale
    -ma lorganisé
    -sans routes et autoroutes
    -sans police
    -sans justice
    -pays a la solde de la famille d’abord

    Autant aller au Rwanda, Kenya, Angola, Ghana, Nigeria, Ethiopie, Maurice, Cap vert… voilĂ  des pays oĂą investir…

  2. le “show must go on”, le cas du Mali est comparable a une scene sur laquelle un ou des artistes tombent. le spectacle nest pas pour autant arrĂŞttĂ© !!!
    MalgrĂ© ces troubles comme vous le dite, les affaires doivent continuer. En un mot, je crois que les personnes a la tete de l’activitĂ© «Invest in Mali 2017» ont compris que “the show must go on”. Alors travaillons ensemble pour que le show du monde des affaires et des investissements directs nationaux et etrangers ne s’arrete pas.

  3. Que des fables! Aucun sĂ©rieux investisseur ne mettra pied au Mali avec des graves problèmes sĂ©curitaires et des troubles sociales dont l’aboutissement n’est pas du tout prĂ©visible. Les affaires sont basĂ©es sur la confiance dans un climat sein, hors le Mali dĂ©montre le contraire de jour en jour tout rĂ©culant. God bless Mali.

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