Seydou Traoré préfet de Niono : «Une phase de la guerre vient de s’achever ». et après ?

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Victime de fronde politique et d’incursion d’une partie de la rébellion armée au Mali, le cercle de Niono demeure la seule partie de la région de Ségou à s’asseoir sur une poudrière, quand bien même, il demeure le poumon économique du pays, avec ses casiers rizicoles.

Seydou Traoré,  préfet de Niono
Seydou Traoré, préfet de Niono

Les administrateurs civils qui y ont pu tirer leur épingle de jeu dans une zone stratégique, en donnant à l’Etat malien toutes ses lettres de noblesse sont rarissimes. En dehors d’un lointain défunt qui a commencé à servir en 1995, Mary Diarra, qui n’hésitait pas à utiliser ses biceps s’il le faut pour que force reste à la loi, ils sont aujourd’hui deux administrateurs civils qui laisseront pour la postérité des traces indélébiles dans le Kala. Si Alassane Diallo, aujourd’hui Préfet de Ségou, noyé un peu dans la proximité de l’exécutif régional, a passé presque 5 ans à anéantir toute velléité politique politicienne qui ne va pas dans le sens de la démocratie et de l’intérêt général du pays (n’est ce pas Oumar Mariko), son successeur, Seydou Traoré en 2011 s’est ingénié à protéger ses concitoyens et à leur assurer toute la quiétude nécessaire face à un péril d’insécurité armée dont la conséquence la plus moindre peut être l’insécurité alimentaire sur les terres de l’Office du Niger. Connaissant un pan de l’irrédentisme touareg, pour avoir servi dans l’administration au Nord du pays, Seydou Traoré résume ici le mode opératoire de cette nouvelle forme de rébellion et propose le remède qu’il faut afin de le contrer.

Le Ségovien : Comment peut se résumer la journée d’un administrateur civil dans une zone d’insécurité ? 

Seydou Traoré : Je devine que vous faites allusion aux sentiments qui m’animent tous les jours face à l’insécurité que vit notre zone. Ce sont des sentiments de très grandes préoccupations pour l’ensemble des populations qui sont mises à rudes épreuves. Préoccupation pour le personnel de l’Etat qui relève de votre autorité. Préoccupation pour les membres de votre famille. La meilleure formule adoptée par les uns et les autres, dès qu’il y a   la jonction d’attaque, c’est de se faufiler ; de se débiner ; de prendre la clé des champs ; d’aller dans un lieu où l’on se croit en sécurité. Pour ce qui nous concerne, nous avons estimé que ça fait partie des charges de notre mission ; qu’il vaut mieux rester et essayer de contenir l’élan, organiser la défense, rassurer la population pour jouer sa partition au nom de la mission pour laquelle nous sommes là. C’est à ce titre que pendant les deux attaques, depuis plus d’une année, nous sommes sous pression.

Le Ségovien : Justement, c’est le premier anniversaire triste de la première attaque. Il y a quelques semaines seulement, le cercle de Niono subissait encore une attaque. Donnez-nous plus de précision sur ces deux attaques.

Seydou Traoré : Notre pays connait des soubresauts de ce genre. Le cercle de Niono, depuis 1994, a toujours fait l’objet d’attaque de ce genre. Vous vous souvenez, il y a de cela 6 ans, Nampala avait été attaqué, avec une petite infiltration à Diabaly. Mais nous n’étions pas là.  Les autorités, à l’époque, avaient estimé que c’était un passage à déblayer par les narcotrafiquants qui partaient depuis le golfe arabique, en passant par Tombouctou, Gao, Nampala, jusqu’à atteindre le port de Nouadhibou, en Mauritanie pour pouvoir déverser leur produits. Le gouvernement avait pensé donner toutes sortes de qualifications pour montrer à l’opinion nationale et internationale ce qui se passe à cette partie du territoire. Pour ce qui est de la première attaque du 17 février 2012, c’est un convoi qui est parti de Gao, en passant par Bourem, nous le suivions par nos antennes, nos camarades et nos amis ; venir traverser Tombouctou, attaquer Niafunké, Tenenkou, Youwarou, Dioura, Léré avec comme objectif Nampala. Sachant que c’était un grand regroupement d’assaillants, le commandement militaire a estimé, stratégique, de replier les forces pour qu’en cas d’assaut, il y ait quelque chose de consistant. C’est pour cela que, quand ils sont arrivés à Nampala, il n’y a pas eu de résistance. Ils ont poussé jusqu’à Gomacoura, c’était stratégique. Il fallait marquer le mental des projets (par exemple, le projet portugais qui était chargé de la construction de la route Gomacoura-Tombouctou) qui étaient là et s’approprier leur carburant. Ils sont venus avec des moyens et se sont campés à 13 km de Gomacoura de 6 h jusqu’à 11 h, heure à laquelle, ils ont commencé à bombarder. En ce moment, j’étais personnellement à 110 km des champs de tirs. Ma première réaction quand j’ai été informé, était d’aller voir. Mais j’ai eu l’instruction d’un commandant de la brigade de la gendarmerie qui m’a affirmé que l’administrateur ne va pas sur le terrain. C’est à ce titre que je suis resté sur place tout en créant une petite commission de gestion de cette crise, axée essentiellement sur la santé. Des blessés sont arrivés. Il fallait s’occuper d’eux en les donnant les premiers soins et les expédier au besoin sur Ségou. Vers 13 h, le convoi militaire qui était parti de Ségou, l’avant-veille,  pour leurs rencontrer, conduit par le commandant de Zone, le colonel Takni, n’est pas arrivé à temps. Les deux convois se sont croisés à Diabaly et ont chassé les assaillants. Trois jours plus tard, nous avons envoyé une mission pour s’enquérir des nouvelles. Nous avons compris que nos forces avaient vraiment frappé. Celle du 10 janvier 2013 a été fulgurante.  Les assaillants avaient annoncé et planifié l’attaque de Diabaly. Tôt dans la matinée, Diabaly a été attaqué. Nous avons été surpris par l’ardeur des combattants, par la dangerosité de leurs armes.  Ils sont rentrés et occupés Diabaly. Heureusement, l’intervention de l’aviation française nous a permis de nous retrouver. Les assaillants qui sont arrivés sont venus avec une stratégie et des armements sophistiqués. Et l’armée malienne ne pouvait pas les empêcher. Et nos militaires se sont dispersés. Car, en repliant sur Diabaly, les assaillants allaient former l’étau sur les militaires et tous seraient morts. Il était moralement et humainement obligé de leur porter assistance. C’est à ce titre que j’ai fait réquisitionner les véhicules civils, trouver des moyens, aller récupérer nos soldats et reconstituer l’armée à partir de Niono. Nous avons pu regrouper un effectif d’à peu près 500 éléments. Le colonel Sogoba était le dernier à arriver. Quand ils arrivaient, ils avaient tout abandonné. Il fallait les assister sur le plan vestimentaire, alimentaire et sanitaire.  C’est ce que nous avons essayé de faire, tant bien que mal. Jusqu’à ce que l’apport étranger arrive. Et que l’armée même prenne les choses en mains.

Le Ségovien : Et depuis, quel est l’état des lieux, sachant bien que l’armée malienne contrôle toute la zone ?

Seydou Traoré : C’est la désolation en termes de résultat physique, des dégâts causés dans les infrastructures scolaires, sanitaires et privés. Mais la force de caractère et l’esprit professionnel et l’appui de nos partenaires ont servi de levain pour que nos  forces armées reprennent les lieux. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas dire que les gens ne sont pas totalement en sécurité. Parce que c’est une phase de la guerre qui est terminée. La peur, le traumatisme sont grands et ne sont pas forcément physiques seulement. De 1947 à aujourd’hui, le sol du Mali n’avait pas connu de bombardement aérien. C’est ce qui est, cette fois-ci, arrivé, brutalement : rien que le bruit assourdissant de la détonation d’une arme de guerre pour un civil, qui n’a jamais entendu le bruit d’une arme, si ce n’est un fusil de chasse et qui tôt le matin se lève, se sépare de sa famille, c’est la désolation.

 Le Ségovien : Qui est responsable de tout ce qui se passe ?

Seydou Traoré : De mon point de vue, la responsabilité pour ce cas précis, ce sont les narcotrafiquants qui viennent avec le soubassement religieux. Le Mali est un pays avec plus de 90 % de musulmans. Le malien, quand il voit un autre musulman, en train de chercher à défendre une autre option, pense qu’il le fait pour lui. Ce à ce titre qu’on a été infiltré. Cette forme de rébellion qu’on est en train de gérer n’est pas pareille aux cas précédents : le 23 mai de Ménaka, le 23 octobre 1991 à Bamba. Cette fois-ci, cette une volonté d’envahissement et d’expansion culturelle de notre Pays.

Le Ségovien : Quelles sont les pistes de solutions pour une sortie de crise, selon vous?

Seydou Traoré : Selon moi, il faut disséquer, puisque ceux qui nous attaquent se font aider pour nous attaquer et d’autre part, ce sont des maliens. Il faut se garder de penser que c’est un véritable problème touareg. Ce n’est plus cela. Il faut aller par élimination, identifier les auteurs. Qui a fait quoi, où et quand ? Qui sont ceux qui sont de bonne foi ? Est-ce que, au nord on a encore besoin d’une recherche de bien être, au-delà de tous les projets, de toutes les annonces faites par les partenaires dont les enfants du nord, eux- même, sont les responsables. Il faut regarder tous les paramètres avec l’option politique du pays. Et on regarde après qu’est- ce qu’on peut faire. A mon propre niveau, dans le cercle de Niono, je souhaite avoir le concours des partenaires sérieux, des gens qui sont engagés avec nous. Il faut remettre l’agriculteur au champ, assurer l’éleveur au pâturage, le piroguier sur le canal. Des  partenaires qui puissent nous amener à nous asseoir, à parler entre nous, organiser des rencontres inter-communautaires. Voilà vraiment les pistes de solutions sur lesquelles je réfléchis.

Propos recueillis par Issa Daou Correspondant à Niono

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3 COMMENTAIRES

  1. mon préfet, votre analyse est très bonne, pourvu qu’on vous écoute pour si peu.
    merci et bon courage!

  2. Vous savez l’armée tchadien 2 ans en arrière était au niveau voir moin bon que la notre mais on d’elle comme la meilleur Alors ça ne tient pas a grande chose

  3. Les militaires ont eu tout le temps de se prepares, tout le monde savait que Diabaly allait etre attaquee, malgres cela et malgres les 200 mitaires avec tout ckon peut imaginer comme armement, ils ont detaler comme de enfants face aux islamistes……
    Alors j me demande QUI va securiser le NORD apres le retour des Francais????????

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